🚉 Marseille de gare en gare (14/18) : Saint-Joseph, la gare oubliée du roi d’Espagne

 Détrôné par Joseph Bonaparte, Charles IV trouva refuge à Saint-Joseph.



Bien avant Saint-Joseph-le-Castellas, une petite gare du PLM desservait le village, ses campagnes et le château où Charles IV d’Espagne trouva refuge après avoir été détrôné au profit de Joseph Bonaparte.

Série : Marseille de gare en gare
Branche : vers L’Estaque et le littoral nord
Ligne : Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles
Gare : ancienne gare de Saint-Joseph
Situation approximative : point kilométrique 856,9
Altitude : environ 50 mètres
Mise en service : au XIXe siècle
Fermeture : date exacte à préciser
État actuel : gare et bâtiment voyageurs disparus
Publication : jeudi 24 avril 2031

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En provençal

À Sant-Jóusè, uno pichoto garo desservié autrі cop lou vilage e li bastido.
Au castèu, Carle IV d’Espagno trouvè refugi après agué perdu soun trone.
Iròni de l’istòri, èro estat destrouna au proufié de Jóusè Bonaparte.

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À Marseille, le nom de Saint-Joseph désigne aujourd’hui une gare bien connue des voyageurs de la ligne d’Aix-en-Provence : Saint-Joseph-le-Castellas, ouverte en 2008. Pourtant, une autre gare de Saint-Joseph exista autrefois, sur la grande ligne du PLM reliant Paris à Marseille par Rognac et L’Estaque. Les deux stations ne se trouvaient ni sur la même ligne ni exactement au même endroit. Leur confusion est d’autant plus facile que la première a disparu tandis que la seconde appartient pleinement au réseau TER actuel.

L’ancienne gare desservait le quartier de Saint-Joseph à une époque où le nord de Marseille présentait encore un paysage de campagne. Les bastides, les propriétés agricoles, les chemins ruraux et les domaines ombragés dominaient autour du vieux noyau villageois. Le chemin de fer traversait cet espace en longeant les quartiers septentrionaux avant de gagner la gare Saint-Charles.

Un saint pour protéger le village

Le nom de Saint-Joseph vient naturellement de saint Joseph, époux de la Vierge Marie et père nourricier de Jésus. Son culte, longtemps discret, connut un essor considérable à partir de l’époque moderne. Patron des familles, des artisans et particulièrement des charpentiers, il donna son nom à de nombreuses églises, institutions et campagnes placées sous sa protection.

À Marseille, Saint-Joseph devint le nom d’un village puis d’un quartier. Comme souvent, la gare reprit simplement le nom du territoire qu’elle desservait. Elle n’était donc pas dédiée à une personnalité appelée Joseph, encore moins à Joseph Bonaparte. Pourtant, l’histoire du quartier permet un rapprochement inattendu avec le frère de Napoléon.

La petite gare de la grande ligne

La ligne ferroviaire reliant Marseille à Avignon fut ouverte en 1847. Elle constituait l’un des grands axes appelés à former la ligne impériale, puis la ligne du PLM, entre Paris, Lyon et Marseille. À proximité de Saint-Joseph, les trains circulaient sur l’itinéraire passant par L’Estaque et Rognac, distinct de la ligne directe vers Aix-en-Provence ouverte quelques décennies plus tard.

L’ancienne station de Saint-Joseph apparaît dans les horaires et documents ferroviaires du XIXe siècle. Elle accueillait notamment des trains omnibus, ancêtres des dessertes de banlieue. Ces convois s’arrêtaient fréquemment afin de relier les villages périphériques au centre de Marseille. Avant les autobus, l’automobile et l’urbanisation continue, ces petites gares constituaient des portes d’entrée essentielles vers la ville.

La documentation disponible reste malheureusement trop fragmentaire pour établir avec certitude la date exacte d’ouverture de la station ou celle de sa fermeture. Son existence rappelle néanmoins que le réseau ferroviaire marseillais fut autrefois beaucoup plus finement maillé. Des arrêts aujourd’hui disparus permettaient aux habitants des villages du nord de rejoindre Saint-Charles sans parcourir de longues distances.

Le château de Saint-Joseph

Le monument le plus important du quartier était alors le château, ou bastide, de Saint-Joseph. Cette demeure fut construite au XVIIIe siècle pour Louis-Sauveur de Villeneuve, diplomate et ancien ambassadeur de France auprès de l’Empire ottoman. Sa conception est attribuée à Balthazar Dreveton, architecte notamment connu pour avoir travaillé à Marseille et à Cordoue.

La propriété passa ensuite à Antoine-Ignace Anthoine, grand négociant marseillais devenu maire de Marseille de 1805 à 1813. Enrichi par le commerce avec la mer Noire, Anthoine reçut le titre de baron de Saint-Joseph. Sous son autorité, la bastide devint un lieu de réception prestigieux, suffisamment vaste pour accueillir des hôtes de très haut rang.

C’est ici qu’intervient l’une des plus savoureuses ironies de l’histoire du quartier.

Détrôné par Joseph, réfugié à Saint-Joseph

En 1808, la monarchie espagnole fut emportée par l’intervention napoléonienne. Le roi Charles IV d’Espagne abdiqua et Napoléon installa sur le trône son propre frère, Joseph Bonaparte. Contraint de quitter son royaume, Charles IV traversa la France et séjourna quelque temps au château de Saint-Joseph, chez Antoine-Ignace Anthoine.

Ironie de l’histoire : Charles IV, détrôné au profit de Joseph Bonaparte, trouva donc refuge à Saint-Joseph. La coïncidence est presque trop parfaite. Il faut cependant éviter un anachronisme : le roi déchu n’arriva pas par la gare de Saint-Joseph, puisque celle-ci n’existait pas encore en 1808. Elle ne fut créée que plus tard, après l’arrivée du chemin de fer dans les quartiers nord de Marseille.

Le rapprochement reste néanmoins remarquable. Le château accueillit un roi chassé de son trône par un Joseph ; quelques décennies plus tard, les trains s’arrêtèrent à proximité dans une gare portant précisément le nom de Saint-Joseph. Derrière un simple nom de station se cache ainsi un curieux écho entre la grande histoire européenne et la géographie marseillaise.

Charles IV ne resta pas définitivement dans cette demeure. Son passage à Marseille a également laissé des souvenirs dans d’autres secteurs de la ville, notamment au sud, où le nom de Roy d’Espagne demeure attaché à un quartier. Saint-Joseph représente donc l’une des premières étapes marseillaises de cet exil royal.

Anthoine, Suchet et les grandes familles marseillaises

La bastide de Saint-Joseph resta liée à plusieurs figures du Consulat et de l’Empire. La fille d’Antoine-Ignace Anthoine, Honorine, épousa le maréchal Louis-Gabriel Suchet, duc d’Albufera. Celui-ci fut l’un des maréchaux les plus réputés de Napoléon et se distingua notamment pendant la guerre d’Espagne.

Nouvelle coïncidence, la propriété qui avait accueilli le roi d’Espagne détrôné entra donc dans la famille d’un maréchal ayant combattu dans la péninsule Ibérique pour l’Empire. Suchet mourut au château de Saint-Joseph le 3 janvier 1826. La bastide concentre ainsi, à elle seule, une étonnante part de l’histoire franco-espagnole de l’époque napoléonienne.

Le domaine devint ensuite le Grand Séminaire de Marseille. La Ville en fit l’acquisition en 1976. Le château accueille aujourd’hui la mairie des 13e et 14e arrondissements, tandis que son ancien parc est devenu le parc du Grand Séminaire. Malgré les transformations urbaines, la demeure reste donc un repère majeur du quartier.

Un territoire de bastides devenu quartier urbain

Saint-Joseph ne se résumait pas à son château principal. Le secteur comptait plusieurs domaines et résidences de campagne, parmi lesquels le domaine Giraudy et le château Foucou. Ces propriétés rappellent le temps où les familles marseillaises aisées venaient chercher dans les campagnes du nord l’espace, l’air et la tranquillité qui manquaient au centre-ville.

La gare s’inscrivait dans ce paysage intermédiaire, à la fois rural et déjà industriel. Elle servait les habitants du village, les domestiques et ouvriers des propriétés, mais aussi les voyageurs rejoignant Marseille. Puis l’urbanisation transforma profondément les lieux. Les terrains agricoles furent lotis, les voies routières se multiplièrent et les quartiers autrefois séparés finirent par se rejoindre.

Dans ce nouvel environnement, la petite gare perdit progressivement son utilité. Les trains devinrent plus rapides et les arrêts furent regroupés dans des stations moins nombreuses. Le bâtiment disparut à son tour, effaçant presque totalement le souvenir de cette première desserte ferroviaire.

Deux gares de Saint-Joseph

L’actuelle gare de Saint-Joseph-le-Castellas fut ouverte le 14 décembre 2008 sur la ligne de Lyon-Perrache à Marseille-Saint-Charles par Aix-en-Provence. Elle se trouve au point kilométrique 437,45, à une altitude d’environ 108 mètres. Elle est desservie par les trains TER reliant notamment Marseille, Gardanne, Aix-en-Provence et Pertuis.

L’ancienne gare de Saint-Joseph se trouvait, elle, sur la grande ligne historique arrivant de L’Estaque. Elle appartenait à un autre itinéraire ferroviaire et à une autre époque. La première accompagnait un village encore entouré de bastides ; la seconde dessert un quartier pleinement intégré à la métropole contemporaine.

Le nom a donc voyagé d’une ligne à l’autre. La gare ancienne a disparu, mais Saint-Joseph demeure sur les cartes ferroviaires marseillaises grâce à Saint-Joseph-le-Castellas. Cette continuité nominale entretient la mémoire tout en favorisant la confusion.

La gare oubliée du roi d’Espagne

Il ne reste presque rien de l’ancienne gare de Saint-Joseph. Pourtant, son histoire permet de réunir plusieurs visages de Marseille : la grande ligne du PLM, les trains omnibus, les villages du nord, les bastides aristocratiques et les bouleversements de l’époque napoléonienne.

Surtout, aucune autre gare marseillaise ne semble pouvoir revendiquer une ironie historique aussi singulière. Un roi détrôné par Joseph Bonaparte séjourna au château de Saint-Joseph, avant qu’une gare de Saint-Joseph ne desserve le quartier. Le souverain n’y descendit jamais d’un train, mais l’histoire a rapproché son exil et le nom de la station avec un sens presque romanesque de la coïncidence.

Redécouvrir cette gare, c’est donc retrouver bien davantage qu’un ancien arrêt ferroviaire. C’est faire réapparaître un territoire où les rails passaient près d’un château ayant vu séjourner un roi sans couronne.

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📚 Pour aller plus loin

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🚉 Marseille de gare en gare

  1. Sainte-Marthe-en-Provence, 23 janvier 2031

  2. Picon-Busserine, 30 janvier 2031

  3. Saint-Joseph-le-Castellas, 6 février 2031

  4. Saint-Antoine, 13 février 2031

  5. Aygalades-Accates, 20 février 2031

  6. Marseille-Blancarde, 27 février 2031

  7. La Pomme, 6 mars 2031

  8. Saint-Marcel, 13 mars 2031

  9. La Barasse, 20 mars 2031

  10. Saint-Menet, 27 mars 2031

  11. Arenc-Euroméditerranée, 3 avril 2031

  12. Saint-Barthélemy, 10 avril 2031

  13. Le Canet, 17 avril 2031

  14. Saint-Joseph, 24 avril 2031

  15. Saint-Louis-les Aygalades, 1er mai 2031

  16. Séon-Saint-André, 8 mai 2031

  17. Séon-Saint-Henri, 15 mai 2031

  18. L’Estaque, 22 mai 2031

Prochaine gare

Saint-Louis-les Aygalades, jeudi 1er mai 2031 : la gare née du charbon et de la réunion de deux stations.

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Marseille royale (8) : Charles IV d’Espagne, le roi détrôné réfugié à Marseille
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