À Nice, saint Jacques ouvre la dernière nuit du jazz


Le 25 juillet, le Gesù célèbre l’apôtre tandis que le Nice Jazz Fest clôt son édition 2026 sous un ciel surveillé


Résumé en provençal

Au 25 de julhet, Niça celebra sant Jaume dins lo Gesù, mentre lo Nice Jazz Fest fa sonar sa darriera nuech entre Massena e lo Teatre de Verdura. Entre fe, patrimòni e musica, la ciutat mòstra una còp de mai sa vocacion de pòrt dubert au monde.

Saint du jour : saint Jacques le Majeur, apôtre et patron des pèlerins

Le 25 juillet, l’Église célèbre saint Jacques le Majeur, frère de saint Jean et fils de Zébédée. L’Évangile le présente comme l’un des premiers disciples appelés par Jésus, puis comme témoin de la Transfiguration et de l’agonie du Christ. Il fut aussi le premier des Apôtres à subir le martyre, à Jérusalem. La tradition occidentale en fit ensuite le grand protecteur des pèlerins, représenté avec son bâton, sa besace et sa coquille.

L’Évangile de sa fête ne célèbre pourtant ni la gloire ni les honneurs. Lorsque la mère de Jacques et de Jean demande à Jésus les premières places pour ses fils, le Christ répond que celui qui veut devenir grand doit se faire serviteur. La fête de l’apôtre rappelle ainsi que le véritable chemin chrétien ne conduit pas au pouvoir, mais au don de soi.

À Nice, saint Jacques possède sa propre demeure. Au cœur de la rue Droite, dans le Vieux-Nice, l’église Saint-Jacques-le-Majeur, plus couramment appelée le Gesù, demeure l’un des principaux monuments baroques de la ville.

Une dernière soirée entre Masséna et le Théâtre de Verdure

Ce samedi 25 juillet marque la troisième et dernière grande soirée du Nice Jazz Fest 2026. L’édition réunit dix-huit concerts sur deux scènes, la scène Masséna dans le jardin Albert-Ier et le Théâtre de Verdure.

La soirée associe des artistes directement enracinés dans le jazz et des figures venues de la pop, de la soul ou des musiques urbaines. Biréli Lagrène ouvrira le Théâtre de Verdure à 19 h 30, avant le quintette du saxophoniste James Carter, qui rendra hommage au centenaire de John Coltrane. Obongjayar terminera la soirée sur cette scène. À Masséna se succéderont The Getdown, Gabriel Jacoby et la chanteuse britannique Lola Young.

Cette diversité résume la ligne actuelle du festival. Nice ne cherche plus seulement à présenter une succession de concerts destinés aux spécialistes. La programmation fait dialoguer jazz, funk, hip-hop, pop et musiques venues de plusieurs continents.

Ce choix suscite régulièrement la même interrogation : jusqu’où un festival de jazz peut-il s’ouvrir aux musiques actuelles sans perdre son identité ? La presse locale insiste surtout sur l’éclectisme et l’accessibilité de l’édition 2026. La presse nationale avait déjà relevé, lors de l’édition 2025, cette tension entre modernisation populaire et fidélité aux racines du festival.

La réponse se trouve peut-être dans la programmation de ce soir. Biréli Lagrène et James Carter maintiennent une filiation directe avec l’histoire du jazz, tandis que les autres artistes montrent les ramifications contemporaines d’une musique qui n’a jamais cessé de se transformer.

Le premier festival international de jazz

Nice revendique une place particulière dans l’histoire mondiale du jazz. En février 1948, après le Carnaval, la ville accueillit ce qui est présenté comme le premier festival international entièrement consacré à cette musique.

Les concerts eurent lieu à l’Opéra, au Casino municipal et, pour la soirée de clôture, à l’hôtel Negresco. Louis Armstrong en fut la grande vedette, entouré notamment de Django Reinhardt, Stéphane Grappelli et Claude Luter. Plusieurs concerts furent retransmis par la Radiodiffusion française.

L’expérience ne fut pas immédiatement renouvelée. Il fallut attendre 1971 pour que le festival retrouve le Théâtre de Verdure et le jardin Albert-Ier, puis 1974 pour que débute la célèbre Grande Parade du Jazz aux arènes de Cimiez.

Pendant des années, les plus grands musiciens jouèrent sous les oliviers et au milieu des vestiges romains. Ella Fitzgerald, Dizzy Gillespie, Miles Davis, Herbie Hancock et bien d’autres contribuèrent à faire de Nice une capitale estivale du jazz. Le festival rejoignit le centre-ville en 2011, retrouvant ainsi les lieux de son renouveau des années 1970.

Le festival de 2026 prolonge cette histoire tout en l’étendant à l’ensemble de la ville. Le Fest’OFF, organisé du 18 au 26 juillet, propose fanfares, concerts et performances dans les marchés et les quartiers. Lou Gìrou associe également restaurateurs, cinémas, plagistes, bars et associations à cette circulation musicale.

Le Gesù, l’autre scène du 25 juillet

À quelques rues de la place Masséna, l’église Saint-Jacques-le-Majeur raconte une autre histoire d’ouverture culturelle.

Construite au XVIIe siècle comme chapelle des jésuites, elle devait exprimer l’esthétique spirituelle de la Contre-Réforme. Son architecture et son décor contribuèrent à la diffusion du baroque religieux dans le comté de Nice. L’édifice, commencé au début du XVIIe siècle et achevé vers le milieu du siècle, fut classé au titre des monuments historiques en 1971.

Sa façade relativement sobre dissimule un intérieur où les stucs, les dorures, les faux marbres et les peintures cherchent à saisir immédiatement le regard. Le tableau du maître-autel représente saint Jacques guérissant les malades. L’apôtre n’y apparaît donc pas seulement comme le pèlerin de Compostelle, mais comme celui qui accompagne et relève.

Le Gesù témoigne d’une époque où Nice n’appartenait pas encore à la France. La ville se trouvait au sein des États de la maison de Savoie et regardait naturellement vers Turin, Gênes et la péninsule italienne. Son patrimoine baroque rappelle cette histoire distincte, souvent absorbée un peu rapidement dans le récit général de la Provence française.

Le même jour, Nice peut ainsi entendre les saxophones du Théâtre de Verdure et célébrer l’apôtre dans une église née de la culture jésuite italienne. Ce voisinage n’a rien d’artificiel. Il raconte une ville qui s’est toujours formée par les arrivées, les passages et les mélanges.

Une soirée placée sous vigilance météorologique

Une incertitude accompagne néanmoins cette dernière soirée. La Ville de Nice annonce une vigilance jaune pour orages et pluie-inondation ce samedi 25 juillet, de 20 heures à minuit, soit précisément pendant une grande partie des concerts en plein air.

Au moment de la préparation de cet article, le programme officiel continue d’afficher l’ensemble des concerts prévus. Aucune modification générale n’y est annoncée, mais les horaires et l’ordre des passages demeurent susceptibles d’évoluer. Les spectateurs ont donc intérêt à consulter les communications du festival et de la Ville avant leur déplacement.

Ground News offre ici un contraste révélateur. Son fil consacré à Nice met surtout en avant les affaires judiciaires et le football, tandis que l’actualité culturelle apparaît moins nettement dans les principaux sujets agrégés. Les pages municipales, les médias culturels et la presse locale donnent au contraire une place centrale au festival. Ce décalage montre l’intérêt de croiser les sources : une ville n’est jamais seulement ce qui remonte en premier dans un fil d’actualité.

Note culturelle

Saint Jacques et le jazz partagent, d’une manière inattendue, une même culture de la route.

L’apôtre est devenu le patron de ceux qui marchent vers un sanctuaire, parfois pendant des semaines. Le jazz, lui, s’est construit par les voyages des musiciens, la circulation des rythmes et les rencontres entre traditions africaines, américaines et européennes.

Nice se situe au croisement de ces déplacements. La ville est un ancien port méditerranéen, une porte des Alpes, une ancienne cité savoyarde devenue française et une capitale touristique ouverte au monde.

Le 25 juillet, le pèlerin et le musicien semblent donc raconter la même chose : on ne découvre vraiment une ville qu’en acceptant de quitter son chemin habituel.

Sources

  • Vatican News, saint Jacques le Majeur et lectures du 25 juillet 2026.

  • AELF, fête liturgique de saint Jacques.

  • Ville de Nice et Nice Jazz Fest, programmation du 23 au 25 juillet 2026.

  • Ville de Nice, alerte météorologique du 25 juillet 2026.

  • Ministère de la Culture, église Saint-Jacques-le-Majeur dite du Gesù et mobilier protégé.

  • Office de tourisme métropolitain Nice Côte d’Azur, histoire du Gesù.

  • Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, histoire du festival de jazz de Nice.

  • Ground News, comparaison de la couverture de l’actualité niçoise.

Pour aller plus loin

Nice, entre fête nationale et mémoire blessée

Provence alpine : routes fragiles, forteresses de frontière et passeurs de mémoire

Caprais de Lérins, le moine qui fit fleurir les îles de Provence

Cannes 2026 : le Festival peut-il encore vivre sans Hollywood ?

Commenter et s’abonner

Avez-vous déjà assisté au Nice Jazz Fest ou visité l’église du Gesù dans le Vieux-Nice ?

Partagez vos souvenirs et vos impressions dans les commentaires, puis abonnez-vous au blog pour découvrir chaque jour une nouvelle page de l’actualité, de l’histoire et du patrimoine provençaux.


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Marseille 2026 : la campagne commence avant l’heure

Saint Basile d’Aix : l’évêque qui assura la continuité après Rome

🏛️ Muselier quitte la région : stratégie nationale ou saut dans le vide ?