À Faucon-du-Caire, une chapelle millénaire renaît en présence d’Albert II


Relevé par des bénévoles, le sanctuaire du hameau Saint-Barthélemy retrouve le culte après près d’un siècle de silence.





🌿 Resumit en prouvençau

A Faucon-dóu-Caire, dins lis Aup de Prouvènço, uno capello dóu siècle XI, toumbado en rouino dins lis annado 1930, es estado rebastido pèr uno pougnado de benevòle. Lou 24 d’avoust 2026, l’autar fuguè counsacra e la capello benesido en presènci dóu prince Albert II de Móunaco. Entre santo Devoto, patròno de Móunaco, sant Jan de Mato e li mouine de Sant-Vitour de Marsiho, es touto la memòri crestiano de Prouvènço que reviscolo.


Un prince dans un hameau des Hautes Terres

Il est des cérémonies où la grandeur ne vient ni du nombre ni de l’apparat, mais de la longue mémoire d’un lieu. Ce lundi 24 août 2026, le hameau Saint-Barthélemy, à Faucon-du-Caire, a ainsi accueilli le prince Albert II de Monaco pour le retour au culte d’une chapelle dont l’histoire remonte à près de mille ans.

La célébration a été présidée par Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque de Digne, Riez et Sisteron, en présence de Mgr Dominique-Marie David, archevêque de Monaco, et du père Urbain Rakotosoa, prieur du couvent trinitaire de Faucon-de-Barcelonnette. La préfète des Alpes-de-Haute-Provence figurait également parmi les invités d’honneur.

Après le dévoilement d’un panneau retraçant l’histoire du sanctuaire, des reliques de sainte Dévote et de saint Jean de Matha ont été remises à l’évêque. La messe comportait la consécration du nouvel autel et la bénédiction de la chapelle : une précision liturgique plus exacte que le terme de « consécration de la chapelle » généralement employé dans les annonces de la cérémonie. Le programme avait été présenté la veille par Alpes 1.


Une fille de Saint-Victor de Marseille

La chapelle ne naquit pas sous les vocables qu’elle porte aujourd’hui. Elle était primitivement dédiée à sainte Marie et dépendait du prieuré Saint-Barthélemy.

Son histoire commence en 1062, lorsque Isoard, seigneur de Mison, donna une partie de ses terres de Faucon aux moines de l’abbaye Saint-Victor de Marseille, déjà établis à Gigors. Les religieux y installèrent une petite dépendance monastique afin d’administrer les terres avec les paysans du lieu. Ils élevèrent auprès du prieuré une église rurale, consacrée selon les recherches locales en 1080 par l’archevêque d’Embrun.

Ainsi, jusque dans ce vallon retiré des Alpes provençales, s’étendait le vaste réseau spirituel et agricole de Saint-Victor. La chapelle n’était pas seulement un bâtiment : elle réunissait la prière des moines, le travail de la terre et la vie d’une petite communauté montagnarde.

Le lieu devint ensuite un but de procession. Les habitants s’y rendaient notamment pour la Saint-Barthélemy et la Fête-Dieu. Un coutumier paroissial de 1835 mentionne encore cet usage. Réparée une dernière fois à la fin du XIXe siècle, la chapelle fut progressivement abandonnée. Sa toiture s’effondra vers les années 1930, peut-être après que la foudre eut frappé son clocher-mur. Il ne resta bientôt plus que quatre murs envahis par les pierres et la végétation.


Le pari presque insensé des bénévoles

En 2024, quelques habitants décidèrent de ne plus considérer ces ruines comme la conclusion de l’histoire. Avec l’accord de la commune, propriétaire des lieux, l’association Histoire, contes et légendes des Hautes Terres entreprit de relever entièrement l’édifice.

Architecte, maçons, charpentiers, conducteurs d’engins et habitants offrirent une part considérable de leur travail. En moins de deux ans, les murs furent remontés, les arcs reconstruits, une charpente posée, la toiture couverte et le clocher rétabli. Une collecte participative de 15 000 euros contribua au financement des matériaux, de la cloche et des vitraux. La commune de Faucon-du-Caire a suivi publiquement cette reconstruction, tandis que Le Dauphiné libéré en a raconté l’aventure humaine.

Les bénévoles auraient pu stabiliser les murs et aménager une ruine pittoresque destinée aux promeneurs. Ils ont choisi davantage : rendre l’édifice à sa vocation première et permettre que la messe y soit de nouveau célébrée.


Sainte Dévote, le lien vivant avec Monaco

La présence du prince Albert II n’avait donc rien d’une visite mondaine. La chapelle reconstruite reçoit désormais le double vocable de Sainte-Dévote-et-Saint-Jean-de-Matha.

Jeune chrétienne martyrisée en Corse au commencement du IVe siècle, sainte Dévote est devenue la patronne de Monaco, de la famille princière et de l’archidiocèse. La tradition rapporte que sa dépouille, placée dans une barque, fut portée jusqu’au rivage monégasque. Depuis des siècles, les Grimaldi entretiennent solennellement son culte.

La présence d’Albert II, de l’archevêque de Monaco et des reliques de la sainte inscrit donc le petit sanctuaire de Faucon-du-Caire dans une fraternité spirituelle qui unit la Corse, Monaco et la Provence. Le Palais princier rappelle que sainte Dévote est à la fois protectrice de la principauté et de sa famille souveraine.


Les deux Faucon réunis autour de saint Jean de Matha

L’autre titulaire de la chapelle ouvre une histoire plus délicate. Saint Jean de Matha, fondateur de l’ordre de la Très-Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs, naquit vers 1160 dans un lieu que les textes anciens nomment simplement « Faucon ».

Deux communes provençales conservent cette mémoire. Faucon-du-Caire revendique la naissance du saint, tandis que la tradition aujourd’hui reçue par la famille trinitaire la situe à Faucon-de-Barcelonnette. La cérémonie du 24 août les a symboliquement rapprochées : la chapelle dédiée au fondateur se trouve dans le premier Faucon, tandis que le prieur trinitaire venu célébrer appartient au couvent du second.

Cette divergence n’affaiblit pas l’héritage de Jean de Matha. Elle montre au contraire combien sa figure demeure enracinée dans les Alpes provençales. Son ordre, fondé à la fin du XIIe siècle, consacra une part de ses ressources au rachat des chrétiens réduits en captivité. La famille trinitaire poursuit aujourd’hui cette spiritualité de libération et de service.


Le choix du 24 août

La date de la cérémonie n’a pas été choisie au hasard. Le 24 août est la fête de saint Barthélemy, patron du hameau et titulaire traditionnel du prieuré. C’est ce jour-là que les habitants venaient autrefois en pèlerinage vers la chapelle.

Après près d’un siècle de silence, la bénédiction de 2026 renoue ainsi avec le calendrier ancien. Elle ne reconstitue pas artificiellement une tradition disparue : elle remet un lieu vivant dans le rythme qui fut longtemps le sien.


🏛️ Note culturelle — quatre noms pour une seule chapelle

L’histoire des vocables résume celle du lieu. L’édifice médiéval était la chapelle Sainte-Marie du prieuré Saint-Barthélemy. Par simplification, il fut ensuite couramment appelé chapelle Saint-Barthélemy. Après sa reconstruction, il prend le nom de Sainte-Dévote-et-Saint-Jean-de-Matha.

La Vierge rappelle la fondation bénédictine ; saint Barthélemy, la fête du hameau ; sainte Dévote, l’amitié monégasque ; saint Jean de Matha, la mémoire trinitaire des Alpes provençales. Peu de petits sanctuaires réunissent dans leur nom autant de couches d’histoire.


Une mémoire redevenue prière

À l’heure où de nombreuses églises rurales ferment ou se dégradent, Faucon-du-Caire a accompli le mouvement inverse. Une petite commune, une association et une poignée de bénévoles ont rendu au culte une chapelle disparue du paysage depuis près d’un siècle.

La présence d’un prince donne naturellement un éclat particulier à cette journée. Mais le véritable événement demeure ailleurs : dans la volonté d’habitants qui ont refusé que neuf siècles de prière s’achèvent sous les ronces. Ils n’ont pas seulement restauré du patrimoine. Ils ont renoué une histoire interrompue.


📚 Sources


🔎 Pour aller plus loin


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La reconstruction de Faucon-du-Caire peut-elle devenir un modèle pour sauver d’autres chapelles rurales ? Un édifice religieux restauré doit-il retrouver, même occasionnellement, une véritable vie liturgique ?

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