Aigues-Mortes, l’or blanc face à la montée des eaux
Le 30 juillet, la cité de Saint Louis célèbre ses salins tandis que la Camargue prépare son adaptation climatique
🌿 Resumit en prouvençau
Au 30 de juliet, Aigo-Morto met à l’ounour lou sau,
l’or blanc que fai viéure lou païs e acolouris li palun.
Mai la Camargo gardiano dèu tambèn se prepara
à la mountado de la mar, à l’erosion e à la salinisacioun dei terro.
Entre rempart, flamant e salin, la vilo celèbro soun istòri
sènso vira l’esquina à l’aveni.
🕊️ Saint du jour : saint Pierre Chrysologue, l’homme à la parole d’or
Le 30 juillet, l’Église fait mémoire de saint Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne et docteur de l’Église.
Né vers 380 à Imola, dans l’actuelle Émilie-Romagne, Pierre devint évêque de Ravenne entre 424 et 429. La ville était alors l’une des capitales politiques de l’Empire romain d’Occident. Il acquit une grande réputation grâce à ses homélies brèves, vivantes et accessibles, ce qui lui valut le surnom de Chrysologue, c’est-à-dire « parole d’or ». Environ 176 sermons lui sont attribués. Il mourut entre 449 et 458 et fut proclamé docteur de l’Église en 1729.
Pierre Chrysologue n’entretient pas de lien historique direct avec Aigues-Mortes, fondée plusieurs siècles après sa mort. Il appartient cependant à ce même monde méditerranéen où les ports, les évêchés et les routes maritimes reliaient l’Italie, la Gaule, l’Afrique et l’Orient.
Sa parole était dite « d’or ». À Aigues-Mortes, ce 30 juillet, c’est un autre trésor que l’on célèbre : l’or blanc de Camargue.
Le sel entre en fête dans la ville close
Ce jeudi 30 juillet 2026 marque l’ouverture d’Évènemen’Sel, rendez-vous consacré aux salins d’Aigues-Mortes et aux différents usages du sel.
La manifestation commence par le vernissage, à 18 h 30, de l’exposition « Sel et sens des papilles », présentée dans la chapelle des Capucins. Le programme se poursuit jusqu’au 2 août avec une exposition photographique, des ateliers culinaires, des animations de peinture au sel, des maquillages inspirés des flamants roses et un concert du groupe Voltair sur la place Saint-Louis. Une chanson intitulée Constance a même été composée spécialement pour la ville.
Le sel sera présenté sous plusieurs formes : fleur de sel, gros sel, sel fin, sel destiné à l’alimentation ou à d’autres usages. Ce n’est pas seulement une affaire de sachets vendus aux touristes. Derrière le produit, il y a tout un métier de saunier, une circulation maîtrisée de l’eau et un paysage façonné par le travail humain.
À Aigues-Mortes, le sel colore même l’horizon. Lorsque la concentration augmente dans les bassins, certaines microalgues et de petits organismes adaptés aux eaux très salées donnent aux étangs ces teintes roses qui font maintenant le bonheur des photographes.
Mais, dans ce païs-là, la beauté n’est jamais seulement une carte postale. L’eau salée qui fait vivre les salins peut aussi devenir une menace lorsqu’elle gagne les terres agricoles, les nappes ou les espaces habités.
Une ville royale sortie des marécages
Aigues-Mortes se trouve dans le Gard, en Occitanie, mais elle appartient pleinement à la Camargue historique et culturelle, au seuil de la Provence.
La ville doit son développement spectaculaire au roi Louis IX. En 1240, le futur saint Louis décida de créer ici une ouverture maritime pour le domaine royal. Le royaume de France ne possédait alors aucun grand port méditerranéen directement placé sous son autorité. La Provence dépendait encore du Saint-Empire et Montpellier relevait de la couronne d’Aragon.
Aigues-Mortes devint donc un port stratégique pour le commerce et les expéditions vers la Terre sainte. Louis IX s’y embarqua pour la septième croisade en 1248, puis pour la huitième en 1270.
La tour de Constance fut élevée au temps du roi. L’enceinte complète, longue d’environ 1 640 mètres, fut principalement construite après sa mort, sous Philippe III le Hardi et Philippe IV le Bel, entre 1270 et 1300. La ville conserva pendant près de deux siècles une place essentielle dans le dispositif commercial du royaume.
Voilà pourquoi les remparts donnent encore aujourd’hui cette impression étrange : une forteresse parfaitement dessinée, posée au milieu d’un pays plat, entre canaux, roselières et étangs salés.
Mais la mer s’éloigna progressivement sous l’effet des dépôts du Rhône, de l’ensablement et de la transformation du littoral. Aigues-Mortes perdit une partie de son importance portuaire. Les murailles demeurèrent, comme un navire de pierre échoué dans les terres.
Le paradoxe camarguais : produire du sel et craindre la salinisation
Le sel constitue une richesse pour Aigues-Mortes. La salinisation, elle, peut devenir une menace pour l’ensemble de la Camargue.
Le 9 juillet, la Communauté de communes Terre de Camargue a réuni élus, experts, gestionnaires de bassins, acteurs économiques et partenaires institutionnels pour le troisième comité de suivi de son Plan Climat Air Énergie Territorial.
Les discussions ont porté sur les inondations, la submersion marine, l’érosion du littoral, l’entretien des digues et la progression du sel dans les terres et les eaux douces. L’intercommunalité indique qu’une trentaine d’actions avaient déjà été accompagnées ou lancées au cours de l’année précédente.
La situation résume tout le paradoxe du territoire.
Dans les salins, on cherche à concentrer l’eau de mer pour récolter le sel. Dans les terres agricoles, les canaux d’eau douce servent au contraire à limiter l’avancée du sel, maintenir les pâturages, irriguer les cultures et préserver les équilibres écologiques.
Le sel est donc à la fois une ressource, un patrimoine et une frontière mouvante.
La Camargue ne pourra pas simplement dresser un mur partout contre la mer. Elle devra choisir les espaces à défendre, renforcer certains ouvrages, restaurer des milieux naturels capables d’absorber les eaux et, dans les secteurs les plus exposés, accepter que le trait de côte se déplace.
Ce sont des décisions difficiles. Elles touchent les maisons, le tourisme, les terres agricoles, les manades et la mémoire des familles. Quand on est né dans un mas ou qu’on travaille une terre depuis plusieurs générations, entendre parler de « recomposition territoriale » n’a rien d’une formule abstraite.
L’eau potable, autre fragilité du territoire
L’adaptation ne concerne pas seulement la mer qui monte. Elle concerne aussi l’eau que l’on boit.
Depuis 1960, la conduite principale alimentant Aigues-Mortes et Le Grau-du-Roi passait dans les voûtes de la tour Carbonnière, ancienne porte fortifiée contrôlant autrefois la route de la cité.
Un diagnostic récent a montré que cette canalisation était corrodée à 93 % de son épaisseur et que sa durée de vie restante pouvait être inférieure à un an. Un nouveau tracé contournant le monument a donc été lancé en février 2026, avec l’objectif d’assurer la sécurité de l’alimentation avant l’affluence estivale. En été, la population du territoire et les besoins en eau peuvent être multipliés par cinq.
L’histoire est presque symbolique : un ouvrage médiéval construit pour protéger l’accès à Aigues-Mortes abritait désormais une canalisation indispensable à la vie moderne.
Mais on ne peut pas demander éternellement aux vieilles pierres de porter toutes les infrastructures du présent. Il fallait préserver à la fois l’eau potable et la tour Carbonnière.
Des flamants roses qui ne sont pas seulement un décor
Les salins produisent du sel, mais ils constituent également des milieux fréquentés par de nombreuses espèces d’oiseaux.
Selon le Groupe Salins, le site d’Aigues-Mortes est devenu depuis 2016 l’un des principaux espaces d’accueil des flamants roses. Il peut en recevoir plus de 15 000. Des îlots artificiels ont été créés et certains secteurs sont interdits aux visiteurs afin de protéger la reproduction des oiseaux.
Cette biodiversité dépend pourtant d’un milieu très aménagé. Les niveaux d’eau, les circulations et les accès sont surveillés par les sauniers.
La frontière entre nature et activité humaine est donc moins nette qu’on l’imagine. Le salin n’est ni une usine ordinaire ni une réserve entièrement sauvage. C’est un paysage de travail devenu aussi un refuge écologique.
Cela oblige à sortir des oppositions trop simples. On peut produire et protéger, mais seulement si la protection reste une véritable contrainte dans l’organisation du travail, et non une belle phrase posée sur une brochure.
Ce que les médias montrent, et ce qu’ils laissent de côté
Ground News agrège une quinzaine de sujets récents concernant Aigues-Mortes. Les catégories mises en avant concernent principalement l’économie, les licenciements et la culture. Le Plan Climat et les risques de submersion ne figurent pas, au moment de la consultation, parmi les informations les plus visibles de l’agrégateur.
L’actualité climatique est surtout portée par la Communauté de communes, Midi Libre, Objectif Gard, Le Réveil du Midi et Occitanie Tribune. Plusieurs de ces publications reprennent largement le cadrage institutionnel : coopération, adaptation, résilience et mobilisation collective.
Ce vocabulaire n’est pas faux, mais il peut donner l’impression que les solutions sont déjà sur les rails.
Or les questions les plus difficiles restent devant : qui paiera les protections, quelles zones seront prioritaires, jusqu’où faudra-t-il défendre le littoral et que deviendront les activités lorsque l’eau salée progressera ?
Le rôle de Ground News est ici moins de révéler une opposition nette entre droite et gauche que de montrer une différence de sélection. Les événements culturels et les faits économiques circulent. Les dossiers techniques sur l’eau, les digues et la salinisation restent souvent cantonnés à la presse locale et aux sites publics.
Éphéméride du 30 juillet : une cité entre paroles, sel et récits
Saint Pierre Chrysologue fut célébré pour sa capacité à dire beaucoup avec peu de mots.
Aigues-Mortes, elle, raconte beaucoup avec peu d’éléments : de la pierre, de l’eau, du vent et du sel.
Ce jeudi 30 juillet, à 18 h 20, les conteurs de l’association La Ronde des Mots donnent rendez-vous au public dans la cour du logis du Gouverneur. Le thème retenu est « Autour de la Méditerranée ». La séance gratuite précède de quelques minutes le vernissage d’Évènemen’Sel, annoncé à 18 h 30 dans la chapelle des Capucins.
Ce voisinage est joli : d’un côté, les histoires circulant d’une rive à l’autre de la Méditerranée ; de l’autre, le sel extrait de cette même mer.
Le matin, Aigues-Mortes demeure une cité médiévale entourée de remparts. Le soir, elle redevient un lieu de paroles, de cuisine, de musique et de rencontres.
C’est ainsi qu’un patrimoine reste vivant. Pas en gardant les pierres sous une cloche, mais en laissant du monde entrer, parler et transmettre.
🏛️ Note culturelle
Les tours et remparts accueillent actuellement l’exposition « Rallumer les étoiles », présentée jusqu’au 1er novembre 2026.
Elle s’intéresse à la pollution lumineuse et à la disparition progressive du ciel nocturne. Le sujet prend un relief particulier dans une ville entourée d’étangs, de zones humides et d’espaces fréquentés par les oiseaux migrateurs.
Aigues-Mortes peut donc être découverte selon trois lumières.
Il y a la lumière blanche du soleil sur les remparts. Il y a la lumière rose des bassins salés. Et il y a la nuit camarguaise, que l’éclairage urbain et touristique risque parfois d’effacer.
Le patrimoine ne se limite pas à ce que l’on bâtit. Il comprend aussi ce que l’on aperçoit lorsque les lumières s’éteignent : les étoiles, les oiseaux, les étangs et la ligne sombre des remparts.
📚 Sources
Centre des monuments nationaux : construction des remparts d’Aigues-Mortes
Centre des monuments nationaux : agenda des tours et remparts
Office de tourisme d’Aigues-Mortes : Évènemen’Sel
Terre de Camargue : Plan Climat Air Énergie Territorial
Terre de Camargue : sécurisation de l’alimentation en eau potable
Groupe Salins : biodiversité du salin d’Aigues-Mortes
Ground News : actualité d’Aigues-Mortes
Vatican News : saint Pierre Chrysologue
🔎 Pour aller plus loin
Tarascon entre l’épreuve industrielle et la mémoire de sainte Marthe
Saint Trophime d’Arles : le premier pasteur de la Provence chrétienne
Cotignac encerclé par les flammes, la Provence Verte se réveille meurtrie
💬 Commenter et s’abonner
Connaissiez-vous l’importance du sel dans l’histoire et la vie actuelle d’Aigues-Mortes ?
Selon vous, comment la Camargue doit-elle se préparer à la montée des eaux sans perdre ses paysages, son agriculture et ses traditions ?
Partagez vos souvenirs des remparts, des salins et de la Camargue dans les commentaires.
Abonnez-vous au blog pour découvrir chaque jour l’actualité, l’histoire, les saints et le patrimoine vivant des pays de Provence.
Commentaires
Enregistrer un commentaire