Sanary retrouve saint Nazaire sous les feux du théâtre

 

Le 28 juillet, l’ancien San Nari honore le martyr qui lui donna son nom tandis que le Théâtre Galli ouvre son festival d’été





Résumé en provençal

Au 28 de juliet, Sanàri retrouvo sant Nazàri, lou martir que li dounè soun noum. Mentre lou Teatre Galli duer soun festivaù d’estiéu, la vilo remèmbro soun ancian priorat, soun pichot port e lis escrivan d’Alemagno que ié trouvèron refugi.

Saints du jour : Nazaire et Celse, entre histoire et tradition

Le 28 juillet, l’Église commémore les saints Nazaire et Celse, martyrs honorés à Milan. La tradition chrétienne présente Nazaire comme un prédicateur ayant parcouru la Gaule, où il aurait instruit et baptisé le jeune Celse avant de poursuivre avec lui son apostolat. Tous deux auraient ensuite été exécutés sous l’autorité impériale.

L’historien doit cependant avancer avec davantage de prudence. Le noyau le plus solide du récit réside dans la découverte de deux corps de martyrs par saint Ambroise de Milan à la fin du IVe siècle. Les récits détaillés de leurs voyages, de leur rencontre et de leur martyre ont été développés par la tradition hagiographique. Il faut donc distinguer un culte ancien, historiquement attesté, d’une biographie dont les détails restent incertains.

À Sanary, cette fête prend une signification particulière. La commune s’est longtemps appelée Saint-Nazaire, ou San Nari en provençal. Vers l’an 1100, les abbés de Saint-Victor de Marseille établirent près de l’embouchure de la Reppe un prieuré placé sous le patronage du martyr. La bourgade qui se développa ensuite autour de la tour conserva ce nom jusqu’en 1890.

La paroisse locale conserve également la mémoire d’une translation de reliques attribuées à saint Nazaire depuis Milan en 1650. Comme souvent en matière de reliques anciennes, la tradition religieuse et la démonstration historique ne se confondent pas, mais cette mémoire témoigne de la profondeur du culte sanaryen.

Le festival d’été ouvre ses portes

Ce mardi 28 juillet, le Festival de Théâtre de Sanary commence au Théâtre Galli. Cette sixième édition se déroule jusqu’au 30 juillet et propose quatre spectacles répartis sur trois soirées.

La première représentation, Panique au ministère 2, débute à 21 h 30. La comédie de Guillaume Mélanie et Jean Franco met en scène une ministre de la Jeunesse et des Sports qui décide brusquement de se présenter à l’élection présidentielle, provoquant une nouvelle succession de catastrophes administratives et familiales. Philippe Chevallier, Marie-Hélène Lentini et Jennifer Lauret figurent notamment dans la distribution.

Le festival se poursuivra le 29 juillet avec Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port, puis Un caillou dans la chaussure. La dernière soirée, le 30 juillet, sera consacrée à Du charbon dans les veines. Le programme mêle ainsi comédie populaire, récit familial et théâtre contemporain.

La programmation pourrait sembler éloignée de la fête religieuse du jour. Pourtant, le lien entre saint Nazaire et le théâtre est moins artificiel qu’il n’y paraît. Tous deux racontent une même histoire locale : celle d’un village qui transforme ses institutions religieuses, maritimes et culturelles sans couper complètement le fil de sa mémoire.

Du patron de la ville au Théâtre Galli

Le Théâtre Galli lui-même est issu d’une initiative religieuse et sociale. En 1955, l’abbé Georges Galli, longtemps surnommé le « bon curé de Sanary », fit construire une Cité de la jeunesse destinée aux réunions, au sport et aux activités des jeunes. Le bâtiment fut donné à la commune en 1978, puis transformé en théâtre municipal portant le nom de son fondateur.

Cette origine explique la place singulière de l’établissement dans la ville. Le théâtre n’est pas seulement une salle où passent des artistes en tournée. Il constitue l’héritier d’un projet d’éducation populaire, né de la volonté de proposer aux jeunes un lieu de rencontre et de formation.

L’ouverture du festival le jour de la Saint-Nazaire forme donc une sorte de raccourci historique. Le saint donna son nom à la première communauté. Un prêtre donna le sien au principal théâtre. Entre les deux, Sanary est passée du prieuré médiéval à la scène contemporaine sans changer complètement de vocation : rassembler des habitants autour d’un récit commun.

Comment Saint-Nazaire devint Sanary

Le nom actuel de la commune conserve la trace de son ancienne identité. Sanary dérive de San Nari, forme provençale de saint Nazaire. Le changement officiel de nom, intervenu en 1890, ne fut donc pas une rupture totale, mais la francisation administrative d’une appellation locale déjà employée dans la langue du pays.

L’église paroissiale actuelle fut construite à la fin du XIXe siècle sur l’emplacement de l’ancienne église. Le projet, porté par le maire Michel Pacha, suscita des controverses, car l’ancien édifice provençal fut remplacé par une construction beaucoup plus monumentale. La silhouette de la nouvelle église Saint-Nazaire devint pourtant l’un des éléments les plus reconnaissables du port.

L’histoire de cette transformation pose une question toujours actuelle : faut-il conserver les bâtiments anciens tels qu’ils sont, ou accepter qu’une génération impose sa propre vision du patrimoine ?

Michel Pacha choisit la seconde solution, sans demander à la postérité de voter. Le résultat est aujourd’hui photographié par des milliers de visiteurs qui ignorent souvent que la carte postale fut autrefois un scandale municipal.

Une ville plus diverse que son image estivale

Sanary est volontiers présentée comme un port lumineux, avec ses pointus, son marché, ses terrasses et ses façades colorées. L’été 2026 prolonge naturellement cette image avec un marché nocturne réunissant près de quatre-vingt-cinq artisans, des concerts, des expositions et plusieurs festivals organisés entre le port, le Théâtre Galli et l’église Saint-Nazaire.

La commune entretient également ses traditions maritimes. Le 28 juin, la fête de la Saint-Pierre a réuni messe, procession, groupes provençaux et hommage aux disparus en mer. Le buste de saint Pierre a été embarqué sur un bateau de pêche avant le dépôt de gerbes au large.

Mais Sanary possède aussi un visage plus grave. Entre 1933 et 1940, la petite ville devint un refuge pour de nombreux écrivains, artistes et intellectuels fuyant le nazisme. Thomas Mann, Lion Feuchtwanger, Franz Werfel, René Schickele et plusieurs autres figures de la culture germanophone y séjournèrent.

La ville entretient aujourd’hui cette mémoire grâce à un parcours jalonné de vingt et une plaques, installé près des anciennes résidences des exilés. Deux circuits permettent de suivre leurs traces dans les rues, sur le port et dans les quartiers résidentiels.

Ce que montre, et ne montre pas, Ground News

La page Ground News consacrée à Sanary-sur-Mer a agrégé seize sujets au cours des trois derniers mois. Les articles les plus visibles concernent notamment une grave agression dans un collège, des problèmes immobiliers, la fermeture sanitaire d’un restaurant, le réchauffement de la Méditerranée, les arts urbains et la Virée de Saint-Nazaire.

Cette sélection donne une image réelle, mais partielle, de la commune. Les faits divers et les controverses circulent facilement entre les médias locaux, nationaux et internationaux. Le Festival de Théâtre, la fête du saint patron ou la mémoire des écrivains en exil restent davantage cantonnés aux sites municipaux, touristiques et culturels.

Ground News est donc utile non seulement pour comparer les sensibilités médiatiques, mais aussi pour repérer les silences du système. Une ville n’existe pas uniquement à travers les sujets qui franchissent les filtres des grands agrégateurs.

Sanary n’est ni seulement une station balnéaire heureuse, ni seulement le lieu d’un fait divers. Elle est à la fois un port, une ancienne paroisse, un refuge littéraire, une ville de traditions et un territoire où le spectacle vivant tente encore de rassembler les générations.

Éphéméride du 28 juillet

La date du 28 juillet constitue presque une fête patronale naturelle pour Sanary, même si les grandes célébrations locales se répartissent aujourd’hui à différents moments de l’année.

Le calendrier catholique honore Nazaire et Celse. L’ancien Saint-Nazaire ouvre son festival de théâtre. Le Théâtre Galli, issu d’une œuvre destinée à la jeunesse, reprend vie sous les applaudissements du public.

Cette rencontre entre le calendrier religieux et l’agenda culturel ne relève pas d’une décision solennelle. Elle possède pourtant une cohérence discrète.

Le saint rappelle le nom originel du village. Le théâtre rappelle qu’une communauté ne se construit pas seulement avec des rues et des bâtiments, mais aussi avec des histoires que l’on raconte ensemble.

Note culturelle

Sanary possède une place exceptionnelle dans l’histoire littéraire européenne.

Après l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, une grande partie de l’élite intellectuelle germanophone dut quitter l’Allemagne et l’Autriche. Plusieurs écrivains trouvèrent refuge dans ce qui était encore un modeste village de pêcheurs.

Thomas Mann organisa des rencontres littéraires avec d’autres exilés. Lion Feuchtwanger vécut plusieurs années à la Villa Valmer avant d’être interné au camp des Milles. Aldous Huxley avait déjà acheté une maison entre Sanary et Bandol, où il écrivit une partie du Meilleur des mondes.

Cette mémoire donne une profondeur particulière au Festival de Théâtre. Dans une ville qui accueillit des auteurs chassés de leur langue et de leur pays, ouvrir une scène demeure un geste moins anodin qu’il n’en a l’air.

Le rire proposé par Panique au ministère 2 n’a évidemment pas la gravité de l’exil. Mais la liberté de jouer, d’écrire et de se moquer du pouvoir appartient précisément à ce que les écrivains réfugiés à Sanary tentaient de sauver.

Sources

Théâtre Galli : programmation officielle du Festival de Théâtre

Théâtre Galli : Panique au ministère 2

Office de tourisme : Festival de Théâtre de Sanary

Ville de Sanary : programme de l’été 2026

Office de tourisme : histoire de Sanary

Paroisse Saint-Nazaire : histoire de la paroisse

Vatican News : saints Nazaire et Celse

Nominis : saints Nazaire et Celse

Ground News : actualité de Sanary-sur-Mer

Office de tourisme : Sanary, terre d’exil

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