Maîtriser le feu sans prétendre le supprimer
De la garrigue aux maisons, la Provence doit réapprendre à prévenir, entretenir et parfois brûler sous contrôle
🌿 Resumit en prouvençau
Lou fiò fai partido dóu païs,
mai quand rescountrò lou vènt, la secaresso e de bos abandouna,
pòu devasta en quauqueis ouro ce que d’ome an basti en de generacioun.
Pèr garda la Prouvènço, sufís pas d’esperar li Canadair.
Fau débroussaia à l’entour deis oustau, manteni li camin,
faire pastura lei bèsti, entreteni lei coupuro e, de cop,
emplega un pichot fiò mestrejant pèr empacha lou grand.
Mestreja lou fiò, es pas lou vence pèr toujour.
Es aprendre à viéure emé éu, sènso imprudènci e sènso ilusioun.
✨ Le 6 août : de la lumière de la Transfiguration au feu qui dévore
Le 6 août, l’Église célèbre la Transfiguration du Seigneur. Sur la montagne, le visage du Christ devient lumineux et ses vêtements resplendissent. Cette lumière ne détruit rien : elle révèle, pendant un instant, ce qui demeure caché aux yeux des disciples. (AELF)
Le feu des incendies fonctionne à l’inverse. Il ne révèle pas seulement la puissance de la nature : il met au jour les faiblesses de nos territoires, les broussailles accumulées, les maisons mal protégées, les routes impraticables, les équipements insuffisants et les comportements imprudents.
Dans la Bible comme dans la tradition provençale, le feu peut purifier, éclairer, réchauffer ou détruire. Il n’est jamais un élément banal. Le dossier de ce jour ne cherche donc ni à le diaboliser ni à le romantiser : il s’agit de comprendre comment la Provence peut apprendre à vivre avec un risque qu’elle ne supprimera jamais complètement.
Un été 2026 qui a rappelé la puissance du feu
L’été 2026 a commencé sous une tension exceptionnelle. Dès le 8 juillet, Météo-France signalait un danger élevé ou très élevé dans 54 départements, niveau d’extension jamais atteint jusque-là par la Météo des forêts. Les vagues de chaleur successives, la sécheresse des végétaux et les faibles taux d’humidité ont créé des conditions favorables à des feux rapides et difficiles à contenir.
La Provence a été directement touchée. Des incendies ont parcouru les secteurs de Lançon-de-Provence et de Rognac, puis le Var autour de Draguignan, Fréjus et Cotignac. Plusieurs milliers de pompiers, des moyens aériens et des équipes venues d’autres territoires ont été mobilisés durant le mois de juillet.
Ground News montre que ces incendies ont bénéficié d’une couverture assez diverse : les médias locaux suivaient les évacuations, les routes fermées et les maisons menacées ; les agences internationales insistaient davantage sur les vagues de chaleur européennes et le changement climatique ; les médias audiovisuels mettaient en avant les images spectaculaires des avions et des colonnes de fumée.
Cette couverture est nécessaire. Mais elle commence généralement lorsque le feu est déjà parti.
On voit les flammes, les Canadair et les pompiers épuisés. On voit beaucoup moins les travaux réalisés en hiver : les pistes nettoyées, les citernes entretenues, les troupeaux envoyés sur une coupure de combustible ou les équipes qui brûlent volontairement un hectare de broussailles sous des conditions précisément calculées.
Or la véritable maîtrise du feu commence plusieurs mois avant l’incendie.
Neuf feux sur dix commencent par un geste humain
La sécheresse, la chaleur et le mistral déterminent la facilité avec laquelle un incendie peut se propager. Ils n’allument cependant pas la majorité des feux.
Selon Météo-France, environ neuf départs sur dix sont d’origine humaine, volontaire ou accidentelle. La moitié serait liée à des imprudences ou à des comportements dangereux. Environ 80 % des feux se déclenchent à moins de cinquante mètres des habitations.
Le mégot jeté depuis une voiture reste l’exemple classique. Mais il faut ajouter les travaux produisant des étincelles, les barbecues mal installés, les brûlages de déchets végétaux, les engins agricoles ou forestiers, certaines lignes électriques et les actes délibérés.
Le premier outil de maîtrise du feu ne se trouve donc ni dans un avion ni dans une caserne. Il se trouve dans le comportement quotidien.
Consulter la Météo des forêts, renoncer à des travaux mécaniques lorsqu’un risque très élevé est annoncé, ne pas circuler dans un massif fermé et alerter immédiatement le 18 ou le 112 peut éviter qu’une étincelle devienne un front de flammes. La Météo des forêts indique le danger prévu à l’échelle départementale, mais elle ne signale pas les incendies en cours ; les restrictions locales restent décidées par les préfectures et les communes.
Voilà un point souvent mal compris : une interdiction d’accès ne signifie pas que la forêt appartient soudainement à l’administration. Elle signifie qu’en certaines journées, une intervention de secours pourrait mettre en danger le promeneur, les pompiers et l’ensemble du massif.
Le débroussaillement : protéger sans transformer la colline en terrain vague
Le mot « débroussailler » fait parfois penser à un grand nettoyage brutal où l’on rase tout ce qui dépasse.
Ce n’est pas le principe recherché.
Le débroussaillement vise surtout à réduire la continuité du combustible. Il faut éviter qu’un tapis d’herbes sèches et d’arbustes conduise directement les flammes jusqu’aux branches basses, puis aux cimes des arbres et enfin à la toiture de la maison.
Dans les secteurs exposés, le Code forestier impose généralement le maintien en état débroussaillé sur cinquante mètres autour des constructions situées à moins de deux cents mètres des bois et forêts. Le maire peut porter cette distance à cent mètres. Les voies privées d’accès doivent également être traitées selon les règles fixées localement.
Il s’agit notamment de couper la végétation basse, d’espacer certaines masses arbustives, d’élaguer les arbres conservés, d’éloigner le bois de chauffage des façades et d’empêcher que les branches touchent directement la maison.
Le débroussaillement ne rend pas une habitation invulnérable. Il diminue l’intensité du feu à son approche, limite les projections directes et permet aux pompiers d’intervenir dans de meilleures conditions.
Les retours d’expérience sont sévères : le Gouvernement indiquait au lancement de la campagne 2026 que 90 % des maisons détruites ou gravement endommagées se trouvaient sur des terrains non débroussaillés ou insuffisamment entretenus. En 2025, près de 190 constructions avaient été sévèrement atteintes ou détruites par les incendies de forêt et de végétation.
Le meilleur refuge reste d’ailleurs souvent une maison correctement débroussaillée et fermée, non une voiture arrêtée sur une route enfumée.
Il faut protéger les maisons, mais aussi cesser de fabriquer du risque
La Provence s’est beaucoup urbanisée au contact direct des massifs.
Des lotissements, des villas et des routes se sont glissés dans les pinèdes, les collines et les anciennes terres agricoles. La séparation autrefois visible entre la ville, les cultures et la forêt est devenue floue. Autour de Marseille, la disparition progressive de cette interface conduit les habitations à se retrouver directement confrontées aux espaces combustibles.
On ne pourra pas résoudre ce problème uniquement en demandant aux pompiers davantage de moyens.
Il faut naturellement protéger les constructions existantes. Mais il faut aussi éviter de continuer à disperser des maisons au fond de vallons, au bout de chemins trop étroits ou dans des secteurs où l’évacuation serait presque impossible.
Une véritable politique provençale du feu devrait limiter les nouvelles constructions dans les zones les plus exposées, privilégier les noyaux villageois déjà desservis et imposer des voies permettant le passage et le retournement des engins de secours.
La maison méditerranéenne elle-même doit évoluer : volets résistants, grilles empêchant l’entrée des brandons, terrasses débarrassées de tout matériau inflammable, gouttières nettoyées et végétaux très combustibles éloignés des murs.
Le cyprès collé à la façade, la haie de résineux et la réserve de bois sous la fenêtre donnent parfois une jolie ambiance de campagne. Quand arrive le feu, ils peuvent devenir une mèche.
Les pistes, les citernes et les coupures ne sont pas de simples cicatrices
La Défense des forêts contre les incendies, ou DFCI, repose sur tout un réseau d’ouvrages : pistes, points d’eau, zones de croisement, citernes, vigies et coupures de combustible.
Une piste DFCI ne sert pas principalement à offrir une promenade commode aux véhicules particuliers. Elle permet aux équipes d’atteindre rapidement un départ de feu, de ravitailler les engins et de disposer éventuellement d’un axe de repli.
Une coupure de combustible n’est pas nécessairement une bande entièrement nue. Elle doit offrir un espace où la quantité et la continuité de la végétation ont suffisamment diminué pour ralentir le feu, réduire son intensité ou permettre aux équipes de lutte de travailler.
Dans le massif de l’Étoile, au nord de Marseille, les équipes spécialisées de l’ONF utilisent le débroussaillement mécanique, le travail manuel, l’élagage, l’abattage sélectif et le brûlage dirigé pour entretenir ces ouvrages. L’objectif n’est pas de supprimer toute végétation, mais de créer des discontinuités dans une garrigue particulièrement combustible.
Ces ouvrages doivent être entretenus chaque année. Une piste envahie de broussailles ou une citerne vide ne sert plus à grand-chose le jour où le vent se lève.
La maîtrise du feu demande donc de financer un travail régulier et peu spectaculaire. Inaugurer un nouveau camion produit de belles photographies. Budgéter pendant vingt ans le nettoyage d’une piste fait moins rêver, mais protège probablement davantage.
Le retour des troupeaux : faire manger le combustible
Une partie de la fermeture des paysages méditerranéens est liée à la déprise agricole.
Lorsque les cultures, les parcours et les pâturages sont abandonnés, les herbes, les arbustes puis les arbres recolonisent les terres. Cette évolution peut favoriser certains habitats naturels, mais elle crée aussi des continuités végétales permettant au feu de parcourir de grandes distances.
Le pastoralisme peut contribuer à maintenir des coupures de combustible. Les brebis, chèvres, bovins ou équidés consomment une partie de la végétation basse et ralentissent le retour des broussailles après un traitement mécanique ou un brûlage dirigé.
Le CERPAM travaille précisément sur la mobilisation des élevages dans la prévention des incendies. Les expériences menées dans le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et d’autres territoires méditerranéens montrent que les coupures pâturées peuvent associer activité agricole, entretien du paysage et fonction DFCI.
Le troupeau n’est toutefois pas une débroussailleuse gratuite.
Il faut des bergers, de l’eau, des clôtures, des accès, des périodes de pâturage adaptées et une rémunération correcte. Toutes les plantes ne sont pas consommées de la même manière, et une zone stratégique ne peut pas être abandonnée à la seule bonne volonté des bêtes.
Le sylvopastoralisme fonctionne lorsqu’un projet forestier et un projet d’élevage sont construits ensemble dans la durée.
Remettre des troupeaux dans les massifs ne consiste donc pas à rejouer une Provence ancienne avec quelques cloches et une photographie de transhumance. C’est recréer une activité économique capable d’entretenir réellement le territoire.
Le mythe d’une Provence rurale qui ne brûlait jamais
On entend souvent que les incendies étaient rares autrefois parce que les paysans ramassaient le bois, faisaient pâturer les collines et cultivaient chaque parcelle.
Il y a une part de vérité : la consommation du bois, les parcours pastoraux et la présence de cultures créaient davantage de discontinuités dans certains paysages.
Mais l’âge d’or n’a jamais existé.
Les travaux historiques consacrés à la forêt méditerranéenne montrent que les activités paysannes multipliaient aussi les usages du feu et les départs accidentels. Les incendies n’étaient pas absents ; leurs lieux, leurs causes et les paysages qu’ils parcouraient étaient différents.
La Provence ancienne utilisait le feu pour nettoyer certaines terres, renouveler des parcours, produire du charbon ou remettre une parcelle en culture. Elle disposait de moins de maisons dispersées dans les massifs, mais aussi de moyens de lutte beaucoup plus faibles.
Il ne faut donc ni mépriser les pratiques anciennes ni en faire une solution miraculeuse.
Ce que l’on peut retrouver, c’est leur connaissance fine des saisons, des vents, des pentes et de la végétation — en l’associant aux prévisions météorologiques, aux recherches scientifiques et à une organisation professionnelle moderne.
Brûler un peu en hiver pour éviter de tout perdre en été
Voilà le point le plus paradoxal du dossier : le feu peut servir à lutter contre le feu.
Le brûlage dirigé consiste à mettre volontairement le feu à une végétation déterminée, selon un plan préparé, sous des conditions météorologiques compatibles et avec des équipes formées capables de contrôler les flammes.
Dans le massif de l’Étoile, ces opérations sont généralement conduites entre janvier et mars. Une intervention de 2024 a mobilisé vingt-quatre personnes sur une parcelle de 1,1 hectare : chef de chantier, porteurs de torches, personnels chargés des lisières, équipes équipées d’eau et observateurs du comportement du feu.
Le feu progresse à faible intensité et consomme surtout les herbes sèches, les feuilles mortes et une partie des broussailles. L’objectif est de réduire la masse combustible avant l’été, notamment dans les secteurs trop pentus ou rocheux pour les engins mécaniques.
Le brûlage dirigé n’est pas un écobuage improvisé par un particulier.
Il exige une analyse de la végétation, du vent, de l’humidité, de la pente, des fumées, des enjeux voisins et des possibilités d’extinction. Les fenêtres météorologiques acceptables sont étroites. Un chantier peut être annulé le matin même si les conditions ont changé.
Le projet européen Fire Paradox, coordonné notamment par l’unité de recherche d’Avignon de l’INRA, a précisément étudié cette utilisation raisonnée du feu, depuis le brûlage préventif jusqu’au contre-feu employé durant certains incendies.
Utiliser le feu de cette manière demande de sortir d’une vision enfantine : le petit feu contrôlé n’est pas nécessairement l’ennemi de la forêt, et l’absence totale de feu ne garantit pas toujours sa sécurité.
Le contre-feu : une arme de spécialistes
Le contre-feu appartient à la lutte opérationnelle, non à l’entretien courant.
Il consiste à allumer un feu depuis une ligne sécurisée afin de consommer le combustible situé devant l’incendie principal. Lorsque les deux fronts se rejoignent, le grand feu ne trouve plus suffisamment de végétation à brûler.
Cette technique peut être très efficace, mais elle est dangereuse. Elle dépend du vent, du relief, de la vitesse du front et des possibilités de repli. Une erreur peut créer un second incendie incontrôlable.
Elle ne doit donc être mise en œuvre que sous l’autorité du commandement des opérations de secours, par des professionnels formés.
Le contre-feu illustre parfaitement la maîtrise plutôt que la suppression : on ne combat pas seulement la flamme avec de l’eau, mais aussi avec une compréhension précise de son comportement.
Attaquer vite reste indispensable
Prévenir et aménager les massifs ne rendront jamais les pompiers inutiles.
La stratégie française repose largement sur la détection et l’attaque rapides des feux naissants. L’objectif est d’engager les moyens terrestres et, lorsque cela est nécessaire, aériens avant que le front ne devienne trop puissant.
Dans le Var, des forestiers-sapeurs, des agents de l’ONF, des écogardes et les bénévoles des Comités communaux feux de forêt assurent des patrouilles, surveillent les massifs, renseignent le public et peuvent intervenir sur les premiers départs. Le Département arme notamment vingt patrouilles forestières et un point haut au mont Caume dans son dispositif de surveillance.
Les CCFF possèdent une connaissance précieuse des chemins, des points d’eau, des habitations isolées et des habitudes locales. Ils ne remplacent pas les sapeurs-pompiers et ne doivent pas s’engager dans une lutte dangereuse, mais ils peuvent accélérer l’alerte, guider les secours et participer à la culture du risque.
Les moyens aériens restent eux aussi essentiels. En 2026, la Sécurité civile a même expérimenté l’utilisation d’un A400M équipé d’un dispositif de largage de retardant, en complément des Canadair, Dash et hélicoptères.
Mais aucun avion ne peut compenser un massif entièrement fermé, des maisons encerclées de broussailles et des routes bloquées.
L’eau et le retardant ralentissent le feu. Ce sont les équipes au sol qui l’éteignent, sécurisent les lisières et surveillent parfois pendant plusieurs jours les reprises souterraines.
Pourquoi le modèle actuel risque d’atteindre ses limites
Pendant plusieurs décennies, la stratégie d’attaque rapide a permis de contenir l’immense majorité des départs de feu avant qu’ils ne prennent de grandes dimensions.
Elle reste indispensable, mais les conditions changent.
Les végétaux deviennent inflammables plus tôt, les périodes de risque durent plus longtemps et les nuits restent parfois trop chaudes pour que les incendies diminuent fortement d’intensité. Météo-France estime que la saison des feux pourrait s’allonger d’un à deux mois dans certaines régions, avec une aggravation particulièrement forte dans le Sud-Est.
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur pourrait connaître une hausse moyenne des températures de 2,2 °C vers 2050 et de 3,7 °C vers 2100 selon la trajectoire de référence utilisée pour l’adaptation. Le danger de feu deviendrait très élevé sur des périodes plus longues et dans des territoires aujourd’hui moins habitués.
Le projet de recherche FEVER, lancé pour la période 2025-2029 avec le CNRS, INRAE, les pompiers et plusieurs acteurs provençaux, doit justement analyser les effets de la fréquence, de l’intensité et de l’étendue des feux sur les forêts méditerranéennes, les sols et la biodiversité.
On ne pourra donc plus tout miser sur l’arrivée rapide d’un camion ou d’un avion.
Quand plusieurs grands incendies éclatent simultanément, les moyens doivent être répartis. Lorsque le vent pousse les flammes plus vite qu’un homme ne court, la priorité devient parfois l’évacuation et la protection des vies, non l’arrêt immédiat du front.
Toute forêt méditerranéenne ne demande pas à brûler
Certains pins, chênes, cistes et autres végétaux méditerranéens possèdent des capacités de résistance ou de régénération après le feu.
Cela ne signifie pas que les incendies sont sans conséquence ou que la forêt « a besoin » de brûler régulièrement.
L’effet dépend de l’intensité, de la saison, de la fréquence des feux, de la sécheresse antérieure et des pluies qui suivent. Un incendie modéré peut laisser de nombreuses souches vivantes et favoriser certaines espèces. Des feux violents et trop rapprochés peuvent au contraire épuiser les capacités de régénération, dégrader les sols, favoriser l’érosion et transformer durablement la végétation.
Le pin maritime, par exemple, peut bien se reconstituer après un incendie, mais les jeunes peuplements denses issus de cette régénération deviennent à leur tour très combustibles s’ils ne sont pas gérés.
Après un feu, il ne faut donc pas systématiquement labourer, replanter ou couper tous les arbres noircis.
Il faut observer les sols, les pentes, les espèces capables de repartir, les risques d’érosion et la présence d’arbres dangereux près des routes. Dans certains secteurs, la meilleure décision consiste à laisser la régénération naturelle travailler. Dans d’autres, une intervention rapide est nécessaire.
La reconstruction ne doit pas répondre seulement à l’émotion du paysage noir.
Ce qu’une véritable politique provençale du feu devrait faire
La maîtrise du feu ne repose sur aucune solution unique.
Elle suppose de combiner plusieurs lignes d’action :
Autour des habitations, vérifier réellement les obligations de débroussaillement, accompagner les propriétaires en difficulté et traiter en priorité les maisons isolées ou accessibles par une seule voie.
Dans les massifs, entretenir en permanence les pistes, citernes, vigies et coupures de combustible selon une logique géographique dépassant les frontières communales.
Dans les paysages, maintenir des cultures, des oliveraies, des vignes, des vergers et des pâturages capables de former des espaces moins combustibles entre les forêts et les zones habitées.
En hiver, développer les brûlages dirigés là où ils sont utiles, avec des équipes formées, une évaluation écologique et une information claire des habitants.
Dans l’urbanisme, cesser d’ajouter de nouvelles constructions dans les secteurs où les secours ne pourraient ni intervenir ni évacuer correctement la population.
Pendant l’été, renforcer les patrouilles, les CCFF, les forestiers-sapeurs et les contrôles des activités susceptibles de produire des étincelles.
Après l’incendie, établir un diagnostic avant de replanter, protéger les sols et suivre le massif pendant plusieurs années.
Cette politique coûte de l’argent. Mais la prévention demande des dépenses régulières et prévisibles, tandis qu’un grand incendie impose brutalement des évacuations, des indemnisations, des travaux d’urgence, une reconstruction et des pertes économiques considérables.
La forêt gratuite n’existe pas. Lorsqu’on ne paie pas pour l’entretenir, on finit souvent par payer pour la défendre ou la reconstruire.
Ce que le traitement médiatique laisse souvent de côté
Ground News permet de constater que les grands feux de juillet ont été traités par des médias de sensibilités diverses. Autour de Cotignac, six publications étaient agrégées ; pour l’incendie du Var près de Draguignan, neuf articles apparaissaient, provenant principalement de médias classés au centre ou reprenant les agences.
Les divergences politiques étaient moins visibles que les différences d’angle.
Les médias internationaux plaçaient les incendies dans la série des catastrophes climatiques européennes. Les médias nationaux suivaient les moyens engagés, les déclarations gouvernementales et le nombre d’hectares. Les médias locaux se concentraient sur les quartiers évacués, les routes, les campings, les animaux et le retour des habitants.
Tous parlaient peu du travail pastoral, du brûlage dirigé, de l’entretien des citernes ou du contrôle des obligations de débroussaillement.
C’est compréhensible : une coupure de combustible entretenue pendant vingt ans ne devient une information spectaculaire que le jour où elle arrête ou ralentit un feu.
Pourtant, la maîtrise du risque dépend précisément de ces sujets qui passent mal à la télévision : l’entretien, la continuité administrative, la coopération entre propriétaires et la présence humaine dans les massifs.
🏛️ Note culturelle : la Provence n’a jamais vécu sans le feu
La Provence ancienne connaissait plusieurs feux.
Il y avait le feu du foyer, celui du four communal, des charbonnières, des verreries, des fours à chaux et des ateliers. Il y avait le feu agricole, utilisé avec plus ou moins de prudence pour nettoyer les terres. Il y avait enfin les feux rituels, notamment ceux de la Saint-Jean, autour desquels le village se réunissait.
Le feu représentait donc à la fois le travail, la fête, la lumière et le danger.
La société contemporaine a éloigné une partie de ces usages visibles. Beaucoup d’habitants ne font plus de feu, ne travaillent plus le bois et ne connaissent pas le comportement d’une flamme poussée par le vent. Mais ils vivent parfois plus près que jamais de masses végétales continues.
Nous avons gagné des moyens techniques considérables et perdu une part de la familiarité quotidienne avec le feu.
Il ne s’agit pas de remettre des allumettes dans toutes les mains. Il faut au contraire construire une culture commune du feu : savoir reconnaître le danger, comprendre les fermetures de massifs, entretenir son terrain et accepter que des professionnels utilisent parfois une petite flamme pour empêcher la grande.
Dans le parler du païs, « mestreja » ne signifie pas supprimer. Cela signifie tenir, conduire et garder dans des limites.
C’est exactement ce que la Provence doit apprendre à faire.
📚 Sources
Météo-France : la Météo des forêts
Météo-France : évolution future du climat en Provence-Alpes-Côte d’Azur
Ministère de l’Intérieur : campagne 2026 sur le débroussaillement
Code forestier : obligations légales de débroussaillement
Office national des forêts : feux de forêt et DFCI
ONF : brûlage dirigé dans le massif de l’Étoile
INRAE : projet européen Fire Paradox
INRAE : projet FEVER sur la résilience des forêts méditerranéennes
CERPAM : élevage pastoral et prévention des incendies
Office français de la biodiversité : gestion du risque dans les espaces naturels
Département du Var : surveillance et protection des massifs
Ground News : incendie autour de Cotignac
🔎 Pour aller plus loin
Cotignac encerclé par les flammes, la Provence Verte se réveille meurtrie
Gap, la neige en mémoire et l’eau sous vigilance
Aigues-Mortes, l’or blanc face à la montée des eaux
💬 Commenter et s’abonner
Faut-il, selon vous, utiliser davantage le brûlage dirigé et le pastoralisme pour protéger les massifs provençaux ?
Votre habitation ou votre commune sont-elles correctement préparées au risque d’incendie ?
Partagez vos expériences, vos propositions et vos souvenirs des grands feux dans les commentaires.
Abonnez-vous au blog pour découvrir les dossiers, l’actualité, l’histoire et le patrimoine vivant des pays de Provence.
Commentaires
Enregistrer un commentaire