⛪ Notre-Dame-de-la-Salette aux Accates : le sanctuaire oublié de Marseille

Le sanctuaire oublié des Accates 



Sur la colline des Treize Vents, entre les Accates et la forêt de la Salette, subsistent les ruines d’un ancien sanctuaire marseillais. Né d’un vœu de guérison au XIXe siècle, Notre-Dame-de-la-Salette attira autrefois les pèlerins chaque 19 septembre. Aujourd’hui propriété privée et interdite d’occupation, la chapelle attend toujours que soit décidé le sort de ses vestiges.


━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

📅 Saint et fête du jour : Notre-Dame de La Salette

Ce 19 septembre, l’Église commémore Notre-Dame de La Salette. Le 19 septembre 1846, à La Salette-Fallavaux, dans l’Isère, deux jeunes bergers, Mélanie Calvat et Maximin Giraud, affirmèrent avoir rencontré une « Belle Dame » en pleurs. L’apparition fut reconnue en 1851 par Philibert de Bruillard, évêque de Grenoble, et le pèlerinage se développa rapidement bien au-delà du Dauphiné.

Marseille en conserve un témoignage particulièrement remarquable. Moins de vingt ans après l’apparition, un propriétaire des Accates décida de bâtir dans les collines de l’est marseillais une chapelle dédiée à Notre-Dame de La Salette. Ses ruines existent toujours au 150 chemin de la Salette, dans le 11e arrondissement.

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

🌿 Resumit en prouvençau

Dins lis Acato, sus la colo di Trege Vent, entre lou vièi vilage e la fourèst de la Saleto, se tròuvon encaro li rouino d’un santuàri que fuguè autre-tèms un endré de pelerinage pèr li Marsihés. Gaspard Nicolas, gros prouprietàri dóu quartié, avié fach lou viage de La Saleto après uno grèvo malauti e atribuissié sa garison à la Vierge. Pèr la gramacia, faguè basti uno proumiero capello en 1865, puei lou santuàri fuguè agrandi e acaba en 1872.

Chasque 19 de setèmbre, li pelerin venién à la Saleto di Acato, e meme dis omnibus èron ourganisa despièi Marsiho. La capello es resta prouprietat privado, mai lou pelerinage a marca la memòri dóu quartié. Encuei, lou bastimen es en rouino e sa situacioun es prou grèvo pèr que la Vilo de Marsiho ague pres d’arrêtat de segurita. La Saleto di Marsihés es barrado, mai sa façado e si muraio raconton encaro uno istòri religioso e rurau que merito d’èstre counservado.

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

📝 La Salette des Marseillais

Lorsqu’on remonte aujourd’hui vers les Accates, il est difficile d’imaginer ce qu’était ce territoire au milieu du XIXe siècle. L’urbanisation n’avait pas encore rejoint les anciens noyaux villageois de l’est marseillais. Autour des Accates s’étendaient des domaines agricoles, des vignes, des bastides et des chemins qui gagnaient les collines. C’est dans ce paysage, sur la hauteur des Treize Vents, que Gaspard Nicolas fit édifier une chapelle dont les dimensions finiraient par dépasser largement celles d’un simple oratoire familial.

Gaspard Nicolas, né en 1807, était un important propriétaire du secteur et participa au développement agricole des Accates. Son nom est notamment associé à la viticulture locale. Mais c’est une affaire beaucoup plus personnelle qui devait laisser sa marque dans la géographie du quartier. Atteint d’une grave maladie, Nicolas se rendit en pèlerinage au sanctuaire de La Salette, dans les Alpes. Après son retour, il connut une amélioration de son état qu’il attribua à l’intercession de la Vierge. Il décida alors de matérialiser sa reconnaissance par un véritable ex-voto architectural.

Une première chapelle fut ainsi construite en 1865 sur ses terres. L’édifice n’était donc pas à l’origine une église paroissiale : il s’agissait d’une fondation privée, née d’un vœu et directement inspirée par le sanctuaire dauphinois. Le succès de cette dévotion conduisit cependant à agrandir considérablement la construction. Les travaux aboutirent en 1872, donnant au sanctuaire cette ampleur dont témoignent encore aujourd’hui sa façade et ses murs ruinés.

🚌 Quand les omnibus montaient aux Accates

Le sanctuaire dépassa rapidement le cadre de la famille Nicolas et des habitants du voisinage. Le 19 septembre, anniversaire de l’apparition de 1846, devint un véritable rendez-vous religieux pour les Marseillais. Des pèlerins quittaient la ville pour rejoindre les Accates et monter vers la chapelle. Des omnibus furent même organisés afin de faciliter leur déplacement, tandis que d’autres fidèles accomplissaient une partie du trajet à pied.

Il faut imaginer ces journées dans la Marseille de la fin du XIXe siècle : le pèlerin quittait progressivement la ville compacte, traversait des espaces encore largement ruraux, gagnait les Accates, puis montait vers un sanctuaire isolé sur sa colline. La géographie contribuait elle-même à donner au pèlerinage son caractère particulier. L’apparition originelle avait eu lieu dans la solitude d’un alpage ; sa transposition marseillaise trouvait naturellement sa place dans les hauteurs encore sauvages de l’est de la commune.

Cette implantation explique aussi pourquoi le souvenir de la chapelle a débordé les limites de l’édifice. Le nom de La Salette s’est inscrit dans la toponymie locale : chemin de la Salette, forêt de la Salette et différents lieux des environs témoignent encore de l’importance prise autrefois par ce sanctuaire. Même lorsqu’on ignore son histoire, on continue ainsi à prononcer le nom du pèlerinage marial en parcourant ce secteur du 11e arrondissement.

🌳 Une chapelle au cœur de l’histoire des Accates

Notre-Dame-de-la-Salette appartient en effet autant à l’histoire rurale des Accates qu’à l’histoire religieuse de Marseille. Au XIXe siècle, le quartier était réputé pour ses cultures et notamment pour sa vigne. Gaspard Nicolas lui-même fut distingué pour son activité agricole. Le sanctuaire fut donc construit grâce à la fortune et à l’initiative d’un homme profondément enraciné dans ce terroir.

Cette origine permet de comprendre la singularité de la chapelle. Notre-Dame-de-la-Salette n’était ni une grande fondation ecclésiastique ni une nouvelle paroisse créée par l’expansion de Marseille. Elle était l’œuvre privée d’un propriétaire qui avait voulu inscrire dans son domaine le souvenir d’une guérison qu’il considérait comme miraculeuse. Pourtant, au fil des décennies, ce sanctuaire privé devint un lieu collectif. Des générations de Marseillais y vinrent en pèlerinage et des jeunes du secteur y effectuèrent également des retraites liées à leur première communion ou à leur confirmation.

Même lorsque l’état du bâtiment ne permit plus son utilisation normale, la tradition ne disparut pas immédiatement. Des célébrations eurent encore lieu sur l’esplanade. La mémoire locale rapporte qu’une messe en plein air y fut célébrée jusqu’aux environs de 1990. La chapelle cessait progressivement d’être utilisable, mais la colline demeurait un lieu religieux connu des habitants.

🏚️ Du pèlerinage à la ruine

La suite de l’histoire est beaucoup plus sombre. Resté propriété privée, l’ensemble s’est progressivement dégradé. La disparition de la cloche et des vitraux, les actes de vandalisme, les occupations illicites et surtout l’altération de la toiture ont accéléré le déclin du bâtiment. Sans protection suffisante contre les intempéries, les maçonneries elles-mêmes ont fini par être atteintes.

La situation est désormais officiellement considérée comme dangereuse. Le 1er février 2023, la Ville de Marseille a pris un arrêté de mise en sécurité en procédure urgente concernant l’ensemble immobilier du 150 chemin de la Salette. Son occupation et son utilisation ont été interdites. Un nouvel arrêté pris en mai 2025 a apporté des précisions inquiétantes sur l’état de la construction : fissures et lézardes affectant les façades et le chevet, désordres dans les collatéraux et les piliers séparant la nef des bas-côtés, poutres déchaussées dans l’ancienne hôtellerie, éléments de toiture très dégradés et infiltrations continuant à fragiliser les maçonneries.

En ce 19 septembre 2026, la page officielle de la Ville consacrée aux arrêtés de mise en sécurité mentionne toujours le 150 chemin de la Salette et aucune mainlevée n’y est publiée. La chapelle doit donc être considérée comme privée, dangereuse et interdite d’occupation. Son état spectaculaire pourrait attirer les amateurs de lieux abandonnés, mais il ne s’agit pas d’un site d’urbex ouvert au public : pénétrer dans les ruines exposerait à la fois à un danger réel et à une intrusion dans une propriété privée.

🏛️ Un patrimoine à sauver ?

Un élément de l’arrêté de 2025 mérite cependant une attention particulière. Dans un avis rendu le 30 mars 2025, l’Architecte des Bâtiments de France a estimé que les ruines de l’édifice religieux présentaient « un intérêt patrimonial historique certain » et mériteraient d’être conservées et sauvées de la démolition.

La formule est importante. Notre-Dame-de-la-Salette ne relève donc plus seulement de la nostalgie de quelques habitants des Accates. L’intérêt historique de ses vestiges est désormais explicitement reconnu dans un document administratif. Cela ne résout évidemment ni la question de la propriété ni celle du coût considérable qu’impliquerait une sauvegarde, mais cela change la manière dont on peut regarder ces murs : ils constituent le dernier témoignage matériel d’un pèlerinage marseillais autrefois suffisamment important pour que des omnibus soient spécialement affrétés chaque 19 septembre.

Cent quatre-vingts ans après l’apparition de 1846, le contraste est saisissant. Le sanctuaire alpin de La Salette accueille toujours les pèlerins, tandis que sa lointaine descendante marseillaise se dégrade dans les collines des Accates. Pourtant, même ruinée et inaccessible, elle demeure inscrite dans le paysage. Son histoire relie une apparition des Alpes, un propriétaire viticulteur, la campagne marseillaise du XIXe siècle, les pèlerinages populaires et la transformation des anciens villages de l’est de Marseille. Sauver ce qui peut encore l’être reviendrait donc à conserver bien davantage qu'une vieille chapelle : un morceau de la mémoire des Accates.

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

👀 À voir

La chapelle Notre-Dame-de-la-Salette se trouve au 150 chemin de la Salette, mais elle ne se visite pas. L’ensemble est une propriété privée et reste soumis à un arrêté de mise en sécurité. Il faut donc se contenter des points de vue accessibles légalement, sans franchir les clôtures ni pénétrer dans les ruines.

La découverte du secteur peut être prolongée par le vieux noyau des Accates, l’église Saint-Christophe et les chemins qui permettent encore de saisir la transition entre le village ancien et les collines. La forêt de la Salette rappelle également combien la géographie de cette partie de Marseille reste étroitement liée à l’ancien sanctuaire.

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

👤 Personnalité : Gaspard Nicolas (1807-1878)

Gaspard Nicolas appartient à ces personnages locaux dont l’œuvre est beaucoup plus connue que le nom. Important propriétaire des Accates, il participa au développement agricole du quartier et reçut en 1876 une médaille d’argent du ministre de l’Agriculture. Sa mémoire reste cependant surtout attachée à Notre-Dame-de-la-Salette.

Convaincu d’avoir obtenu sa guérison grâce à son pèlerinage dans les Alpes, il transforma sa reconnaissance personnelle en un monument destiné à accueillir d’autres pèlerins. Il est assez remarquable qu’un acte de piété individuel accompli dans les années 1860 ait fini par modifier durablement la toponymie de tout un secteur marseillais.

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

🏛️ Note culturelle : Treize Vents ou Quatre Vents ?

Les sources locales ne sont pas totalement uniformes sur le nom de la hauteur portant la chapelle. La mairie des 11e et 12e arrondissements utilise l'appellation colline des Treize Vents, tandis que certains itinéraires et documents locaux emploient celle de Quatre Vents.

Ces variations de microtoponymie sont fréquentes dans les anciens territoires ruraux de Marseille, où les appellations cadastrales, familiales et populaires ont longtemps coexisté. Pour Notre-Dame-de-la-Salette, nous retenons ici Treize Vents, conformément à la présentation de la mairie de secteur.

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

🎥 Vidéo

Une vidéo consacrée à Notre-Dame-de-la-Salette des Accates permet de mesurer les dimensions du sanctuaire et l’importance des dégradations. Elle complète utilement les photographies anciennes, qui montrent à quel point l’édifice dominait autrefois son environnement.

Lien direct : Notre-Dame de La Salette aux Accates, Marseille

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

🔎 Pour aller plus loin

Jésus-Christ : preuve ultime de la foi ?, sur Defensio Catholicismi : une réflexion sur les raisons de croire et sur la manière dont la foi chrétienne s’appuie sur la personne du Christ, en complément de cette histoire de pèlerinage, de guérison et de dévotion mariale.

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

📚 Sources

Mairie des 11e et 12e arrondissements de Marseille, « Notre-Dame de la Salette » : histoire de Gaspard Nicolas, de sa guérison attribuée au pèlerinage et de la fondation du sanctuaire.

Mairie des 11e et 12e arrondissements de Marseille, « Les Accates » : histoire du quartier et activité agricole de Gaspard Nicolas.

Ville de Marseille, arrêtés de mise en sécurité concernant le 150 chemin de la Salette, arrêtés de 2023 et 2025.

Avis de l’Architecte des Bâtiments de France du 30 mars 2025, reproduit dans la procédure municipale de mise en sécurité.

Mémoire du Champsaur, documentation historique et iconographique consacrée à l’église Notre-Dame-de-la-Salette des Accates.

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━

💬 Commentez et abonnez-vous

Avez-vous connu la chapelle Notre-Dame-de-la-Salette lorsqu’une messe était encore célébrée sur son esplanade ? Votre famille participait-elle au pèlerinage du 19 septembre ? Possédez-vous une photographie, une carte postale ou simplement un souvenir du sanctuaire avant sa dégradation ?

Partagez vos souvenirs en commentaire et abonnez-vous à Prouvençalamen Vostre pour poursuivre notre exploration des quartiers, chapelles, bastides et histoires oubliées de Provence.

━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━━



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Marseille 2026 : la campagne commence avant l’heure

⚔️ Saints Flavien et Mandrier de Toulon : les soldats qui choisirent le Christ

Saint Basile d’Aix : l’évêque qui assura la continuité après Rome