Saint Chamas (1/2)




Saint Chamas, ça résonne comme une douce mélodie en provençal, un nom qui évoque la chaleur du soleil et la tranquillité d'un petit coin de paradis. Nichée au bord de l'étang de Berre, cette charmante commune se trouve à une quinzaine de kilomètres au sud de Salon-de-Provence et à cinquante petites lieues au nord-ouest de Marseille, loin des tumultes de l'industrialisation.

La terre de Saint-Chamas s'étend sur 2 671 hectares, une étendue généreuse qui abrite des trésors naturels. Le sommet de notre petit coin de terre, c'est le Verdon, qui s'élève fièrement à 121 mètres d'altitude.

Le village de Saint-Chamas puise ses racines dans l'histoire lointaine, une histoire marquée par le passage du temps et les vicissitudes de la vie. Son nom, un doux écho du passé, trouve ses origines dans Sanctus Amantius, saint Amans de Rodez, évêque de Rodez, dont l'honneur fut célébré par la construction d'une humble chapelle au VIIe siècle. En provençal, ce nom s'est transformé au fil des siècles, évoluant de sanch Amans à sant Chamas.

La toponymie de ce coin de Provence est une mélodie de mots préceltiques et locaux. Le Vallon et la colline du Verdon tirent leur nom du terme préceltique "vara," signifiant l'eau. Dans cette région, un "collet" désigne non pas un col, mais une colline. En Palun, le nom "Le Palou" résonne comme un murmure, évoquant un marais.

L'histoire de Saint-Chamas remonte à la nuit des temps. Le site fut habité dès l'époque paléolithique, comme en témoignent les vestiges découverts dans l'abri sous roche du Collet du Verdon. Les Ligures exploitèrent ces terres, érigeant un oppidum, un village fortifié, suivi des Celtes.

Le Pont Flavien, un chef-d'œuvre de l'époque de l'empereur Auguste, fut bâti pour permettre à la route d'Arles à Marseille de traverser la Touloubre. L'histoire suggère que Flavius, un riche citoyen romain, contribua à son financement, comme en témoigne une dédicace gravée sur le monument.

Le Pont Flavien

Au Moyen Âge, Saint-Chamas prit forme sur le Baou, une colline calcaire surplombant l'étang de Berre, offrant une position stratégique et défendable. Les fortifications naquirent dès le haut Moyen Âge, et en 969, le comte de Provence, Boson, céda à l'archevêque d'Arles, Ithier, le castrum en ruine de Sanctus Amantius.

Au XIVe siècle, la peste noire s'abattit sur la Provence, un fléau dévastateur qui sema la mort et la désolation. En 1564, notre château, véritable bijou de confort, ouvrit grand ses portes pour accueillir la régente Catherine de Médicis et le jeune roi Charles IX. On aurait dit que les murs eux-mêmes chuchotaient l'histoire glorieuse de ces temps passés.

Le XVIIe siècle, quant à lui, fut une période de renouveau et de transformation. Le vieux village, perché sur la colline du Baou, commença à décliner, laissant place aux quartiers nouveaux du Perthuis et d'au Delà. Un hôtel de ville émergea fièrement, devenant aujourd'hui le musée local, baptisé Paul-Lafran en 2000, un nom qui résonne comme un hommage à notre histoire. L'accueil est exquis et c'est un petit bijou.

Musée Paul Lafran


Le port, autrefois simple abri pour les barques, fut aménagé pour accueillir la vie et le commerce. 

Vue sur le port


L'église Saint-Léger de notre chère Saint-Chamas, un édifice béni par le temps et l'histoire, a vu le jour entre 1660 et 1669 grâce aux talents de l'architecte aixois Pierre Pavillon. Une merveille qui se dresse fièrement, tel un joyau au cœur de notre petite cité provençale.

La façade, elle, est une véritable œuvre d'art, un exemple éclatant du style baroque provençal qui éblouit les regards. Elle raconte son propre récit, avec ses courbes élégantes et ses détails minutieusement ciselés, comme un poème sculpté dans la pierre.

Et que dire du clocher, perché sur des pilotis solides, un gardien vigilant du temps qui s'est écoulé depuis sa construction en 1730. Il se dresse haut, observant notre bourgade avec bienveillance depuis des générations.

Bien que l'église ait été édifiée sur un sol capricieux, la solidarité de notre communauté s'est manifestée en 2017, lorsqu'elle finança des travaux pour consolider ce trésor, redonnant vie aux façades, voûtes du clocher et vitraux, préservant ainsi notre patrimoine pour les générations futures.

Et sachez que cette église bien-aimée a été honorée de l'inscription aux monuments historiques dès 1957. Un témoignage de son importance dans l'histoire de notre village.

Quant à votre malchance de ne pas avoir pu contempler l'intérieur ce jour-là, ne désespérez pas. Les portes de notre église, riches de secrets et de prières, s'ouvriront sûrement une autre fois pour vous révéler ses trésors cachés. Dans ses murs, repose le retable Sainte-Anne, une œuvre en bois, peinte par le talentueux artiste marseillais Étienne Peson, datant de 1519. On dirait que chaque coup de pinceau raconte l'âme de notre Provence.


Eglise paroissiale de Saint-Léger



La Révolution française agita les âmes à Saint-Chamas. Des problèmes fiscaux, une récolte chétive en 1788, un hiver glacial, tout contribua à éveiller le mécontentement. En mars 1789, alors que les cahiers de doléances étaient rédigés, la colère gronda. Le 5 avril 1789, une émeute éclata, nourrie par la crise du blé. Pendant un temps, notre village prit le nom de Port-Chamas, dans l'effervescence de ces temps tourmentés.

À Port-Chamas, en 1793, un comité bien singulier vit le jour. Composé en partie de ces simples paysans, ces âmes vaillantes, parfois illettrées, ils étaient le reflet même de la démocratie à son apogée pendant la Révolution. Ces hommes ordinaires se levèrent pour devenir les gardiens de nos lois, veillant avec ferveur à leur application et contribuant à éclairer nos citoyens sur les voies de la politique. La Terreur, cette période sombre de notre histoire, ne recula devant rien pour réprimer les ennemis de la Révolution.

Mais c'est dans l'époque contemporaine que notre petite ville connut d'autres bouleversements. Deux quartiers bien distincts, celui de la mairie et celui du port, étaient reliés par un tunnel baptisé la Goule. Puis, en 1863, ce tunnel s'effondra, provoquant l'ire de la municipalité. Dans sa sagesse, elle décida de construire l'aqueduc du Plan, mieux connu sous le nom du Pont de l'Horloge, reliant ainsi nos quartiers d'une manière nouvelle.


Pont de l'Horloge



En vérité, son nom véritable est Notre-Dame de Miséricorde, mais à Saint-Chamas, elle est affectueusement désignée sous l'appellation de la Chapelle de la Vierge. C'est à n'en point douter l'une des églises les plus anciennes de notre paisible commune, dressée à l'écart des murs qui enserraient autrefois la cité médiévale. Autrefois, en ces temps où Saint-Chamas se blottissait tout en haut du Baou, les défunts y trouvaient leur repos éternel.

La foi des habitants était telle qu'ils déposaient en ces lieux sacrés une pléthore d'ex-voto, aux côtés de maquettes de bateaux, en signe de reconnaissance envers la Sainte Vierge. Hélas, ces fragiles témoignages du passé se sont évaporés, tout comme bien d'autres offrandes. Les ex-voto qui ont résisté à l'épreuve du temps trouvent maintenant refuge au musée municipal Paul Lafran, choyés et protégés en tant que trésors historiques de notre belle contrée.


                                                          Chapelle "de la Vierge"

Chemin vers la chapelle




Le viaduc de Saint-Chamas, surnommé affectueusement viaduc Saint-Léger, trône en maçonnerie, bravant les eaux de la Touloubre pour permettre le passage de la ligne ferroviaire de Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles. Cet ouvrage majestueux se dresse fièrement à Saint-Chamas, dans les Bouches-du-Rhône, tissant une toile entre les gares de Saint-Chamas et de Rognac, avec les stations éteintes de Clissanne et de Berre nichées entre elles.

Culminant à une longueur de 386 mètres, le viaduc, opérationnel depuis 1848, narre une histoire fascinante. Trois époques rythment la saga des ponts en maçonnerie au XIXe siècle en France. Les premières quatre décennies témoignent de la réalisation des imposants ponts routiers, ciselant le réseau national. S'ensuit l'ère des voies ferrées, dictant la construction de nombreux viaducs en maçonnerie pour répondre à des profils contraignants. Puis, à la fin du siècle, les ponts en maçonnerie trouvent un second souffle, grâce à l'élan novateur de Paul Séjourné.

Notre viaduc, édifié sous la houlette de l'ingénieur Gustave Desplaces, s'inscrit dans cette seconde ère. Ses 385,40 mètres se composent de 49 arches en plein cintre, s'entrelaçant et croisant au tiers de leur hauteur, évoquant une série d'ogives. À son zénith, il s'élève à 31 mètres, déployant une silhouette unique.

Au premier regard, la structure séduit par sa ligne insolite, mais un examen minutieux éveille des doutes sur la pertinence de sa complexité. Bien que cette conception ait indubitablement réduit l'épaisseur des voûtes, elle a engendré un surplus de piles qui peut-être n'étaient guère nécessaires. Ainsi, la quête d'économie dans l'épaisseur de la voûte ne semble pas avoir été l'objectif primordial. Certains ponts de cette époque arboraient des intrados ogivaux, mais rares sont ceux qui rivalisent avec le viaduc de Saint-Chamas. Paul Séjourné ne mâche pas ses mots envers cet ouvrage : « C'est cher et laid. Fort heureusement, ces ouvrages saugrenus n'ont pas été imités.
Viaduc de Saint-Léger




Les habitations troglodytiques de Saint-Chamas se hissent au deuxième rang de France par leur ampleur, déployant une singularité qui les rend uniques en Europe.

À travers le Baou, certaines cavités se frayent un chemin : l'accès se dessine côté Delà, offrant le spectacle exquis des toits, du port de pêche et de l'étang. Ces grottes, façonnées par la main de l'homme, servaient jadis de caves, de granges, d'entrepôts, et même comme terreau fertile pour la culture et l'élevage. Certaines, parées de multiples fonctions, abritaient des moulins à huile, des pressoirs à vin, voire des abattoirs. Un passé foisonnant imprègne ces pierres, racontant les multiples usages que nos ancêtres conféraient à ces niches naturelles.

Ces cavités ne sont pas simplement des abris, mais des témoins vivants de l'ingéniosité humaine, ciselées dans la roche pour répondre à une pléthore de besoins. Elles racontent une histoire où l'homme, en symbiose avec la nature, façonnait son quotidien au creux de ces parois rocheuses. Admirons aujourd'hui ces refuges du passé, ces berceaux d'activités variées qui murmurent les échos du temps révolu.

Toglodyte












Les armes peuvent se blasonner ainsi :

De gueules au pont Favien d'or posé sur un plan d'eau d'azur mouvant de la pointe et chargées de deux poissons affrontés d'argent.



Ce blason a remplacé l'ancien blason qui portait l'effigie de Saint-Amand. C'est le maire franc-maçon Marius Sarnègue qui a été à l'origine de cette transformation en 1906.

Hélas, le périple dans les dédales de ce joyau provençal, avec ses ruelles tortueuses, a dévoré le temps qui m'aurait conduit à la poudrière. Nul doute que je réitérerai l'expérience afin de m'immerger dans ce lieu chargé d'histoire.

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