Les martyres d’Orange, quand les religieuses affrontèrent la Terreur
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En juillet 1794, trente-deux religieuses furent guillotinées à Orange pour avoir voulu rester fidèles à leur vocation.
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Évangile associé
« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. »
Évangile selon saint Matthieu 5,10
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Résumé en provençal
En juliet 1794, à Aurenjo, trento-dous religiosas fuguèron menado à la guihoutino souto la Terror. Ursulino, sacramentino, cisterciano o benedictino, vengudo de Bouleno, Avignoun, Caderousso e d’autrei liò dóu païs, avien refusa un seramen que sa counsciènci poudié pas accepta. La proumièro martiro fuguè Suzano Deloye, dicho Sorre Mario-Roso, benedictino de Caderousso. Davans la mort, aquéli femo gardèron la fe, la preguiero e lou perdoun. Aurenjo gardo ansin lou souveni d’uno pajo doulouroso e luminouso de la Prouvènço crestiano.
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Article
Orange n’est pas seulement une ville romaine, une ville de théâtre antique, une ville de pierres blondes et de soleil sur les gradins.
Orange est aussi une ville de martyres.
En juillet 1794, au cœur de la Terreur révolutionnaire, trente-deux religieuses furent guillotinées dans la cité vauclusienne. Elles venaient de divers ordres et couvents : ursulines, sacramentines, cisterciennes, bénédictines. Beaucoup étaient liées à Bollène, d’autres à Avignon, Caderousse ou aux villages voisins. Elles appartenaient à cette Provence chrétienne des couvents, des écoles, de la prière quotidienne et de la fidélité cachée.
Elles n’avaient pas d’armée.
Elles n’avaient pas de parti.
Elles n’avaient pas de tribune.
Elles avaient leur vocation.
Et c’est précisément cela qui, dans le climat idéologique et répressif de 1794, devint suspect.
Les trente-deux bienheureuses martyres d’Orange furent exécutées entre le 6 et le 26 juillet 1794. Elles furent béatifiées par le pape Pie XI le 10 mai 1925, comme le rappelle notamment le dossier du diocèse de Nîmes publié pour le centenaire de leur béatification.
La première d’entre elles fut Suzanne Deloye, ou Suzanne de Loye, connue en religion sous le nom de Sœur Marie-Rose. Bénédictine de Caderousse, elle fut guillotinée le 6 juillet 1794. Nominis la présente comme la première victime d’un groupe de trente-deux religieuses rassemblées à Orange sous la Révolution française parce qu’elles entendaient persévérer dans la vie religieuse.
Leur histoire commence avant l’échafaud. Durant les troubles révolutionnaires, des religieuses chassées de leurs couvents trouvent refuge à Bollène. Là, elles continuent une vie pauvre, fraternelle, priante. Elles ne cherchent pas à reconstruire une puissance sociale perdue. Elles essaient seulement de rester ce qu’elles sont : des femmes consacrées.
Mais la Révolution ne supporte plus cette fidélité visible à un ordre ancien. Le refus de certains serments, notamment le serment de liberté-égalité exigé par les autorités locales, les expose à la répression. Les Ursulines de l’Union romaine rappellent que ces religieuses furent arrêtées en avril 1794 pour avoir refusé de prêter un serment que leur conscience réprouvait, puis incarcérées le 2 mai à Orange, dans la prison de la Cure, près de la cathédrale.
La prison devient alors un étrange monastère de la dernière heure.
C’est l’un des aspects les plus forts de cette histoire. Les religieuses, privées de leurs couvents, de leurs règles habituelles, de leur sécurité et de leur avenir, tentent de continuer une vie commune. Elles prient. Elles se soutiennent. Elles se préparent. Le diocèse d’Avignon évoque ces religieuses incarcérées à Orange qui cherchèrent à poursuivre leur vie religieuse en prison, en mettant de côté les coutumes propres à chaque ordre pour se préparer au martyre.
Il y a là quelque chose de bouleversant.
La Terreur veut les réduire à des accusées. Elles répondent comme des consacrées.
La prison veut les isoler. Elles refont communauté.
L’échafaud veut les faire taire. Elles montent en priant.
Orange devient ainsi le lieu d’un affrontement invisible. D’un côté, la logique d’un pouvoir révolutionnaire qui exige l’adhésion et punit la résistance religieuse. De l’autre, des femmes qui ne cherchent pas le conflit, mais qui refusent de livrer leur conscience. C’est souvent ainsi que naissent les martyrs : non par goût de mourir, mais par impossibilité de trahir.
La Commission populaire d’Orange fonctionne durant une période courte et terrible. Elle envoie à la mort de nombreuses personnes. Une notice historique rappelle qu’entre le 19 juin et le 26 juillet 1794, cette commission envoya à l’échafaud 332 personnes, parmi lesquelles les trente-deux religieuses béatifiées en 1925.
Les martyres d’Orange ne sont donc pas un épisode isolé. Elles appartiennent au drame plus vaste de la Terreur en Provence et dans le Comtat. Mais leur cas frappe parce qu’il concentre une violence politique contre une fidélité religieuse sans défense.
On peut évidemment replacer les choses dans le contexte révolutionnaire : peur des contre-révolutions, guerre civile, suspicion généralisée, conflit entre Église constitutionnelle et clergé réfractaire, volonté de refonder la société sur de nouvelles bases. Mais expliquer n’est pas absoudre. La machine révolutionnaire, à Orange, broie des femmes consacrées dont la principale faute est de ne pas vouloir renoncer à ce qu’elles sont.
Et c’est ici que leur histoire reste actuelle.
Nous vivons dans un temps qui comprend parfois mal la fidélité. On préfère souvent la souplesse, l’adaptation, la négociation permanente avec soi-même. Les martyres d’Orange rappellent autre chose : il existe des points où la conscience ne peut plus céder sans se perdre. On peut discuter, supporter, patienter, se taire même. Mais il vient un moment où dire oui serait mentir.
Ces femmes n’ont pas fait de grands discours politiques. Elles n’ont pas lancé de manifeste. Leur force tient justement à cette simplicité. Elles n’opposent pas une idéologie à une autre idéologie. Elles opposent une vie donnée à un pouvoir qui veut la reprendre.
On imagine volontiers la Provence sous les traits de la lumière, des vignes, des oliviers et des marchés. C’est vrai. Mais il existe aussi une Provence de la persécution, des prisons, des guillotines, des fosses communes et des chapelles du souvenir. La foi provençale ne s’est pas seulement transmise par les processions et les clochers ; elle s’est aussi transmise par des femmes qui ont préféré mourir plutôt que renier leur vocation.
C’est cette profondeur qui rend Orange si intéressante. La ville porte plusieurs couches : Rome, le christianisme ancien, le concile de 529, les guerres de Religion, la Révolution, la mémoire des martyres. Les touristes voient le théâtre antique. L’histoire chrétienne, elle, invite aussi à regarder la prison, l’échafaud, la chapelle, les noms oubliés.
Les martyres d’Orange ne doivent pas être réduites à une liste pieuse. Elles furent des personnes réelles, avec des âges différents, des tempéraments différents, des communautés différentes. Certaines étaient âgées, d’autres plus jeunes. Elles venaient de familles, de villes, de villages. Elles avaient enseigné, prié, servi, vécu dans des maisons religieuses que la Révolution avait dispersées. Puis elles furent rassemblées dans la même épreuve.
Leur unité naît de la persécution.
C’est peut-être l’une des leçons les plus fortes : des ordres différents, des coutumes différentes, des histoires différentes peuvent être unifiés par la fidélité. En prison, elles ne sont plus d’abord ursulines, sacramentines, cisterciennes ou bénédictines. Elles deviennent sœurs dans le martyre.
Leur mémoire liturgique est célébrée le 9 juillet dans certains lieux, notamment à Orange et Bollène. Le site consacré à leur canonisation rappelle cette mémoire des trente-deux bienheureuses religieuses d’Orange, arrêtées pour avoir refusé le serment exigé par la municipalité.
En 2025, le centenaire de leur béatification a ravivé cette mémoire. Les Ursulines de l’Union romaine rappellent que Pie XI déclara bienheureuses les trente-deux religieuses martyrisées à Orange le 10 mai 1925. Ce centenaire a permis de redonner à ces femmes une place dans la mémoire chrétienne locale, mais aussi dans l’histoire plus large de la Révolution.
Pour un blog provençal, le sujet est essentiel.
Il ne s’agit pas de faire une Provence plaintive ou revancharde. Il s’agit de rappeler que la mémoire locale ne se limite pas aux monuments agréables. Orange a donné à la Provence une page théologique avec son concile. Elle a donné une page patrimoniale avec son théâtre antique. Elle a donné aussi une page sanglante et lumineuse avec ses martyres.
Le mot “lumineuse” peut sembler étrange ici. Pourtant, il convient. Le martyre chrétien n’est pas le culte de la mort. Il est le témoignage d’une vie plus forte que la peur. Ces religieuses ne cherchent pas l’échafaud ; elles restent fidèles devant lui. Et cette fidélité, dans la nuit de 1794, devient une lumière.
La Terreur voulait les effacer.
Orange se souvient encore d’elles.
C’est peut-être cela, le dernier mot de l’histoire. Les régimes passent, les tribunaux révolutionnaires disparaissent, les sentences deviennent poussière. Mais les noms des martyres restent dans la prière de l’Église, dans les livrets diocésains, dans les chapelles, dans les mémoires familiales, dans les pèlerinages.
La guillotine a coupé des vies.
Elle n’a pas coupé la fidélité.
Liste des trente-deux bienheureuses martyres d’Orange
1 bénédictine de Caderousse
Sœur Marie-Rose, Suzanne Deloye, née à Sérignan en 1741, martyre le 6 juillet 1794.
13 sacramentines de Bollène
Sœur Iphigénie de Saint-Mathieu, Suzanne de Gaillard, née à Bollène en 1761, martyre le 7 juillet 1794.
Sœur Sainte-Pélagie, Rosalie Bès, née à La Baume-de-Transit en 1752, martyre le 11 juillet 1794.
Sœur Théotiste, Élisabeth Pélissier, née à Bollène en 1741, martyre le 11 juillet 1794.
Sœur Saint-Martin, Marie-Claire Blanc, née à Bollène en 1742, martyre le 11 juillet 1794.
Sœur Rose de Saint-Xavier, Thérèse Talieu, née à Bollène en 1746, martyre le 12 juillet 1794.
Sœur Marthe du Bon-Ange, Marie Cluse, née à Bouvante en 1761, martyre le 12 juillet 1794.
Sœur Madeleine, Élisabeth Verchière, née à Bollène en 1769, martyre le 13 juillet 1794.
Sœur de l’Annonciation, Thérèse Faurie, née à Sérignan en 1770, martyre le 13 juillet 1794.
Sœur Saint-Alexis, Andrée Minutte, née à Sérignan en 1740, martyre le 13 juillet 1794.
Sœur Aimée, Marie-Rose de Gordon, née à Mondragon en 1733, martyre le 16 juillet 1794.
Sœur Marie-de-Jésus, Marie-Thérèse Charrensol, née à Richerenches en 1758, martyre le 16 juillet 1794.
Sœur Saint-Joachim, Marie-Anne Béguin-Royal, née à Bouvante en 1732, martyre le 16 juillet 1794.
Sœur Saint-Augustin, Marie-Marguerite Bonnet, née à Sérignan en 1719, martyre le 26 juillet 1794.
2 cisterciennes de Sainte-Catherine d’Avignon
Sœur Marie de Saint-Henri, Marguerite de Justamond, née à Bollène en 1746, martyre le 12 juillet 1794.
Sœur Madeleine du Saint-Sacrement, Madeleine de Justamond, née à Bollène en 1754, martyre le 16 juillet 1794.
16 ursulines
Sœur Sainte-Mélanie, Madeleine de Guilhermier, née à Bollène en 1733, martyre le 9 juillet 1794.
Sœur Marie-des-Anges, Marie-Anne de Rocher, née à Bollène en 1755, martyre le 9 juillet 1794.
Sœur Sainte-Sophie, Gertrude d’Alauzier, née à Bollène en 1757, martyre le 10 juillet 1794.
Sœur Agnès, Sylvie de Romillon, née à Bollène en 1750, martyre le 10 juillet 1794.
Sœur Sainte-Sophie, Marguerite de Berbegie d’Albarède, née à Saint-Laurent-de-Carnols en 1740, martyre le 11 juillet 1794.
Sœur Saint-Bernard, Jeanne-Marie de Romillon, née à Bollène en 1753, martyre le 12 juillet 1794.
Sœur Saint-François, Marie-Anne Lambert, née à Pierrelatte en 1742, martyre le 13 juillet 1794.
Sœur Sainte-Françoise, Marie-Anne Depeyre, née à Tulette en 1756, martyre le 13 juillet 1794.
Sœur Saint-Gervais, Marie-Anastasie de Roquard, née à Bollène en 1749, martyre le 15 juillet 1794.
Sœur Saint-Michel, Marie-Anne Doux, née à Bollène en 1739, martyre le 16 juillet 1794.
Sœur Saint-André, Marie-Rose Laye, née à Bollène en 1728, martyre le 16 juillet 1794.
Sœur du Cœur-de-Marie, Dorothée de Justamond, née à Bollène en 1743, martyre le 16 juillet 1794.
Sœur Saint-Basile, Anne Cartier, née à Livron en 1733, martyre le 26 juillet 1794.
Sœur Catherine de Jésus, Marie-Madeleine de Justamond, née à Bollène en 1724, martyre le 26 juillet 1794.
Sœur Claire de Sainte-Rosalie, Claire Dubac, née à Laudun en 1727, martyre le 26 juillet 1794.
Sœur du Cœur-de-Jésus, Élisabeth Consolin, née à Courthézon en 1736, martyre le 26 juillet 1794.
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Note historique
Les trente-deux martyres d’Orange furent guillotinées entre le 6 et le 26 juillet 1794, pendant la Terreur. Elles appartenaient à divers ordres religieux, notamment les Ursulines, les Sacramentines, les Cisterciennes et les Bénédictines. Elles furent béatifiées par le pape Pie XI le 10 mai 1925. La mémoire liturgique des bienheureuses martyres d’Orange est célébrée le 9 juillet dans certains lieux, notamment à Orange et Bollène.
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Note culturelle
Les martyres d’Orange rappellent une Provence chrétienne souvent oubliée : celle des couvents dispersés, des religieuses enseignantes ou contemplatives, des communautés rurales et urbaines bouleversées par la Révolution. Leur histoire donne à Orange une profondeur spirituelle qui dépasse le seul patrimoine romain. La ville n’est pas seulement antique ; elle est aussi conciliaire, révolutionnaire et martyre.
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Points importants
Les martyres d’Orange sont trente-deux religieuses guillotinées en juillet 1794.
Elles furent exécutées entre le 6 et le 26 juillet.
La première fut Suzanne Deloye, dite Sœur Marie-Rose, bénédictine de Caderousse.
Elles appartenaient à divers ordres : Ursulines, Sacramentines, Cisterciennes et Bénédictines.
Elles furent emprisonnées à Orange après avoir refusé un serment contraire à leur conscience.
Leur fidélité religieuse fut au cœur de leur condamnation.
Elles furent béatifiées par Pie XI le 10 mai 1925.
Leur mémoire liturgique est célébrée le 9 juillet à Orange et Bollène.
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Sources
Nominis, notice sur sainte Suzanne Deloye, Sœur Marie-Rose.
Nominis, notice sur les saintes martyres d’Orange.
Diocèse de Nîmes, livret du centenaire de la béatification des trente-deux martyres d’Orange.
Ursulines de l’Union romaine, présentation des bienheureuses martyres d’Orange.
Site de la canonisation des trente-deux bienheureuses martyres d’Orange, mémoire liturgique.
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Pour aller plus loin
🌿 Saint Eutrope – Le laboureur de Dieu dans les vignes d’Orange
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Connaissiez-vous l’histoire des martyres d’Orange ? La ville vous évoque-t-elle d’abord Rome, le concile de 529, la Révolution ou ces trente-deux religieuses restées fidèles jusqu’à l’échafaud ? Pour suivre d’autres pages de Provence entre foi, histoire et mémoire locale, pensez à vous abonner au blog.
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