Provence sauvage : derrière la lavande, un monde vivant insoupçonné

 

De la garrigue aux Alpes, la faune et la flore racontent plusieurs Provence







🌿 Resumit en prouvençau

La Prouvènço es pas soulamen lavando, cigalo e óulivié.

Dóu coussoul de Crau à la sansouiro de Camargo,
dóu roucas dei Calanco au bousc dei Mauro,
dóu Ventour jusqu’ei mountagno dóu Mercantour,
lou païs recato uno diversita extraordinàri.

L’aiglo de Bonelli passo sus li colo,
lou lesert ucelat se caufo sus li pèiro,
la tartugo d’Hermann s’amago dins lou Var,
lou ganga cata cour dins la Crau,
e lou flamant rose fai sa vido dins l’aigo salado.

E souto la mar, la pousidounié bastis uno vertadiero pradarié.

Garda la naturo prouvençalo, es pas la metre souto uno campano :
es manteni li pastre, l’aigo, li terro agricolo, li bousc,
li camin e li grand espàci que permeton au vivent de circula.


🌍 Il n’existe pas une nature provençale, mais plusieurs

Quand on dit « nature provençale », l’imaginaire fait vite son travail : lavande violette, olivier, pin parasol, cigale et quelques cyprès devant un mas.

Tout cela appartient bien au paysage culturel du Midi.

Mais écologiquement, la Provence est beaucoup plus étrange.

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur se trouve à la rencontre des mondes méditerranéen et alpin. Garrigues calcaires, maquis, forêts de chênes, falaises maritimes, pelouses steppiques, marais salés, torrents, prairies alpines et sommets de plus de 3 000 mètres s’y succèdent sur quelques centaines de kilomètres. Cette diversité explique que l’Office français de la biodiversité considère la région comme l’une des plus riches de France pour la diversité de ses espèces et de ses habitats.

Quelques kilomètres suffisent parfois pour changer de monde.

À Marseille, la sabline de Provence pousse presque au ras du calcaire.

Dans la Crau, le ganga cata court sur une steppe de galets.

En Camargue, les salicornes vivent avec le sel.

Dans le Var, la tortue d’Hermann cherche l’ombre entre les arbustes.

Et dans les Alpes du Sud, la vipère d’Orsini peut vivre à plus de 1 000 mètres d’altitude, au milieu des criquets dont elle se nourrit.

Voilà peut-être la première particularité de la Provence : le vivant y change très vite avec l’altitude, la pierre, l’eau et l’exposition au soleil.


🌿 La garrigue : le vrai jardin provençal

La garrigue semble pauvre à qui la traverse en plein mois d’août.

La pierre blanche chauffe, les herbes jaunissent et les arbustes restent bas.

Pourtant, ce milieu apparemment austère possède une remarquable diversité végétale.

On y rencontre notamment chêne kermès, romarin, thym, cistes, filaires, genévriers, euphorbes, ainsi que de nombreuses plantes annuelles qui accomplissent une grande partie de leur cycle avant l’arrivée de la sécheresse estivale.

Le paysage résulte d’une adaptation permanente au manque d’eau.

Les petites feuilles coriaces limitent l’évaporation. Certaines plantes portent des poils qui réfléchissent une partie du rayonnement solaire. D’autres accumulent des huiles essentielles. Plusieurs ralentissent presque entièrement leur activité durant l’été pour repartir aux premières pluies.

Dans les Calanques, cette flore atteint un degré d’originalité exceptionnel. Le Parc national y recense environ 1 000 espèces végétales, dont plusieurs dizaines protégées. La sabline de Provence est particulièrement remarquable : cette petite plante des éboulis calcaires est endémique et ne pousse naturellement qu’en Provence.

Le genêt de Lobel, qui forme des coussins épineux sur les crêtes exposées au mistral, constitue une autre silhouette caractéristique du paysage calcaire.

Il faut donc se méfier d’une idée reçue : un paysage bas, sec et pierreux n’est pas nécessairement un paysage dégradé.

Une garrigue peut être biologiquement beaucoup plus riche qu’une forêt uniforme.


🌳 Garrigue et maquis ne sont pas tout à fait la même chose

Les deux mots sont souvent employés comme synonymes.

Ils désignent pourtant deux formations méditerranéennes différentes.

La garrigue est particulièrement associée aux sols calcaires et aux végétations plutôt basses et ouvertes.

Le maquis, plus dense et souvent plus élevé, se développe davantage sur des sols siliceux et acides.

C’est pourquoi les Maures et l’Estérel présentent des paysages différents de ceux des Calanques, de la Sainte-Baume ou du Luberon.

Dans les massifs siliceux varois, on retrouve notamment chênes-lièges, arbousiers, bruyères et maquis épais.

Cette distinction géologique explique une bonne partie des nuances du paysage provençal : la pierre décide beaucoup de la plante qui viendra dessus.


🌲 Le pin d’Alep : roi des collines ou conquérant opportuniste ?

Sa silhouette est devenue indissociable de Marseille et des collines provençales.

Le pin d’Alep supporte remarquablement la chaleur, les sols pauvres et la sécheresse. Dans les Calanques, il domine aujourd’hui de nombreuses garrigues et pinèdes.

Mais la forêt méditerranéenne n’a jamais été immobile.

Pendant des siècles, les collines ont été pâturées, coupées, cultivées, parcourues par les charbonniers et exploitées pour le bois. Lorsque certaines activités agricoles ont reculé, des arbres ont recolonisé des espaces autrefois beaucoup plus ouverts.

Le pin d’Alep a particulièrement profité de cette dynamique.

Ainsi, ce que nous considérons aujourd’hui comme une « forêt naturelle » peut parfois être le résultat relativement récent de l’abandon d’un ancien pâturage ou d’une parcelle cultivée.

Cela n’enlève rien à sa valeur écologique.

Cela rappelle seulement que, dans le Midi, nature et histoire humaine sont souvent impossibles à séparer.


🦎 Le lézard ocellé : le petit dragon des collines

C’est probablement l’un des plus beaux animaux terrestres de Provence.

Le lézard ocellé est le plus grand lézard présent en France métropolitaine. Son corps vert et noir porte sur les flancs de spectaculaires taches bleues, les « ocelles » qui lui ont donné son nom.

Il recherche les paysages ouverts, les pierres, les terriers, les vieux murs et les secteurs où alternent végétation basse et refuges.

On le rencontre notamment en Crau, dans les garrigues et dans différents secteurs méditerranéens. La réserve des coussouls de Crau le compte parmi ses espèces emblématiques.

Son principal ennemi n’est pas la chaleur provençale.

C’est souvent la disparition du paysage dont il a besoin : fermeture des milieux, destruction des vieux murs, urbanisation, routes et fragmentation des habitats.

Un tas de pierres que l’homme trouve « sale » peut être pour lui un immeuble de grande qualité.


🦅 L’aigle de Bonelli : le seigneur discret des falaises

Bien moins nombreux que les gabians, mais autrement plus difficile à apercevoir, l’aigle de Bonelli constitue l’un des grands rapaces emblématiques du Midi méditerranéen.

Il fréquente les falaises et chasse dans les milieux ouverts.

Le Parc national des Calanques indique qu’un couple y niche parmi une population française qui demeure très limitée. L’espèce fait l’objet d’un plan national d’actions.

Sa présence raconte quelque chose de fondamental.

Un grand rapace ne peut pas vivre uniquement grâce à la protection de son nid.

Il lui faut également des territoires de chasse, des proies, des lignes électriques moins dangereuses, des zones suffisamment tranquilles et des espaces connectés entre eux.

Protéger l’aigle revient donc indirectement à protéger tout un paysage.


🐢 Dans le Var, une véritable tortue sauvage

La tortue d’Hermann n’est pas une tortue de jardin échappée d’une boîte.

C’est la seule tortue terrestre indigène de France métropolitaine, aujourd’hui réduite à quelques populations du Var et de Corse. La DREAL Provence-Alpes-Côte d’Azur coordonne un plan national d’actions destiné à consolider ses populations.

Le massif et la plaine des Maures constituent l’un de ses principaux bastions continentaux. La réserve naturelle nationale de la plaine des Maures et plusieurs sites Natura 2000 protègent une partie de son habitat.

L’animal vit au sol, lentement.

Et c’est précisément ce qui le rend vulnérable.

Un incendie rapide peut lui laisser peu de possibilités de fuite. Les routes, les travaux, la fragmentation des habitats et les prélèvements illégaux constituent d’autres menaces.

Lorsqu’une tortue d’Hermann sauvage traverse un chemin, le meilleur geste est généralement le plus simple :

la laisser vivre sa vie de tortue.


🐍 La vipère d’Orsini : une Provençale que presque personne ne voit

Elle fait beaucoup moins peur une fois qu’on la connaît.

La vipère d’Orsini est la plus petite vipère française : elle ne dépasse qu’exceptionnellement une cinquantaine de centimètres.

Elle vit dans des pelouses et landes sèches des Alpes du Sud, entre environ 1 000 et 2 200 mètres, et son alimentation repose essentiellement sur les sauterelles et les criquets. Elle n’est connue que d’une douzaine de sites en Provence-Alpes-Côte d’Azur et est classée en danger.

Sa principale menace est paradoxale.

Elle ne souffre pas seulement d’une destruction brutale de son habitat, mais aussi de sa fermeture lorsque le pâturage et certaines pratiques agricoles extensives disparaissent.

Une montagne abandonnée par l’homme n’est donc pas automatiquement une montagne devenue meilleure pour toute la faune.

Certaines espèces ont besoin que les pelouses restent ouvertes.

Encore une fois, le berger réapparaît derrière la biodiversité.


🐑 La Crau : le désert qui n’en est pas un

Il faut aller dans la Crau sèche pour découvrir l’un des paysages les plus déroutants de Provence.

Des galets.

Une végétation rase.

Presque aucun arbre.

À première vue, on pourrait croire qu’il ne reste rien.

C’est tout le contraire.

Le coussoul de Crau constitue un écosystème steppique sans véritable équivalent en France. Sa végétation a été façonnée pendant des siècles par le pâturage extensif des moutons, notamment avant leur départ en transhumance vers les Alpes. Ce pastoralisme reste aujourd’hui indispensable à la conservation du milieu.

La flore n’y est pas spectaculaire par la rareté de chacune de ses plantes, mais par leur association : brachypode rameux, thym, asphodèle fileux et stipe chevelu composent une communauté originale.

Et surtout, la Crau possède une faune qui semble venue des steppes ibériques ou nord-africaines.


🐦 Le ganga cata : presque toute la France tient dans la Crau

Le ganga cata ressemble vaguement à un pigeon qui aurait décidé de devenir animal du désert.

Son plumage terreux le rend incroyablement difficile à repérer lorsqu’il reste immobile sur les galets.

En France, sa population reproductrice est essentiellement concentrée en Crau. Le Conservatoire d’espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur estimait la population crauienne à 464 individus en 2024.

Le coussoul abrite également l’outarde canepetière, l’œdicnème criard, l’alouette calandre et le faucon crécerellette. Près de 300 espèces d’oiseaux ont été observées dans l’ensemble de la Crau.

Voilà pourquoi transformer un morceau de coussoul en entrepôt, parking ou infrastructure n’est pas simplement supprimer quelques hectares de « terrain vide ».

C’est enlever une partie d’un habitat qui n’existe pratiquement nulle part ailleurs.


🦗 Et il existe même un criquet qui n’habite qu’ici

La Crau possède un animal plus discret encore : le criquet de Crau.

L’Office français de la biodiversité le cite parmi les espèces remarquables et endémiques de la région, tandis que le CEN PACA le considère comme menacé d’extinction.

Il ne possède ni le prestige de l’aigle ni la sympathie spontanée de la tortue.

Mais l’endémisme est précisément cela : si cette petite espèce disparaît de son territoire minuscule, elle ne survivra pas quelque part dans une forêt lointaine.

Elle disparaîtra tout court.


🦩 Camargue : le royaume du sel et des oiseaux

À quelques dizaines de kilomètres de la Crau, tout change.

Le caillou devient eau.

La steppe devient marais.

Le système camarguais dépend principalement de trois éléments : la quantité et le rythme de l’eau, le sel et la topographie. Leur combinaison produit lagunes, roselières, sansouires, dunes et prés salés.

La Camargue se situe sur une grande route migratoire entre l’Europe et l’Afrique. Plus de 150 000 oiseaux d’eau y transitent chaque année selon le Parc naturel régional.

Le plus célèbre reste évidemment le flamant rose.

Jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’individus peuvent fréquenter le delta en été. Leur couleur vient notamment des pigments contenus dans les petits organismes dont ils se nourrissent.

Mais réduire la Camargue au flamant serait presque aussi injuste que réduire la Provence à la lavande.

Canards, hérons, guêpiers, glaréoles, butors, cistudes et innombrables invertébrés partagent le delta. Le Parc gère directement plus de 8 000 hectares d’espaces naturels pour concilier conservation et activités traditionnelles.


🌱 La sansouire : la forêt miniature du sel

La sansouire est un mot qu’on ne devrait pas perdre.

Il désigne les grandes étendues camarguaises dominées par les salicornes sur des sols où le sel affleure fortement en été.

Ces plantes possèdent des rameaux charnus capables de stocker de l’eau et de supporter des concentrations salines impossibles pour la majorité des végétaux.

À la fin de l’été, les saladelles ajoutent du mauve au paysage. Six espèces sont signalées en Camargue, dont certaines particulièrement rares et protégées.

Ce milieu est à la fois extrêmement simple en apparence et très spécialisé biologiquement.

Une terre blanche de sel n’est donc pas davantage « vide » qu’un coussoul couvert de galets.


🌊 Sous la mer aussi pousse une prairie provençale

La nature provençale continue sous l’eau.

Et l’une de ses plantes les plus importantes n’est ni le thym ni la lavande.

C’est la posidonie.

La posidonie n’est pas une algue mais une véritable plante à fleurs marine. Elle forme de vastes herbiers sous-marins qui servent d’abri, de nurserie et de zone d’alimentation à de nombreuses espèces.

Dans le Parc national des Calanques, ces prairies accueillent notamment saupes, sars, girelles, hippocampes et de nombreux invertébrés. Le Parc recense environ 60 espèces marines patrimoniales dans ses eaux.

Plus au large apparaissent grands dauphins, dauphins bleu et blanc, tortues caouannes et parfois rorquals communs.

La Méditerranée constitue elle-même un haut lieu mondial de biodiversité : l’OFB indique qu’elle abrite environ 10 % des espèces répertoriées mondialement alors qu’elle représente autour de 1 % de la surface des océans.

La Provence ne s’arrête donc pas à la ligne du rivage.


🏔️ Puis la Provence devient alpine

Il suffit enfin de remonter vers le Mercantour, le Queyras ou les Écrins pour que le paysage méditerranéen se transforme.

Le Mercantour offre probablement l’un des exemples les plus spectaculaires de cette transition.

Le Parc national y recense 2 067 espèces végétales, soit environ 42 à 43 % de la flore indigène de France, sur une superficie représentant moins de 0,2 % du territoire métropolitain. Près d’une centaine de plantes y possèdent une aire de répartition restreinte et peuvent être considérées comme endémiques au sens large.

La raison tient à sa position extraordinaire : influences méditerranéennes dans les vallées basses, espèces alpines en altitude et plantes héritées des épisodes glaciaires.

On peut ainsi passer, au cours d’une même journée, de végétations presque méditerranéennes à des pelouses où poussent des plantes adaptées au froid.

Parmi les curiosités se trouve la saxifrage à nombreuses fleurs, ou Saxifraga florulenta, emblématique du massif cristallin Argentera-Mercantour.


🐺 Le retour du loup rappelle que la Provence touche aux Alpes

Le loup est revenu naturellement dans le Mercantour au début des années 1990 depuis les populations italiennes.

Il est depuis devenu l’un des animaux les plus emblématiques — et les plus conflictuels — des Alpes françaises.

L’OFB indique qu’une part très importante de la population française de loups se trouve en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Sa présence rappelle que la biodiversité n’est pas seulement composée de jolies fleurs et d’animaux faciles à aimer.

Le retour d’un grand prédateur pose des problèmes réels aux éleveurs et oblige à rechercher des formes de coexistence, de protection des troupeaux et de gestion publique.

Une nature totalement sauvage et une montagne pastorale totalement pacifiée sont deux abstractions.

Le vrai païs se trouve entre les deux.


🌸 Les plantes les plus provençales ne sont pas nécessairement celles des cartes postales

La lavande est évidemment profondément associée à la Provence.

Mais les champs violets de Valensole ou du plateau d’Albion sont d’abord des paysages agricoles.

Ce n’est pas un défaut.

Au contraire : ils rappellent que la biodiversité provençale ne se divise pas proprement entre « nature sauvage » d’un côté et « activités humaines » de l’autre.

Le plateau de Valensole, par exemple, associe blé dur, lavande et sainfoin. Ces mosaïques agricoles peuvent également héberger des oiseaux steppiques comme l’outarde canepetière, l’œdicnème criard, l’alouette lulu ou le busard cendré lorsque les pratiques et la structure du paysage leur restent favorables.

La Crau dépend du mouton.

La Camargue dépend en partie de la gestion de l’eau.

Les alpages dépendent du pâturage.

Les oliveraies, restanques et vignobles peuvent constituer des mosaïques d’habitats.

Une partie de la nature provençale est donc une nature travaillée.


🌼 Des plantes qui n’existent presque nulle part ailleurs

Certaines plantes provençales possèdent une aire de répartition si petite que leur conservation dépend directement de quelques collines.

La nivéole de Nice, par exemple, vit sur les Corniches de la Riviera entre l’est de Nice et Menton. En 2026, la DREAL a encore présenté le plan national d’actions destiné à protéger cette plante menacée et les habitats remarquables auxquels elle appartient.

L’armérie de Belgentier, autre plante à aire extrêmement réduite, fait elle aussi partie des espèces concernées par des programmes de conservation régionaux.

La biodiversité n’est donc pas seulement une affaire de nombre d’espèces.

Elle dépend aussi de la présence de ces petites exceptions géographiques.

La Provence possède des plantes que l’on pourrait perdre à l’échelle mondiale en détruisant seulement quelques stations.


🔥 Le feu : destruction, mais aussi vieille composante du paysage

Après les incendies de cet été, impossible de parler de biodiversité provençale sans parler du feu.

Plusieurs espèces méditerranéennes disposent de capacités remarquables de reprise après incendie : rejets depuis les souches, graines favorisées par l’ouverture du milieu ou recolonisation rapide.

Cela ne signifie pas que « la forêt a besoin de brûler ».

Un incendie très intense, répété trop fréquemment ou suivi d’une forte érosion peut au contraire appauvrir durablement un milieu.

Le principal problème actuel est l’accumulation des pressions : sécheresse, incendies, fragmentation des habitats, fréquentation humaine et urbanisation.

Le Parc national des Calanques souligne ainsi que sa biodiversité remarquable demeure fragilisée par une très forte présence humaine : le territoire reçoit plusieurs millions de visiteurs par an.

Une plante capable de survivre au mistral et à six mois sans vraie pluie peut finalement être beaucoup moins résistante à une chaussure qui l’écrase tous les jours.


🌵 Quand les plantes venues d’ailleurs prennent la place

La mondialisation existe aussi chez les plantes.

Agaves, figuiers de Barbarie et différentes espèces ornementales ont été plantés pendant des décennies dans les jardins méditerranéens. Certaines se sont ensuite échappées dans les espaces naturels.

Le Parc national des Calanques recense environ 80 espèces végétales exotiques envahissantes, dont plusieurs représentent une menace importante pour les habitats locaux.

Le problème n’est pas qu’une plante soit « étrangère » par principe.

Il apparaît lorsqu’elle prolifère au point de concurrencer les espèces locales et de modifier le fonctionnement du milieu.

Certaines images que nous considérons aujourd’hui comme parfaitement méditerranéennes — agaves et cactus devant la mer — sont donc culturellement familières mais biologiquement récentes.

La Provence de carte postale n’est pas toujours la Provence botanique.


🚧 La première menace : découper le territoire en morceaux

L’une des principales difficultés pour la biodiversité n’est pas toujours la destruction complète d’un espace.

C’est sa fragmentation.

Une autoroute, un lotissement, une zone commerciale ou une succession de clôtures peuvent laisser de la verdure de chaque côté tout en rendant les déplacements impossibles pour certaines espèces.

La DREAL cite parmi les principales causes de recul de la biodiversité la destruction et la fragmentation des espaces naturels, auxquelles s’ajoutent pollution, surexploitation, espèces envahissantes et changement climatique.

Un territoire peut donc paraître très vert vu depuis Google Maps et être écologiquement découpé en îles.

Pour un aigle, une tortue ou un loup, la question n’est pas seulement :

« Reste-t-il de la nature ? »

C’est également :

« Peut-on encore aller d’un morceau à l’autre ? »


👨‍🌾 Protéger la Provence ne signifie pas chasser l’homme

La tentation serait de conclure qu’il faudrait retirer l’homme de tous ces milieux.

L’histoire écologique régionale dit pourtant autre chose.

Le coussoul de Crau dépend du pastoralisme extensif.

Les oiseaux du plateau de Valensole dépendent en partie de paysages agricoles adaptés.

La Camargue est depuis longtemps modelée par une gestion complexe de l’eau, de l’élevage, de la riziculture, de la pêche et des espaces protégés. Le Parc naturel régional expérimente justement des formes de gestion conciliant ces activités avec la conservation.

Les pelouses de la vipère d’Orsini peuvent souffrir de l’abandon du pâturage.

Voilà la singularité du païs.

Il existe bien une nature sauvage.

Mais beaucoup de paysages que nous voulons conserver sont également le produit de millénaires de relations entre végétation, animaux domestiques et sociétés humaines.

Le bon objectif n’est donc ni l’artificialisation générale ni la mise sous cloche générale.

C’est une présence humaine compatible avec le maintien du vivant.


🏛️ Note culturelle : cigale, lavande et olivier — vrais symboles, fausse nature immobile

La Provence s’est fabriqué un bestiaire et un herbier symboliques.

La cigale est devenue presque un emblème national provençal grâce notamment à la littérature félibréenne et à l’imagerie populaire.

L’olivier représente la permanence.

La lavande est devenue la couleur du pays.

Le cyprès donne sa verticale aux tableaux.

Et le mistral met tout ça en mouvement.

Ces symboles sont légitimes.

Mais ils ne doivent pas cacher les créatures beaucoup moins célèbres qui rendent la Provence réellement exceptionnelle : une petite sabline dans un éboulis marseillais, un criquet perdu dans la Crau, une vipère minuscule des Préalpes, une nivéole des corniches niçoises ou un herbier de posidonie que personne ne voit depuis la plage.

Une région ne se définit pas seulement par ce qu’elle montre.

Elle se définit aussi par ce qu’elle est seule à pouvoir conserver.


🌱 Dix espèces et plantes pour regarder autrement le païs

Si l’on voulait retenir dix ambassadeurs du vivant provençal, on pourrait choisir :

La sabline de Provence, minuscule endémique des calcaires.

L’aigle de Bonelli, grand rapace méditerranéen devenu très rare.

Le lézard ocellé, dragon bleu et vert des milieux ouverts.

La tortue d’Hermann, survivante des Maures.

Le ganga cata, oiseau steppique dont la population française dépend de la Crau.

Le criquet de Crau, patrimoine mondial tenant dans quelques milliers d’hectares.

Le flamant rose, architecte visuel de la Camargue.

La vipère d’Orsini, petite mangeuse de criquets des montagnes du Sud.

La nivéole de Nice, fleur des corniches orientales.

La posidonie, prairie sous-marine sans laquelle une partie de notre Méditerranée ne serait plus la même.

Et il faudrait déjà en ajouter dix autres.

C’est bon signe.


📚 Sources

Office français de la biodiversité — biodiversité de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

DREAL Provence-Alpes-Côte d’Azur — biodiversité, flore et plans nationaux d’actions.

Parc national des Calanques — flore et faune terrestres et marines.

Conservatoire d’espaces naturels PACA — Réserve naturelle nationale des coussouls de Crau.

CEN PACA — suivi du ganga cata.

Parc naturel régional de Camargue — milieux, flore et avifaune.

Parc naturel régional du Verdon — Natura 2000 et oiseaux des paysages agricoles.

Parc national du Mercantour — biodiversité et richesse floristique.


🔎 Pour aller plus loin

Maîtriser le feu sans prétendre le supprimer

Grasse garde le parfum du jasmin

Provence alpine : routes fragiles, forteresses de frontière et passeurs de mémoire

Aigues-Mortes, l’or blanc face à la montée des eaux


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Quel animal représente pour vous le mieux la Provence : la cigale, le flamant rose, l’aigle de Bonelli, la tortue d’Hermann ou quelque bestiole beaucoup moins connue ?

Et quelle plante faudrait-il mettre à côté de la lavande et de l’olivier dans notre imaginaire du païs ?

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