Tarascon entre l’épreuve industrielle et la mémoire de sainte Marthe


Au lendemain de la liquidation de Fibre Excellence, la cité du roi René célèbre sa patronne et retrouve la Tarasque





🌿 Resumit en prouvençau

Tarascoun, vilo dóu Rose e dóu rèi Reinié,
vèi soun aveni boulega pèr la barraduro de l’usino de pasto à papié.
Mai, en aquest 29 de juliet, la ciéuta se recampo à l’entour de santo Marto,
la santo de Betanié que, segound la tradicioun, amagesiguè la Tarasco.
Entre istòri, fe e inquietudo, Tarascoun gardo soun amo vivo.


Tarascon frappée par la fermeture de Fibre Excellence

Ce 29 juillet 2026, Tarascon ne célèbre pas sainte Marthe dans l’insouciance.

Deux jours plus tôt, le tribunal de commerce de Toulouse a prononcé la liquidation judiciaire du site tarasconnais de Fibre Excellence, après avoir rejeté l’offre de reprise globale portée par Combat Holding et Matthieu Pigasse. L’usine de pâte à papier emploie directement environ 270 salariés. Sa disparition menace également les entreprises forestières, les transporteurs, les fournisseurs et les sous-traitants qui dépendent de son activité.

L’établissement industriel marque l’entrée méridionale de Tarascon depuis 1951. Sa haute cheminée rouge et blanche appartient depuis trois quarts de siècle au paysage de la ville, presque autant que les tours du château royal.

L’usine a toujours suscité des réactions contradictoires. Elle représente des emplois, une activité productive et un débouché pour la filière forestière. Mais ses émanations soufrées, souvent comparées à une odeur d’œuf pourri, ont également provoqué les plaintes répétées des habitants, des associations et des professionnels du tourisme.

Sa fermeture éventuelle ne peut donc être résumée ni à une bonne nouvelle écologique ni à une simple catastrophe économique. Tarascon devra affronter plusieurs questions à la fois : le sort des salariés, la reconversion industrielle, la dépollution du site et l’avenir d’un vaste terrain placé au bord du Rhône.

Le débat révèle aussi une opposition plus large entre deux conceptions du territoire. Certains veulent préserver une industrie nationale de la pâte à papier et les emplois qui l’accompagnent. D’autres estiment que le maintien de l’activité ne pouvait se faire sans engagements plus rigoureux sur les nuisances, la pollution et la modernisation des installations.


Une ville qui doit également vivre avec le Rhône

L’avenir de Tarascon ne se joue pas seulement dans l’enceinte de l’usine.

Durant l’été 2026, la commune met aussi à la disposition du public les conclusions de l’enquête concernant le Plan de prévention du risque d’inondation. Une consultation relative à la modification du Schéma de cohérence territoriale du Pays d’Arles se poursuit également du 15 juillet au 15 septembre.

Ces dossiers peuvent sembler administratifs, mais ils touchent au cœur de l’histoire tarasconnaise. La ville doit sa prospérité au Rhône, à ses voies commerciales et à sa position de passage. Elle a également toujours vécu sous la menace des crues.

Le fleuve nourrit, transporte, sépare et menace. Il explique à la fois l’existence de la ville, l’importance de son château et la naissance de la légende de la Tarasque.

Cette dimension apparaît moins clairement dans les médias nationaux. La page de Ground News consacrée à Tarascon met surtout en avant les coups de feu récemment entendus dans le centre, un accident mortel survenu pendant la fuite de suspects et les tensions à la maison centrale. La presse économique traite davantage de Fibre Excellence, tandis que les sites municipaux et patrimoniaux suivent les risques naturels, les travaux, les fêtes et les monuments.

Ces différents regards ne racontent pas exactement la même ville. Tarascon apparaît tour à tour comme un lieu de faits divers, une cité industrielle en difficulté ou une destination patrimoniale. La réalité rassemble pourtant tous ces visages.


Une cité née du fleuve et de la frontière

Des vestiges découverts autour de Tarascon attestent une occupation humaine dès le VIIe siècle avant notre ère. La ville antique et médiévale s’est développée sur la rive gauche du Rhône, face à Beaucaire, autour d’un passage essentiel entre la Provence et le Languedoc.

Pendant le Moyen Âge, le Rhône formait ici une frontière politique. Tarascon contrôlait les voies terrestres et fluviales reliant Arles, Avignon, Marseille et les terres du royaume de France.

Le château royal témoigne encore de cette situation stratégique. Louis II d’Anjou et Yolande d’Aragon lancèrent sa construction vers 1400. Leur fils Louis III fit édifier l’aile tournée vers la ville entre 1429 et 1434. René d’Anjou, devenu comte de Provence en 1434, reçut donc une forteresse largement achevée, qu’il transforma en résidence de prestige.

Le roi René y organisa des séjours, des réceptions et des fêtes. Amateur de livres, de peinture et de sculpture, il s’entoura d’artistes venus de Provence, d’Italie, des Flandres et du monde germanique.

Après la réunion de la Provence à la France en 1481, le château perdit progressivement sa fonction frontalière. Il devint surtout une prison. Des détenus civils et militaires y laissèrent des centaines de graffiti, notamment des représentations de navires gravées par des marins catalans, britanniques ou hollandais. Sa fonction carcérale se prolongea jusqu’en 1926.

Tarascon conserve ainsi deux mémoires presque opposées : celle d’une cour brillante autour du roi René et celle des prisonniers enfermés derrière les mêmes murailles.


Tartarin, la Tarasque et l’image de la ville

La ville est également devenue célèbre grâce à Tartarin de Tarascon, personnage créé par Alphonse Daudet en 1872.

Tartarin est un bourgeois méridional généreux, vaniteux et enthousiaste, toujours prêt à transformer une aventure modeste en épopée. Le personnage a longtemps contribué à une caricature de la Provence bavarde, théâtrale et exagératrice.

Les Tarasconnais ont néanmoins adopté cette figure ambiguë, devenue un élément de l’identité touristique de la ville. Le musée installé dans l’ancien couvent des Cordeliers conserve la mémoire de Tartarin, mais aussi celle des fêtes, des costumes et de la Tarasque.

La ville ne peut toutefois être réduite à son héros de papier ou à son dragon processionnel. L’actualité de Fibre Excellence rappelle brutalement qu’elle demeure une commune populaire et industrielle, prise entre le Pays d’Arles, les Alpilles, le Rhône et la proximité d’Avignon.


🕊️ Sainte Marthe, l’hôtesse du Christ

Le 29 juillet, l’Église célèbre saints Marthe, Marie et Lazare, les amis de Jésus à Béthanie.

Marthe apparaît dans l’Évangile comme une femme active et généreuse. Elle accueille le Christ dans sa maison et s’occupe du service, tandis que sa sœur Marie demeure assise aux pieds du Seigneur pour écouter sa parole.

Jésus lui répond :

« Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. »

Il ne condamne pas son hospitalité. Il lui rappelle que le service chrétien perd sa paix lorsqu’il devient agitation, comparaison ou reproche.

L’Évangile selon saint Jean montre une Marthe encore plus profonde. Après la mort de Lazare, elle proclame devant Jésus :

« Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu. »

Marthe est donc à la fois la femme du service et la femme de la foi. Elle reconnaît dans le Christ celui qui est « la résurrection et la vie ».


De Béthanie à Tarascon : la tradition provençale

Selon la tradition provençale, Marthe aurait quitté la Palestine après les premières persécutions contre les disciples du Christ.

Placée dans une embarcation avec Marie-Madeleine, Lazare et plusieurs compagnons, elle aurait traversé la Méditerranée avant d’aborder près des Saintes-Maries-de-la-Mer. Marthe aurait ensuite remonté le Rhône et annoncé l’Évangile à Avignon puis à Tarascon.

Ce récit appartient à la tradition hagiographique médiévale. Aucun document du Ier siècle ne permet d’établir historiquement l’arrivée de Marthe en Provence.

Il faut donc distinguer clairement :

  • la Marthe des Évangiles, personnage historique de Béthanie ;

  • la Marthe évangélisatrice de Provence, transmise par la tradition ;

  • la Marthe qui maîtrise la Tarasque, héroïne d’une légende développée au Moyen Âge.

Cette distinction n’efface pas l’importance du récit. Pendant des siècles, les habitants de Tarascon ont reconnu dans Marthe leur patronne, leur évangélisatrice et la protectrice de leur ville.


Le dragon du Rhône

La Tarasque est décrite comme une créature monstrueuse mêlant les traits du dragon, du crocodile, du serpent, du lion et de la tortue.

Elle aurait vécu près du Rhône, attaquant les habitants, les voyageurs et les animaux. Plusieurs guerriers auraient tenté de la tuer sans succès.

Marthe se serait avancée vers le monstre avec une croix, de l’eau bénite et ses prières. La Tarasque serait alors devenue docile. La sainte l’aurait conduite jusqu’à la ville, tenue par une simple ceinture.

Mais la foule, encore dominée par la peur, aurait massacré l’animal. Marthe aurait reproché aux habitants leur violence avant de les appeler à la conversion.

La légende oppose donc deux manières de vaincre le mal. Marthe désarme la bête par la foi. Les hommes, eux, continuent de répondre par la violence.

Le monstre peut aussi être interprété comme une représentation du Rhône, fleuve fertile mais dangereux, dont les crues semblaient autrefois aussi imprévisibles qu’un animal fabuleux. Le château de Tarascon rappelle lui-même que la cité s’est construite pour surveiller ce passage et tenter de maîtriser le fleuve.


La fête de sainte Marthe, ce 29 juillet

La solennité de sainte Marthe demeure l’une des grandes fêtes religieuses de Tarascon.

Ce mercredi 29 juillet 2026, une messe festive est célébrée à 18 h 30 dans la collégiale royale Sainte-Marthe. Elle est suivie d’une procession dans les rues, de la vénération des reliques dans la crypte et d’un apéritif dînatoire. Des fidèles des Saintes-Maries-de-la-Mer ont notamment été invités à rejoindre Tarascon pour la célébration.

La procession ne doit pas être confondue avec les grandes Fêtes de la Tarasque, organisées chaque année au mois de juin avec les compagnies médiévales, les Tarascaïres, les costumes provençaux et la sortie du monstre monumental.

La fête municipale et la solennité religieuse sont distinctes, mais elles puisent dans une même histoire. La première met davantage en scène la légende, le roi René et le folklore. La seconde se concentre sur Marthe, disciple du Christ, sur l’Eucharistie et sur les reliques conservées dans la collégiale.

La paroisse rappelle que la célébration du 29 juillet reste très suivie, notamment pendant la procession et la descente dans la crypte.

Cette année, la procession prend nécessairement une tonalité particulière. Elle traverse une ville dont des centaines de familles s’interrogent sur leur avenir après la liquidation de Fibre Excellence.

Sainte Marthe ne supprime pas les difficultés économiques. Mais son charisme d’accueil, de service et de confiance peut offrir un langage commun à une cité profondément éprouvée.


🏛️ Note culturelle

La collégiale royale Sainte-Marthe est classée monument historique depuis 1840, comme le château et la chapelle Saint-Gabriel. Tarascon possède un ensemble patrimonial exceptionnel comprenant également l’église Saint-Jacques, le cloître des Cordeliers, les casernes Kilmaine et plusieurs chapelles rurales.

La Tarasque processionnelle appartient, avec les géants et dragons de plusieurs villes françaises et belges, au patrimoine culturel immatériel reconnu par l’UNESCO.

Ces effigies apparues dans les processions médiévales sont devenues des symboles collectifs. À Tarascon, le dragon n’est plus seulement l’ennemi de sainte Marthe. Il est devenu l’emblème de la cité et l’un des personnages que les habitants aiment le plus faire sortir dans les rues.

Cette transformation est remarquable : le monstre que la légende voulait repousser est désormais soigneusement conservé, restauré et célébré.

Peut-être une ville a-t-elle besoin de ses dragons, à condition d’apprendre à les reconnaître et à les maîtriser.


📚 Sources

Le Monde : liquidation du site de Fibre Excellence à Tarascon

Boursorama et AFP : rejet de l’offre de reprise

Ground News : actualité de Tarascon

Ville de Tarascon : actualités et consultations publiques

Château de Tarascon : histoire du monument

Château de Tarascon : Tarascon et le Rhône

Paroisse de Tarascon : histoire de sainte Marthe et de la collégiale

Paroisse de Tarascon : horaires de la solennité du 29 juillet

Vatican News : sainte Marthe, disciple du Seigneur

UNESCO : géants et dragons processionnels de Belgique et de France


🔎 Pour aller plus loin

Saint Trophime d’Arles : le premier pasteur de la Provence chrétienne

Saint Maxime de Riez : le moine qui transporta Lérins dans les Alpes

Bienheureux Folquet de Marseille : du chant courtois à la mitre


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Que représente aujourd’hui sainte Marthe pour Tarascon : une figure évangélique, une tradition locale ou un symbole d’unité dans l’épreuve ?

Quel avenir souhaiteriez-vous pour le site de Fibre Excellence et pour les familles qui dépendent de son activité ?

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