Pourquoi Urbain V mérite sa canonisation
Pourquoi le bienheureux Urbain V mérite sa canonisation
Le pape bénédictin de Saint-Victor
⚜️ Une parole pour le païs
« Il quitta le cloître pour gouverner l’Église, mais ne cessa jamais vraiment d’être moine. »
🌿 Resumit en prouvençau
Guilhem de Grimoard nasquè dins lou Gavaudan vers 1310.
Mouine beneditin, estudiè lou dre, venguè abat de Sant-Vitour de Marsiho,
puei foguèt elegi papo en 1362 souto lou noum d’Urban V.
Sus lou sèti de Pèire, gardè quaucarèn dóu clastre :
uno vido austero, l’amour deis estudi, lou soucit dei paure
e lou desir de reforma la Glèiso.
Vouguè ramena lou papo à Roumo, trabalha pèr la pas
e cerca de raproucha crestian d’Orient e d’Occident.
Mouriguè à Avignoun lou 19 de desèmbre 1370.
Soun cors foguèt pourta en 1372 à Sant-Vitour de Marsiho,
ounte sa memòri attirè lèu de pelerin.
Pie IX counfirmè soun culte en 1870 :
Urban V es encaro encuei bènurous, pas sant canonisa.
Mai entre Gavaudan, Mount-Pelié, Avignoun, Roumo e Marsiho,
soun camin demando uno questioun :
es pas vengu lou tèms de retrouva aqueste papo-mouine ?
Nom : Guillaume de Grimoard, Urbain V
Naissance : vers 1310, Grizac, en Gévaudan
Pontificat : 1362-1370
Mort : 19 décembre 1370, Avignon
Fête liturgique : 19 décembre
Statut : bienheureux, culte confirmé par Pie IX en 1870
🕯️ Du Gévaudan à Saint-Victor
Guillaume de Grimoard naît vers 1310 à Grizac, dans l’actuelle Lozère. Le Saint-Siège conserve cette origine dans sa liste officielle des pontifes.
Il ne faut donc plus le faire grandir « parmi les oliviers du Languedoc ». Son premier paysage est celui du Gévaudan montagnard.
Le jeune Guillaume se forme au monastère bénédictin de Saint-Sauveur de Chirac, aujourd’hui Le Monastier. Ce monastère était rattaché à l’abbaye Saint-Victor de Marseille ; le diocèse de Mende indique que Guillaume y étudia et y reçut la prêtrise.
Le lien marseillais précède donc largement son arrivée à Saint-Victor.
Il poursuit parallèlement une remarquable carrière intellectuelle. Docteur en droit canonique en 1342, il devient abbé de Saint-Germain d’Auxerre puis, en 1361, abbé de Saint-Victor de Marseille.
C’est à ce moment que Guillaume de Grimoard devient véritablement une grande figure de la Provence médiévale.
⚓ « L’abbé de Marseille » devient pape
Lorsque les cardinaux l’élisent pape le 28 septembre 1362, Guillaume se trouve en mission diplomatique à Naples. Il n’est alors pas cardinal. Il rejoint Marseille avant de gagner Avignon, où il est couronné le 6 novembre 1362 sous le nom d’Urbain V.
Le cas est suffisamment extraordinaire pour que la mémoire marseillaise ait conservé l’expression :
« l’abbé de Marseille devenu pape ».
Son pontificat ne rompt d’ailleurs pas son lien avec Saint-Victor.
Dès 1363, Urbain V fait renforcer l’abbaye contre les Grandes Compagnies qui ravagent alors une partie de la Provence et du Languedoc. Le diocèse de Marseille lui attribue notamment le prolongement du transept, le chevet et la tour qui porte toujours son nom. En 1365, il revient consacrer le nouveau maître-autel.
Il intervient même en faveur de la ville en prêtant de l’argent pour le curage du port de Marseille.
Pour un pape du XIVᵉ siècle, Marseille ne fut donc pas un simple port d’embarquement.
Ce fut une terre d’attachement.
🧎 Un moine sur le trône de Pierre
C’est probablement là que commence le véritable argument en faveur de sa sainteté.
Urbain V n’est pas seulement un administrateur efficace.
Les sources pontificales elles-mêmes insistent sur l’austérité de sa vie, sa piété et son intégrité. En 1962, saint Jean XXIII rappelait sa réputation de sainteté, son humilité, sa culture et son souci de la réforme de l’Église.
Vatican News le présente encore aujourd’hui comme un homme austère qui aidait les pauvres et combattait la corruption du clergé.
Il serait excessif de reprendre sans contrôle toutes les anecdotes édifiantes accumulées par ses anciennes biographies.
Mais un fait ressort nettement : devenu pape, Urbain V demeure profondément marqué par l’idéal bénédictin.
Étudier.
Prier.
Administrer sans considérer les biens de l’Église comme une propriété personnelle.
Réformer.
Cette continuité entre le moine et le pape explique probablement pourquoi son culte se développa si rapidement après sa mort.
📚 Un pape pour qui étudier était une œuvre d’Église
L’ancien article lui attribuait un peu généreusement la « fondation » de nombreuses universités.
La réalité est plus précise — et finalement plus intéressante.
À Montpellier, où Guillaume avait étudié et enseigné, Urbain V fit construire le collège des Saints-Benoît-et-Germain. L’actuelle faculté de médecine de Montpellier rappelle qu’il inaugura cet ensemble en 1367 et que ces bâtiments constituent les premiers grands bâtiments universitaires qu’il fit élever dans la ville.
En Pologne, ce n’est pas Urbain V qui eut l’idée de créer l’université de Cracovie : l’initiative appartenait au roi Casimir III. Mais le pape lui donna son existence canonique par une bulle du 1er septembre 1364, autorisant les facultés d’arts, de droit et de médecine.
Même nuance pour Vienne : l’université est fondée par le duc Rodolphe IV ; Urbain V confirme cette fondation le 18 juin 1365, tout en refusant alors l’ouverture d’une faculté de théologie.
Il faut donc remplacer :
« Urbain V fonda toutes ces universités »
par une formulation historiquement meilleure :
Urbain V fut l’un des grands protecteurs pontificaux des études de son siècle, créant des collèges et donnant l’approbation canonique à plusieurs universités nouvelles.
La nuance ne diminue pas son œuvre.
Elle la rend crédible.
🕊️ Réformer l’Église sans se contenter de la condamner
Urbain V arrive au pontificat dans une Église riche, politiquement puissante et soumise à de fortes critiques.
Sa réaction n’est pas de quitter l’institution.
Elle consiste à la réformer de l’intérieur.
Jean XXIII soulignait notamment son intégrité personnelle et son action en faveur de la discipline ecclésiastique. Vatican News retient également son combat contre la corruption du clergé.
C’est peut-être l’un des aspects les plus contemporains de sa figure.
Urbain V ne rêvait pas d’une Église imaginaire composée uniquement de saints.
Il gouvernait une institution faite d’hommes, avec leurs ambitions, leurs intérêts et leurs faiblesses.
Et il cherchait à la ramener vers sa vocation.
🌍 Un pape de la paix et de l’unité chrétienne
Son pontificat se déroule au milieu de la guerre de Cent Ans, des guerres italiennes et de la progression ottomane.
Urbain V multiplie les missions diplomatiques.
Le Saint-Siège retient encore parmi les motifs de sa réputation de sainteté son action pour la paix ; Vatican News l’évoquait encore en 2025 à l’occasion de la nomination du nouvel évêque de Mende.
Son autre grande ambition est l’unité avec les chrétiens d’Orient.
Vatican News résume son pontificat en rappelant qu’il chercha à réunir les Églises d’Occident et d’Orient. Jean XXIII soulignait lui aussi ses efforts en ce sens.
Les méthodes et la conception de l’unité chrétienne au XIVᵉ siècle ne sont évidemment plus celles de l’œcuménisme contemporain.
Mais l’horizon était déjà là :
Rome ne devait pas penser l’Europe chrétienne sans regarder vers Constantinople.
🏛️ Le rêve romain
Urbain V appartient aux papes dits « d’Avignon ».
Mais il ne considérait pas Avignon comme la destination définitive de la papauté.
En 1367, il entreprend de rétablir le siège pontifical à Rome. Après un passage par Marseille et un long voyage en Italie, il entre dans la Ville éternelle le 16 octobre 1367.
Cette décision était considérable.
Depuis des décennies, la papauté avait installé son centre politique sur les bords du Rhône. Urbain V voulait rendre l’évêque de Rome à Rome.
Le succès fut néanmoins provisoire.
Les conflits italiens, les difficultés politiques et le désir d’intervenir dans la guerre entre la France et l’Angleterre l’amènent à repartir en 1370. Il débarque à Marseille le 16 septembre puis regagne Avignon.
Il ne faut surtout plus écrire qu’il mourut « quelques jours » après son retour.
Urbain V retrouve Avignon à la fin de septembre et meurt le 19 décembre 1370, presque trois mois plus tard.
🕯️ Sainte Brigitte : attention à l’ancienne erreur
sainte Brigitte de Suède ne poussait pas Urbain V à quitter Rome.
C’était exactement le contraire.
Elle faisait partie de ceux qui suppliaient les papes d’abandonner Avignon pour revenir durablement au siège de Pierre. Benoît XVI rappelait encore que Brigitte adressa aux pontifes de pressants appels à revenir à Rome.
Urbain V réalisa temporairement ce désir en 1367.
Mais il repartit.
Ce sera finalement son successeur, Grégoire XI, qui effectuera le retour définitif de la papauté à Rome quelques années plus tard.
⚰️ Saint-Victor : un tombeau, mais plus les reliques
Autre correction importante.
Urbain V meurt à Avignon et est d’abord enseveli à Notre-Dame-des-Doms.
Conformément à son souhait, son corps est transféré en 1372 à l’abbaye Saint-Victor de Marseille, où un tombeau gothique est installé dans le chœur.
La dévotion se développe rapidement.
Le diocèse de Marseille rapporte qu’entre 1376 et 1378, pas moins de 380 présomptions de miracles furent enregistrées et attribuées à son intercession. Il faut bien parler ici de témoignages et de présomptions recueillis à l’époque, non de 380 miracles officiellement reconnus par l’Église.
Mais le tombeau médiéval n’existe plus.
Au XVIIIᵉ siècle, les restes furent déplacés lors de travaux dans le chœur. Puis la Révolution survint et leur trace fut perdue. L’enfeu du tombeau demeure visible ; depuis 1980, il accueille un moulage du gisant conservé à Avignon.
Il faut donc corriger une formule fréquente :
Saint-Victor conserve la mémoire et l’ancien tombeau d’Urbain V, mais on ne peut plus affirmer que ses reliques y reposent encore.
✨ Pourquoi fut-il seulement béatifié en 1870 ?
Le culte d’Urbain V était ancien, mais la reconnaissance officielle tarda.
Saint Jean XXIII rappelle que la réputation de sainteté du pape existait déjà de son vivant et après sa mort. C’est finalement Pie IX qui ratifia et confirma son culte en 1870, reconnaissance qui lui donne officiellement le titre de bienheureux.
La BnF et Biblissima le répertorient également comme béatifié en 1870.
Il s’agit donc bien d’un bienheureux reconnu par l’Église, pas simplement d’un personnage auquel quelques associations locales auraient donné ce titre.
Sa fête est fixée au 19 décembre. Vatican News le présente toujours aujourd’hui comme :
« Bienheureux Urbain V, pape ».
❓ Sa canonisation est-elle réellement en cours ?
Voilà le point où notre ancien article allait beaucoup trop vite.
Il affirmait en substance :
« Il ne manque plus qu’un deuxième miracle. »
La procédure générale de l’Église prévoit effectivement que, pour la canonisation d’un bienheureux non martyr, un miracle postérieur à la béatification doit normalement être reconnu. Le Dicastère pour les Causes des saints l’explique explicitement.
Mais cela ne signifie pas automatiquement qu’Urbain V possède aujourd’hui un dossier arrivé à cette ultime étape.
En 2026, les sources officielles du Saint-Siège que nous avons consultées continuent à le désigner simplement comme bienheureux. Je n’ai trouvé dans les publications récentes du Vatican aucune annonce officielle indiquant qu’une nouvelle phase de sa cause de canonisation venait d’être ouverte ou qu’un miracle était actuellement soumis au jugement romain.
Des associations et des fidèles travaillent à faire connaître sa figure et souhaitent sa canonisation.
Mais il faut distinguer :
le souhait de relancer ou de promouvoir une cause
et
l’existence d’une procédure canonique officiellement arrivée devant le Dicastère.
Tant qu’un document officiel ne permet pas de l’établir, mieux vaut ne pas annoncer que « la canonisation est imminente ».
⚜️ Alors, pourquoi souhaiter sa canonisation ?
Parce que son intérêt dépasse largement celui d'un pape médiéval supplémentaire inscrit dans un calendrier.
Un pape demeuré moine
Urbain V montre qu’il est possible d’exercer une autorité considérable sans faire de cette autorité une identité personnelle.
Son austérité n’était pas seulement une attitude privée : elle donnait une cohérence à ses tentatives de réforme.
Un intellectuel qui considérait l’étude comme un service
Montpellier, Cracovie et Vienne témoignent différemment de son intérêt pour les institutions universitaires.
Pour lui, former des hommes instruits n’était pas étranger à la mission de l’Église.
Un pape qui voulait Rome
Son retour de 1367 échoua à devenir définitif.
Mais il brisa l’idée selon laquelle la papauté pouvait durablement se satisfaire de son éloignement du siège romain.
Un pasteur préoccupé par la paix et l’unité
Dans une Europe ravagée par les guerres, il chercha la médiation et regarda également vers les chrétiens d’Orient.
Et un pape profondément lié à Marseille
Parmi les papes de l’histoire, combien peuvent être à ce point associés à une abbaye provençale ?
Guillaume de Grimoard fut abbé de Saint-Victor avant de devenir pape.
Il revint à Marseille.
Il transforma son abbaye.
Il aida son port.
Il voulut y être enterré.
Et Marseille conserva sa mémoire lorsque ses restes eux-mêmes avaient disparu.
Pour le païs, ce n’est pas rien.
🙏 Prière au bienheureux Urbain V
Seigneur,
tu as appelé Guillaume de Grimoard
du silence du cloître au service de toute ton Église.Donne-nous, à son exemple,
d’aimer la prière sans fuir nos responsabilités,
l’étude sans orgueil,
l’autorité sans ambition
et la réforme sans mépris des hommes.Bienheureux Urbain V,
ancien abbé de Saint-Victor,
prie pour Marseille,
pour la Provence,
pour ceux qui enseignent et ceux qui gouvernent,
pour la paix entre les peuples
et pour l’unité des chrétiens.Si telle est la volonté de Dieu,
que l’Église puisse un jour te compter
solennellement parmi ses saints.Amen.
🏛️ Note culturelle : le pape qui a donné sa silhouette à Saint-Victor
Lorsqu’un Marseillais regarde aujourd’hui Saint-Victor depuis le Vieux-Port, il regarde aussi indirectement Urbain V.
Les travaux qu’il fit entreprendre au XIVᵉ siècle contribuèrent fortement à donner à l’abbatiale son aspect massif et fortifié actuel : prolongement du transept, chevet et tour d’Urbain V.
Le pape du Gévaudan a donc laissé à Marseille quelque chose de plus visible qu’une page dans un livre :
une silhouette dans le paysage.
Et l’histoire possède une belle symétrie.
Guillaume de Grimoard avait commencé sa formation monastique à Chirac, dans une dépendance de Saint-Victor.
Des décennies plus tard, devenu pape, il embellissait et fortifiait l’abbaye mère.
Puis il demanda à y revenir après sa mort.
Du Gévaudan à Marseille, la boucle était presque complète.
📚 Sources
Saint-Siège — liste officielle des pontifes : Urbain V, pontificat du 28 septembre 1362 au 19 décembre 1370.
Saint Jean XXIII, lettre Duplicis anniversariae (1962) — piété, intégrité, culture, retour à Rome et confirmation du culte par Pie IX.
Vatican News — Urbain V, bienheureux du 19 décembre ; réforme, aide aux pauvres et recherche de l’unité chrétienne.
Diocèse de Marseille — abbatiat à Saint-Victor, travaux réalisés à l’abbaye, voyages marseillais, transfert du corps en 1372 et histoire du tombeau.
Diocèse de Mende — formation de Guillaume de Grimoard au monastère Saint-Sauveur de Chirac, dépendance de Saint-Victor.
Biblissima / BnF — doctorat en droit canonique, abbatiat de Saint-Germain d’Auxerre et béatification en 1870.
Université de Montpellier — collège des Saints-Benoît-et-Germain et constructions universitaires d’Urbain V.
Université Jagellonne de Cracovie — bulle pontificale du 1er septembre 1364.
Université de Vienne — confirmation pontificale de la fondation le 18 juin 1365.
Dicastère pour les Causes des saints / Vatican News — procédure actuelle conduisant de la béatification à la canonisation
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Urbain V devrait-il être canonisé ?
Son profil est singulier : moine, juriste, abbé marseillais, pape réformateur, protecteur des études et artisan d’un premier retour à Rome.
Sa canonisation ne réparerait pas seulement un oubli historique. Elle proposerait aussi à l’Église contemporaine une figure d’autorité associant gouvernement, sobriété intellectuelle et vie spirituelle.
Et à Marseille, elle ferait d’un ancien abbé de Saint-Victor un saint officiellement reconnu par l’Église universelle.
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