Saint-Rémy ouvre sa Féria : la bouvine est-elle encore un monde provençal ?
Ce 13 août, taureaux, chevaux et raseteurs rappellent une culture bien différente de la corrida
🌿 Resumit en prouvençau
Au 13 d’avoust, Sant-Roumié duerb sa Fèri emé lei pichot,
lei gardian, lei chivau e lei biòu.
À miejour, l’abrivado e la bandido fan courre lou païs ;
au ser, dins leis areno, lei rasetaire devon leva
coucado, gland e ficello entre lei bano dóu biòu.
Aqui, ges de matanço : lou taure rèsto lou rèi dóu jo.
Mai la bouvino es pas soulamen un espectacle.
Es un mounde d’elevaire, de manado, de gardian,
de chivau Camargo, de fèsto e de paraulo prouvençalo.
Entre tradicioun, securita, ben-èstre animau e transmissioun,
lou 13 d’avoust nous demando se lou païs saup encaro
faire viéure sei tradicioun sènso lei transforma en decor.
🕊️ Saints du jour : Pontien et Hippolyte, l’unité retrouvée
Le 13 août, l’Église catholique fait mémoire ensemble de saint Pontien et saint Hippolyte, morts vers 235.
Et leur réunion dans le calendrier est presque plus intéressante que leur opposition.
Pontien était évêque de Rome. Hippolyte, prêtre et théologien particulièrement rigoureux, s’était opposé aux papes Calixte puis Pontien, notamment à propos de la discipline envers les pécheurs repentants. Une communauté dissidente s’était constituée autour de lui. Lorsque l’empereur Maximin le Thrace fit déporter Pontien et Hippolyte en Sardaigne, les deux hommes se réconcilièrent avant de mourir des conséquences de leur captivité.
La fête réunit donc dans une même mémoire un pape et celui qui avait été son adversaire.
Ce n’est pas mauvais comme leçon pour notre époque : on peut avoir défendu avec une extraordinaire énergie ce que l’on croyait être la Tradition et découvrir finalement que la fidélité ne consiste pas à rester éternellement séparé.
⛪ Hippolyte possède aussi ses terres provençales
Le saint n’est d’ailleurs pas complètement étranger au païs.
À Venelles, au nord d’Aix-en-Provence, l’église paroissiale est placée sous son vocable. Après le séisme de 1909, qui avait détruit l’ancienne église et le presbytère, le nouveau sanctuaire Saint-Hippolyte fut construit aux Logis et inauguré en 1911. Il fut considérablement agrandi à la fin du XXe siècle puis consacré dans sa configuration actuelle en 2008.
Plus haut encore, dans les Hautes-Alpes, on retrouve des chapelles Saint-Hippolyte à Névache, à Val-des-Prés et à Saint-Martin-de-Queyrières. Celle de Bouchier conserve notamment un important décor peint du début du XVIe siècle représentant le martyre du saint.
De Rome aux Alpes provençales, le 13 août possède donc déjà son fil religieux.
Mais, ce jeudi, l’actualité du païs descend franchement vers les Alpilles.
🐂 À Saint-Rémy, les clefs passent aux Péquélets
La Féria de Saint-Rémy-de-Provence, commencée hier soir et programmée jusqu’au 16 août, entre ce 13 août dans sa véritable journée d’ouverture.
À 11 heures, les clefs de la Féria doivent être remises aux Péquélets saint-rémois, les enfants du village, en présence de la Dame de Saint-Rémy et de sa demoiselle d’honneur. Une demi-heure plus tard part la charrette des Péquélets en direction des arènes Barnier.
À midi viennent l’abrivado et la bandido, conduites cette année par le poney-club du Mas de Laudun.
Puis le taureau reprend sa place dans la soirée : un encierro de vingt taureaux de la Manade des Alpilles figure au programme de 18 heures et, surtout, les arènes municipales accueillent à 21 h 30 une course camarguaise du Trophée de l’Avenir, comptant pour le championnat de France Espoirs.
Le programme actualisé signale néanmoins plusieurs modifications au cours de la Féria ; la manifestation de ce 13 août reste elle-même annoncée sous réserve de conditions météorologiques favorables. Il convient donc de consulter le programme officiel avant de se déplacer.
Mais au-delà de l’agenda, cette journée donne surtout une excellente occasion de répondre à une question simple :
qu’est-ce donc que la bouvine ?
🐃 Bouvine ne veut pas dire corrida
Pour quelqu’un qui ne connaît pas le Midi taurin, tout peut se mélanger.
Un taureau.
Des arènes.
Des hommes qui courent.
Une foule.
Et aussitôt vient le mot corrida.
Pourtant, la course camarguaise fonctionne selon une logique profondément différente.
Dans la course camarguaise, l’objectif n’est pas de blesser ni de mettre à mort le taureau. Des hommes vêtus de blanc, les raseteurs, tentent à l’aide d’un petit crochet de retirer des attributs fixés entre ou autour de ses cornes : la cocarde, les glands puis les ficelles.
Le raseteur provoque la charge, traverse devant la tête de l’animal, essaie de saisir l’attribut puis doit gagner la barrière avant d’être rejoint.
Et le taureau ?
Il retourne à la manade à la fin de sa course.
Les meilleurs peuvent participer pendant plusieurs années à des dizaines d’épreuves et acquérir une réputation qui dépasse largement celle des hommes qui leur font face. Le Parc naturel régional de Camargue note lui-même que certains cocardiers deviennent de véritables « stars » de la bouvine.
Dans ce monde-là, le héros principal possède quatre pattes et deux cornes.
🔴 Cocarde, glands et ficelles : ce que cherchent les hommes en blanc
La cocarde est un petit morceau de ruban rouge placé sur le frontal du taureau entre les cornes.
Autour viennent les glands puis les ficelles.
Les hommes gagnent des points et des primes lorsqu’ils parviennent à décrocher ces attributs. Mais la difficulté dépend évidemment du comportement de chaque animal.
Certains chargent droit.
D’autres anticipent.
Certains défendent particulièrement bien leur terrain près des planches.
Avec l’expérience, le cocardier apprend lui aussi.
C’est ce qui rend la course difficile à réduire à une simple démonstration sportive : l'adversaire observe, mémorise et développe son propre comportement de jeu. Le Parc explique d’ailleurs que la sélection des élevages a progressivement favorisé des animaux particulièrement aptes à cette confrontation.
Le public ne juge donc pas seulement le courage du raseteur.
Il juge également l’intelligence, la rapidité, la noblesse et parfois le caractère du biòu.
⚜️ Le « biòu » : beaucoup plus qu’un bovin
Le vocabulaire dit déjà quelque chose.
En Camargue et dans le pays de bouvine, le taureau de course est le biòu.
Le Parc naturel régional explique que ce mot est devenu le référent même de l’amateur de course camarguaise et qu’autour de lui s’est développée cette fameuse expression :
la fe di biòu, la foi du taureau.
Il ne s’agit évidemment pas d’une religion au sens théologique.
C’est une manière de dire une passion presque totale.
On connaît les taureaux par leur nom.
On suit leur carrière.
On discute leurs sorties.
On se souvient des plus grands.
Le patrimoine de la course camarguaise a même intégré officiellement en 2011 l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel, tenu par le ministère de la Culture.
La République reconnaît donc aujourd’hui comme patrimoine une pratique née dans les mas et les fêtes populaires du bas Rhône.
🐎 Sans cheval Camargue, pas vraiment de bouvine
Le taureau attire les regards.
Mais toute la culture qui l’entoure serait impossible sans le cheval.
Le cheval Camargue est petit, rustique, endurant et suffisamment maniable pour travailler dans les marais au milieu des bovins. Son élevage reste étroitement associé à celui des taureaux et à la figure du gardian.
Les images de Saint-Rémy ce 13 août — chevaux blancs serrés autour des taureaux noirs — ne sont donc pas seulement un spectacle inventé pour touristes.
Elles viennent d’une technique de travail.
Le gardian devait pouvoir aller chercher un animal, séparer une bête du troupeau, conduire les taureaux et se déplacer dans des terres où un véhicule ordinaire aurait longtemps été peu pratique.
La fête a transformé le métier en représentation.
Mais derrière la représentation demeure un savoir-faire.
🏇 Abrivado : autrefois on amenait réellement les taureaux aux arènes
Le mot abrivado vient du provençal et renvoie à l’idée d’élan, d’arrivée vive.
À l’origine, il ne s’agissait pas d’un spectacle autonome.
Il fallait conduire les taureaux de la manade jusqu’aux arènes du village.
Les gardians à cheval formaient autour d’eux une protection afin d’empêcher les animaux de s’échapper — et aussi afin d’empêcher certains jeunes gens de tenter de les détourner.
L’arrivée finit par devenir un événement en elle-même.
Aujourd’hui, le transport des animaux se fait naturellement beaucoup plus souvent en camion et les règles de sécurité ont profondément modifié la pratique. Mais l’abrivado continue de mettre en scène cette ancienne conduite du troupeau.
La bandido correspond au mouvement inverse : le retour des taureaux après la course, toujours encadrés par les gardians.
Le Parc naturel régional rappelle que, contrairement à l’abrivado où plusieurs animaux peuvent arriver ensemble, les taureaux peuvent être conduits individuellement lors de la bandido.
Autrement dit :
abrivado : on les amène ;
bandido : on les ramène.
Voilà déjà deux mots qu’il faudrait éviter de traduire, tant ils appartiennent au pays.
🐂 Et l’encierro ?
Encore autre chose.
L’encierro est un lâcher de taureaux dans un espace urbain fermé par des barrières.
Le Parc de Camargue le définit simplement comme un jeu-spectacle faisant évoluer les animaux dans une partie clôturée du village ou de la ville.
On comprend donc pourquoi parler globalement de « lâcher de taureaux » ne suffit pas.
Entre une course camarguaise en arènes, une abrivado, une bandido et un encierro, les règles, les espaces et les rôles ne sont pas les mêmes.
Le calendrier des fêtes provençales repose pourtant encore largement sur cette grammaire que beaucoup de gens du païs savent reconnaître sans avoir besoin d’un dictionnaire.
🏟️ Pourquoi Saint-Rémy est un bon endroit pour comprendre cette culture
Saint-Rémy se trouve au nord des Alpilles, mais son univers traditionnel regarde largement vers le pays d’Arles et la Camargue.
Les fêtes de l’été associent chevaux, charrettes, costumes, produits agricoles et traditions taurines.
La Féria de cette semaine rassemble précisément tout le répertoire : Péquélets, abrivado, bandido, course camarguaise, olympiades, Carreto Ramado, Arlésiennes, concours de fouet et roussataïo.
La charrette ramée est particulièrement intéressante.
Elle nous rappelle que la tradition taurine n’est pas isolée du reste de la société rurale provençale. Derrière les chevaux et les taureaux se trouvaient les agriculteurs, les charretiers, les maréchaux-ferrants, les mas et toute une économie.
La fête a survécu à la mécanisation de cette agriculture.
C’est peut-être précisément pour cela qu’elle est devenue patrimoine.
🌾 La bouvine a aussi façonné les paysages
Il serait encore trop simple d’en faire seulement une tradition folklorique.
Les élevages extensifs de taureaux et de chevaux participent directement au fonctionnement des espaces camarguais.
Les animaux pâturent sansouires, prés et marais. Ils entretiennent une végétation qui, sans eux, évoluerait différemment.
Le Parc de Camargue souligne toutefois que l’équilibre n’est pas automatique : l’augmentation des effectifs bovins combinée à la réduction de certaines surfaces de pâture peut elle aussi exercer une pression sur des milieux fragiles comme les roselières ou les sansouires.
Voilà une nuance importante.
Dire que l’élevage traditionnel contribue à la biodiversité ne signifie pas que tout élevage, à n’importe quelle densité, est écologiquement bénéfique.
Comme souvent en Provence, l’équilibre vient d’une présence humaine suffisamment forte pour entretenir le territoire, mais pas assez brutale pour l’épuiser.
🧬 Deux taureaux noirs qui ne sont pas les mêmes
Il existe également une confusion fréquente entre le taureau de course camarguaise et le taureau destiné à la corrida.
Tous deux peuvent être noirs.
Tous deux sont élevés en Camargue.
Mais ce sont deux races et deux sélections différentes.
La raço di biòu, reconnue officiellement en 1999, est sélectionnée notamment pour la course camarguaise et les jeux de bouvine.
Le taureau de combat, d’origine espagnole, appartient à une autre filière d’élevage et répond aux exigences de la corrida.
Cette différence explique aussi pourquoi on ne peut pas utiliser « taureau camarguais » comme un mot magique désignant indistinctement n’importe quel animal noir vu près d’Arles.
La Camargue aime les nuances.
Même chez ses taureaux.
⚖️ Une tradition ne dispense jamais de discuter du bien-être animal
Dire que la course camarguaise n’aboutit pas à la mise à mort du taureau ne règle pas pour autant toutes les questions éthiques.
Il faut pouvoir discuter des conditions de transport, de l’intensité des manifestations, des blessures possibles, du stress, de la sécurité des animaux et des hommes.
Préserver une tradition ne signifie pas décréter qu’elle doit rester exactement telle qu’elle était en 1900.
Le Parc lui-même rappelle que les règles de sécurité et la généralisation du transport en camion ont déjà profondément transformé abrivados et bandidos.
Une tradition véritablement vivante évolue.
Son problème commence lorsqu’on lui demande de choisir entre deux caricatures :
soit tout conserver exactement comme autrefois ;
soit tout supprimer parce que cela vient d’autrefois.
Entre les deux, il existe une politique culturelle beaucoup plus exigeante : conserver ce qui donne son sens à la pratique, améliorer ce qui doit l’être et transmettre les savoir-faire au lieu de reproduire mécaniquement les gestes.
👦 Les Péquélets reçoivent les clefs : ce n’est pas un détail
Voilà pourquoi la cérémonie de ce matin à Saint-Rémy mérite plus d’attention qu’elle n’en reçoit probablement.
Ce sont les Péquélets, les enfants, qui reçoivent symboliquement les clefs de la Féria.
On peut n’y voir qu’une animation sympathique.
Mais une tradition ne survit jamais parce qu’un office de tourisme possède de belles photographies anciennes.
Elle survit lorsqu’un enfant apprend le nom des gestes.
Lorsqu’il comprend la différence entre une abrivado et une bandido.
Lorsqu’il sait pourquoi la charrette est décorée.
Lorsqu’il reconnaît les couleurs et les instruments.
Lorsqu’il entend encore quelques mots du parler local.
Le patrimoine immatériel porte bien son nom : quand la chaîne humaine se rompt, il ne reste parfois presque rien à restaurer.
Une chapelle abandonnée peut être rebâtie cinquante ans plus tard.
Une tradition dont personne ne connaît plus les gestes est beaucoup plus difficile à ressusciter.
🗣️ Et la langue provençale dans tout ça ?
Elle est partout dans le vocabulaire.
Biòu.
Bouvino.
Gardian.
Manado.
Abrivado.
Bandido.
Roussataïo.
Carreto.
Même lorsque les conversations se déroulent désormais presque entièrement en français, le monde de la bouvine conserve une ossature linguistique provençale.
Le Musée de la Camargue en donne un bel exemple dans son glossaire, qui conserve des termes comme bouvino, fe, dountaire, draio, ferrado ou simbèu.
La culture régionale ne réside donc pas seulement dans le costume.
Elle réside dans les mots permettant de distinguer des réalités que le français général finit souvent par désigner avec un terme vague.
Quand tous les chevaux deviennent des chevaux, tous les taureaux des taureaux et toutes les fêtes des « animations », une partie du paysage mental disparaît.
📚 Mistral, d’Arbaud et Baroncelli : une tradition également reconstruite
Il faut toutefois éviter un autre mythe.
La Camargue que nous connaissons aujourd’hui n’est pas restée absolument identique depuis l’Antiquité.
Au XIXe et au début du XXe siècle, le mouvement de renaissance provençale a puissamment contribué à définir et mettre en scène l’identité gardiane.
Le marquis Folco de Baroncelli et l’écrivain Joseph d’Arbaud jouèrent notamment un rôle considérable dans cette valorisation culturelle. La Nacioun Gardiano fut créée en 1909 pour défendre costumes, traditions du pays d’Arles et de Camargue, et langue d’oc.
Cela ne rend pas ces traditions « fausses ».
Toute culture choisit, organise et transmet certains éléments de son passé.
Mais cela nous oblige à abandonner l’image d’une Camargue qui aurait traversé deux mille ans sans bouger.
Les traditions que nous considérons comme immémoriales sont souvent le résultat d’une longue évolution, puis d’une prise de conscience patrimoniale.
C’est précisément ce qui les rend intéressantes.
🌍 Une culture qui déborde largement la Provence administrative
La bouvine montre aussi combien les frontières administratives expliquent mal le Midi.
La course camarguaise est pratiquée principalement dans les Bouches-du-Rhône, le Gard et l’Hérault, entre basse Provence et Languedoc oriental.
Elle traverse donc joyeusement la frontière moderne entre Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie.
Arles, Saint-Rémy, Beaucaire, Vauvert, Lunel ou Marsillargues appartiennent ici à une même aire culturelle taurine.
Voilà exactement ce que nous disions récemment à propos de Sète et du continuum méditerranéen d’oc : les vieilles cultures régionales suivent les fleuves, les plaines, les langues et les échanges beaucoup plus volontiers que nos conseils régionaux.
Le pays de bouvine est un excellent exemple de territoire culturel réel dont les limites ne correspondent pas à celles d’une administration.
📰 Ground News : la petite actualité locale échappe encore aux grands agrégateurs
Ground News recense relativement peu de sujets consacrés à Saint-Rémy-de-Provence : sa page locale indiquait récemment onze histoires sur trois mois, sans faire émerger de véritable dossier contradictoire autour de la Féria actuelle.
C’est assez révélateur.
La Féria peut mobiliser un village entier, des manades, des raseteurs, des associations et des milliers de spectateurs sans devenir une grande actualité nationale.
En revanche, lorsque la tauromachie entre dans une polémique politique ou militante, la couverture médiatique devient rapidement plus importante — comme le montrent les dossiers consacrés à d’autres férias.
Pour comprendre la bouvine, il faut donc souvent sortir du cycle de l’actualité conflictuelle et revenir aux sources patrimoniales, aux éleveurs, aux fédérations, aux musées et aux habitants.
Une culture ne se comprend pas uniquement le jour où quelqu’un demande son interdiction.
🔥 Les Alpilles restent sous vigilance
La fête se déroule en outre dans un massif où l’été impose une vigilance permanente contre l’incendie.
Du 1er juin au 30 septembre, l’accès aux Alpilles peut être restreint ou totalement interdit en fonction du niveau quotidien de risque. Les décisions sont actualisées chaque soir pour le lendemain.
Saint-Rémy possède également plusieurs pistes et équipements DFCI destinés à permettre aux secours d’intervenir dans le massif.
Voilà encore deux Provence qui doivent apprendre à vivre ensemble :
celle des foules estivales et celle d’un massif extrêmement sec.
Faire vivre les traditions suppose aussi de ne pas brûler le décor vivant qui les a produites.
🏛️ Note culturelle : les arènes Barnier, un lieu modeste devenu patrimoine vivant
Les arènes Barnier ne possèdent évidemment ni les dimensions ni l’ancienneté des arènes romaines d’Arles.
Mais elles jouent un rôle essentiel dans la vie culturelle saint-rémoise.
La municipalité a engagé ces dernières années plusieurs travaux de réhabilitation afin d’améliorer équipements, éclairage et accueil du public, tout en maintenant la vocation festive et taurine du lieu.
C’est peut-être ici que l’expression patrimoine vivant prend tout son sens.
Une arène vide et parfaitement restaurée serait un monument.
Une arène dans laquelle enfants, anciens, raseteurs, gardians et public continuent de se retrouver devient autre chose :
un lieu où une communauté se raconte à elle-même.
À condition, naturellement, qu’elle sache encore expliquer ce qu’elle y fait.
📅 Éphéméride du 13 août : réconciliation et transmission
La rencontre du calendrier produit aujourd’hui une curieuse harmonie.
L’Église commémore Hippolyte et Pontien, deux adversaires finalement réconciliés.
Saint-Rémy confie symboliquement les clefs de sa Féria aux enfants.
Et le soir, de jeunes raseteurs du Trophée de l’Avenir entrent dans les arènes devant des taureaux eux aussi sélectionnés et formés progressivement au jeu.
Le 13 août parle donc moins de conservation que de transmission.
Un adversaire peut redevenir un frère.
Un enfant peut devenir le gardien d’une tradition.
Un jeune raseteur peut apprendre son métier.
Et une culture peut changer sans nécessairement disparaître.
La vraie question n’est peut-être pas :
« La Provence est-elle encore comme autrefois ? »
Elle ne l’est pas.
Elle ne l’a d’ailleurs jamais été très longtemps.
La question est plutôt :
« Qu’est-ce qu’elle juge suffisamment précieux pour le transmettre demain ? »
Ce soir, dans les arènes de Saint-Rémy, une partie de la réponse aura des cornes.
📚 Sources
MyProvence — programme actualisé de la Féria 2026 de Saint-Rémy-de-Provence
Provence-Alpes-Côte d’Azur Tourisme — Féria 2026
Parc naturel régional de Camargue — la bouvine
Parc naturel régional de Camargue — glossaire
Parc naturel régional de Camargue — élevage du taureau et du cheval Camargue
Ministère de la Culture — Inventaire national du patrimoine culturel immatériel
Église catholique en France — saints Pontien et Hippolyte
Ville de Venelles — église Saint-Hippolyte
Ville de Saint-Rémy — prévention du risque incendie
🔎 Pour aller plus loin
Aigues-Mortes, l’or blanc face à la montée des eaux
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Provence sauvage : derrière la lavande, un monde vivant insoupçonné
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Avez-vous déjà assisté à une course camarguaise ou à une abrivado ?
Faites-vous spontanément la différence entre bouvine provençale et corrida espagnole ?
Et jusqu’où une tradition doit-elle évoluer pour répondre aux exigences contemporaines de sécurité et de respect des animaux sans perdre ce qui fait son identité ?
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