🌾 Saint Laurent-Joseph-Marius Imbert — Le missionnaire de l’Extrême-Orient

 

De Marignane à la Corée, l’évêque provençal qui donna sa vie pour son troupeau


Résumé en provençal

Laurent-Joseph-Marius Imbert nasquèt à Marignano, dins lei Bocas-dau-Rose, en 1796. Intrèt ai Missioun Estrangieras de Paris, fuguèt ordonat prèire en 1819, puei partiguèt pèr l’Asia. Après la Chino e d’autrei terras de missioun, venguèt avesque e vicari apostolic de Corèa. Dins un temps de persecucioun, se rendèt ai soudats pèr ensaja de sauvar lei crestians. Fuguèt martirizat en 1839, emé lei paires Maubant e Chastan, e canonizat en 1984 à Seoul per sant Joan-Pau II.

Article

Il y a des Provençaux qui partent chercher fortune au loin, d’autres qui vont vendre du savon, du vin ou des tissus, et puis il y a ceux qui quittent la lumière du Midi pour aller mourir au bout du monde avec l’Évangile dans le cœur. Laurent-Joseph-Marius Imbert appartient à cette race rare : les missionnaires qui ne partent pas pour conquérir, mais pour se donner.

Il naît le 23 mars 1796, à la ferme Bricard, sur le territoire de Marignane, dans les Bouches-du-Rhône. Ses parents sont liés au hameau de Calas, près de Cabriès. Rien, au départ, ne semble annoncer la Corée, les persécutions, le martyre, ni cette étrange trajectoire qui fera d’un enfant de Provence l’un des saints de l’Église coréenne.

Très jeune, il montre une intelligence vive et une vocation sérieuse. Il étudie à Aix-en-Provence, puis rejoint le séminaire des Missions Étrangères de Paris, cette grande pépinière de prêtres envoyés aux confins du monde. Ordonné prêtre en 1819, il part bientôt vers l’Asie. Le XIXᵉ siècle missionnaire n’a rien d’un voyage organisé avec brochure, vaccin, hôtel et guide local tenant un petit drapeau. Partir signifiait souvent ne jamais revenir.

Imbert passe par la Chine, mais aussi par l’Asie du Sud-Est. Il est notamment associé aux débuts de la présence catholique à Singapour, où il célèbre la messe en 1821, avant de poursuivre sa route. Son ministère se déploie dans ces terres immenses où les missionnaires vivent souvent cachés, pauvres, exposés, dépendants de communautés chrétiennes fragiles et courageuses.

En 1836, il est nommé évêque et vicaire apostolique de Corée. Il devient ainsi l’un des premiers pasteurs de cette jeune Église coréenne, déjà profondément marquée par la persécution. La Corée de la dynastie Joseon se méfie du christianisme, perçu comme une doctrine étrangère, dangereuse pour l’ordre social, familial et politique. Les chrétiens vivent dans la clandestinité. Les prêtres se déplacent de nuit, se cachent, célèbrent les sacrements en secret, comme aux premiers temps de l’Église.

Imbert devient alors un évêque sans cathédrale visible, un pasteur sans palais, un successeur des apôtres circulant dans l’ombre. Il porte un nom coréen, Bum Se-hyeong, signe de son insertion dans ce peuple qu’il est venu servir. Mais en 1839, la persécution s’intensifie. Arrêté, interrogé, torturé, il comprend que les autorités cherchent surtout les missionnaires étrangers et que les chrétiens coréens risquent d’être massacrés pour les cacher.

C’est alors qu’il pose un acte terrible et bouleversant. Pensant pouvoir épargner les fidèles, il écrit aux pères Pierre Maubant et Jacques Chastan pour leur demander de se livrer eux aussi. Tous trois acceptent d’offrir leur vie. C’est l’Évangile de Jean devenu chair : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

Le 21 septembre 1839, à Saenamteo, près de Séoul, Laurent Imbert, Pierre Maubant et Jacques Chastan sont décapités. Leurs corps restent exposés avant d’être recueillis. Ils rejoignent la longue foule des martyrs de Corée, ces hommes et ces femmes qui ont confessé le Christ dans un pays où la foi chrétienne s’était enracinée d’une manière presque unique : portée d’abord par des laïcs, nourrie par des livres, puis confirmée par les prêtres au prix du sang.

Laurent Imbert est canonisé le 6 mai 1984, à Séoul, par le pape Jean-Paul II, avec 102 autres martyrs de Corée. Il n’est donc pas seulement un saint français parti mourir loin de chez lui. Il est devenu un saint de la Corée, un pont vivant entre Marignane et Séoul, entre la Provence rurale et l’Extrême-Orient chrétien.

Saint Laurent-Joseph-Marius Imbert rappelle que la mission n’est pas d’abord une aventure exotique. C’est une offrande. Il ne s’agit pas de planter un drapeau, mais de porter une croix. Et parfois, le plus grand voyage n’est pas celui qui mène d’un continent à l’autre, mais celui qui conduit un homme à donner sa vie pour ceux qu’il aime.

🏛️ Souvenirs, souvenirs

Marignane peut regarder Laurent Imbert comme l’un de ses enfants les plus lointains et les plus universels. Né dans une ferme provençale, il devient évêque clandestin en Corée : il y a là un raccourci saisissant de l’histoire missionnaire française du XIXᵉ siècle. La Provence, terre de ports, de départs et de Méditerranée, a aussi donné des hommes capables de franchir bien plus que la mer : les langues, les cultures, les peurs, les persécutions.

Son parcours relie plusieurs lieux : Marignane et Calas pour l’enfance familiale, Aix pour les études, Paris pour les Missions Étrangères, l’Asie du Sud-Est et la Chine pour les premières missions, puis la Corée pour le martyre. Ce n’est pas une simple biographie ; c’est une carte spirituelle.

À Séoul, sa mémoire appartient pleinement à l’Église coréenne. Avec Maubant et Chastan, il figure parmi ces missionnaires français dont la vie s’est mêlée au destin des premiers chrétiens coréens. Le sang provençal, en quelque sorte, s’est mêlé à la terre de Corée. Voilà un jumelage que les services municipaux n’auraient jamais osé inventer.

Note culturelle

Le nom complet du saint est Laurent-Joseph-Marius Imbert. On le trouve parfois simplement sous le nom de Laurent Imbert ou Joseph Imbert, mais la forme complète permet d’éviter les confusions. En Corée, il est connu sous le nom de Bum Se-hyeong, nom coréen donné au missionnaire devenu évêque.

Il appartient à la grande famille des Missions Étrangères de Paris, société fondée pour envoyer des prêtres missionnaires en Asie. Ces prêtres ont joué un rôle majeur dans l’histoire du catholicisme en Chine, au Vietnam, en Corée, au Siam, au Japon et dans plusieurs territoires d’Extrême-Orient.

La canonisation de 1984 à Séoul fut un moment immense : Jean-Paul II canonisa alors 103 martyrs de Corée, dont le premier prêtre coréen saint André Kim Tae-gon, des laïcs coréens, et plusieurs missionnaires français. Ce détail est important : l’Église de Corée n’est pas seulement née de missionnaires étrangers. Elle fut d’abord portée par des laïcs coréens qui découvrirent la foi, la transmirent et la défendirent. Les missionnaires vinrent ensuite servir une flamme déjà allumée.

Sources

  • Missions Étrangères de Paris / IRFA, notice « Laurent-Joseph-Marius Imbert ».
  • Nominis, notice « Saints Laurent Imbert, Pierre Maubant et Jacques Chastan ».
  • Catholic Hierarchy, notice « Bishop St. Laurent-Joseph-Marius Imbert, M.E.P. ».
  • Fides, « Les saints des Missions Étrangères de Paris en Corée ».
  • Documentation sur les 103 martyrs de Corée canonisés à Séoul le 6 mai 1984 par saint Jean-Paul II.


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