👑 Marseille Royale (1) : le roi René

 

Le roi René à Marseille : la tour qui garde encore le Vieux-Port

Provence angevine, sac de 1423, reconstruction, fort Saint-Jean, relation entre Aix et Marseille








🌿 Resumit en prouvençau

Lou rei Reinié es resta dins la memòri coume lou bon prince de Prouvènço.

Ais èra la capitalo de soun coumtat,
mai Marsiho tenguè uno plaço importanto dins soun règne.

La vilo avié estat terriblamen saquejado en 1423
pèr la floto dĂłu rei d’Aragoun.
Lei counquistadour emportèron meme
la grando cadeno que barravo l’intrado dĂłu port.

Quouro Reinié venguè comte de Prouvènço,
vouguè renforça Marsiho.

Entre 1447 e 1453,
faguè basti à Sant-Jan uno grando tour carrado
pèr surveia l’intrado dĂłu port.

Es encaro aqui.

Mai Reinié se countentè pas de fortifica Marsiho :
éu i sejournè, i aguè de demoro
e favorizè lou coumerce e l’armamen dei nau.

Ais èra la capitalo.
Marsiho èra la porto sus la mar.
Lou rei Reinié avié besoun deis dos.


⚜️ Qui Ă©tait vraiment le « bon roi RenĂ© » ?

RenĂ© d’Anjou naĂ®t Ă  Angers le 16 janvier 1409.

Son accumulation de titres semble presque excessive pour un seul homme :

duc d’Anjou,
duc de Bar,
duc de Lorraine pendant une partie de sa vie,
comte de Provence de 1434 Ă  1480,
roi de Naples de 1438 Ă  1442,
roi titulaire de Sicile et de Jérusalem.

La Bibliothèque nationale de France rappelle qu’il fut Ă©galement Ă©crivain et mĂ©cène et que la postĂ©ritĂ© provençale lui donna le surnom de « bon roi RenĂ© ».

Il ne faut toutefois pas imaginer un monarque régnant paisiblement depuis un château provençal entouré de troubadours.

René connaît :

les guerres dynastiques,

la captivité,

les campagnes italiennes,

la perte de Naples,

les problèmes financiers,

et une succession familiale progressivement décimée.

Son règne provençal appartient à la dernière grande époque de la dynastie angevine avant le rattachement du comté à la Couronne de France.

Et Marseille occupe dans cette histoire une place plus importante qu’on ne le croit souvent.


đź’Ą 1423 : Marseille connaĂ®t l’un des pires dĂ©sastres de son histoire

Pour comprendre la tour du roi René, il faut commencer avant René.

Du 20 au 23 novembre 1423, Marseille est attaquĂ©e par la flotte du roi Alphonse V d’Aragon.

Les Archives dĂ©partementales des Bouches-du-RhĂ´ne qualifient l’Ă©vĂ©nement de l’une des pires catastrophes de l’histoire marseillaise.

Pendant quatre jours, les troupes aragonaises :

pillent,
incendient,
détruisent
et emportent une partie du butin.

L’origine de l’opĂ©ration se trouve dans la lutte pour le royaume de Naples.

Alphonse V d’Aragon et Louis III d’Anjou, frère aĂ®nĂ© de RenĂ© et comte de Provence, se disputent l’influence auprès de la reine Jeanne II de Naples.

Après avoir été chassée de Naples, la flotte aragonaise rentre vers la péninsule Ibérique.

Marseille, qui appartient au camp angevin, se trouve sur sa route.

Elle paie le prix de cette rivalité méditerranéenne.


⛓️ La chaĂ®ne de Marseille finit en Espagne

Le détail est devenu presque légendaire.

L’entrĂ©e du port de Marseille pouvait ĂŞtre fermĂ©e Ă  l’aide d’une grande chaĂ®ne.

Les Aragonais s’en emparent en 1423.

Six siècles plus tard, des fragments de cette chaĂ®ne sont toujours conservĂ©s Ă  Valence, en Espagne, dans la cathĂ©drale. Les Archives dĂ©partementales rappellent que les demandes marseillaises de restitution n’ont jamais complètement disparu.

Autrement dit, la guerre de 1423 possède encore aujourd’hui un objet-tĂ©moin.

Marseille a reconstruit ses maisons.

Les murailles ont disparu.

Les dynasties se sont éteintes.

Mais une partie de la chaĂ®ne est toujours de l’autre cĂ´tĂ© de la MĂ©diterranĂ©e.


👑 1434 : René devient comte de Provence

Louis III meurt en 1434.

René lui succède comme comte de Provence. La chronologie universitaire de la Provence médiévale place précisément son avènement cette année-là.

Mais RenĂ© regarde encore largement vers l’Italie.

Il tente de conserver Naples, oĂą il règne effectivement entre 1438 et 1442, avant d’ĂŞtre finalement vaincu par Alphonse V d’Aragon — le mĂŞme souverain dont les hommes avaient ravagĂ© Marseille vingt ans plus tĂ´t.

En octobre 1442, René revient vaincu à Marseille.

La ville voit donc débarquer un prince qui a perdu un royaume.

Mais cette défaite italienne va contribuer à le rapprocher davantage de ses possessions provençales.


🏛️ Aix est la capitale, Marseille la porte

Il faut bien distinguer les fonctions des deux villes.

Aix-en-Provence est la capitale administrative du comté.

La Chambre des comptes, les archives et une grande partie des institutions comtales y sont Ă©tablies. La fonction de capitale s’Ă©tait renforcĂ©e sous les premières dynasties angevines et Aix constituait le centre politique naturel de la Provence.

Marseille possède un autre avantage.

La mer.

Elle permet :

le commerce méditerranéen,

l’armement des navires,

les dĂ©parts vers l’Italie,

les relations avec le Levant,

et l’accès maritime au grand ensemble angevin.

RenĂ© n’a donc aucun intĂ©rĂŞt Ă  opposer les deux citĂ©s.

Aix gouverne.
Marseille ouvre la Provence sur la Méditerranée.


🏰 1447 : René fait construire sa tour

Le traumatisme de 1423 avait montré la vulnérabilité du port.

Sur la rive nord de son entrée se trouvait depuis le Moyen Âge la commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Une tour plus ancienne, dite tour Maubec, avait été détruite lors du sac.

Entre 1447 et 1453, RenĂ© fait Ă©lever Ă  sa place une imposante construction carrĂ©e destinĂ©e Ă  mieux surveiller et dĂ©fendre l’entrĂ©e du port. La Ville de Marseille l’identifie toujours sous le nom de :

Tour du roi René.

Les Archives dĂ©partementales donnent une chronologie lĂ©gèrement plus resserrĂ©e, 1447-1452, et prĂ©cisent le nom de l’ingĂ©nieur gĂ©nois chargĂ© des travaux :

Giovanni Pardo.

On peut donc retenir sans difficulté :

la tour est Ă©levĂ©e Ă  partir de 1447, sous RenĂ© d’Anjou, dans le vaste effort de renforcement des dĂ©fenses marseillaises consĂ©cutif au dĂ©sastre de 1423.


🪨 Une tour avant le fort Saint-Jean

Attention à une confusion fréquente.

Le fort Saint-Jean tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existe pas encore sous RenĂ©.

Le site est alors celui de l’ancienne commanderie des Hospitaliers, avec ses bâtiments religieux et militaires.

La véritable enceinte fortifiée monumentale du fort Saint-Jean appartient surtout au règne de Louis XIV, au XVIIᵉ siècle.

La tour du roi RenĂ© est donc plus ancienne que le fort qui l’entoure aujourd’hui.

C’est une survivante.

Quand Louis XIV réorganise le site deux siècles plus tard, la grosse tour carrée du XVe siècle est intégrée au nouveau système.

Elle traverse ensuite :

l’Ancien RĂ©gime,

la Révolution,

le XIXᵉ siècle,

les guerres mondiales,

puis la transformation du site en Mucem.


đź”­ Une sentinelle Ă  l’entrĂ©e du Vieux-Port

Sa fonction était très concrète.

Le Mucem rappelle que la tour pouvait assurer surveillance et dĂ©fense et qu’une batterie de canons dominait autrefois le port depuis ses hauteurs.

Aujourd’hui, le visiteur regarde :

le Vieux-Port,

Saint-Victor,

Notre-Dame de la Garde,

la Méditerranée,

le Mucem,

et les nouveaux quartiers portuaires.

Au XVe siècle, le regard était probablement moins contemplatif.

Il fallait repérer :

une voile suspecte,
une flotte ennemie,
un navire approchant de l’entrĂ©e.

La tour était un œil de pierre.


⚓ RenĂ© ne s’intĂ©resse pas seulement Ă  la guerre

Il serait toutefois dommage de réduire sa politique marseillaise à une fortification.

Les recherches universitaires montrent que René cherche également à favoriser le commerce et la renaissance économique de Marseille après les crises du début du siècle.

Il encourage notamment l’activitĂ© maritime et renoue avec la politique angevine d’armement de navires de guerre.

En 1449, Marseille accueille même le siège des affaires méditerranéennes de Jacques Cœur et de son neveu Jean de Villages.

Le roi comprend donc que la sécurité du port ne vaut que si le port fonctionne.

La tour protège une Ă©conomie autant qu’une ville.


🏡 Le roi René avait aussi ses maisons à Marseille

VoilĂ  un aspect beaucoup moins connu.

René ne se contente pas de passer par Marseille pour embarquer.

Les sources montrent qu’il y possède plusieurs rĂ©sidences.

Il acquiert notamment :

une bastide près de Saint-Jérôme, au nord du terroir marseillais ;

un jardin ou domaine sur la rive sud du port, achetĂ© en 1449 Ă  l’abbĂ© de Saint-Victor ;

et en 1474 un hĂ´tel sur la rive nord, près du quai, qui sera connu comme la « maison du roi ».

Cette implantation oblige Ă  nuancer l’image trop simple :

« RenĂ© vivait Ă  Aix et venait parfois Ă  Marseille. »

Aix demeure certes la capitale.

Mais René possède également à Marseille des lieux où résider durablement.


🛏️ Et il y sĂ©journe beaucoup Ă  la fin de sa vie

Les travaux universitaires sur les villes provençales donnent même des périodes précises.

René séjourne notamment à Marseille :

d’aoĂ»t 1475 Ă  avril 1476 ;
de novembre 1477 Ă  mars 1478 ;
puis encore en mars 1480.

Cela reprĂ©sente bien davantage qu’une succession de visites protocolaires.

Dans les dernières annĂ©es de son règne, Marseille constitue donc l’un des vrais lieux de rĂ©sidence du vieux souverain.

Le « roi RenĂ© Ă  Marseille » n’est pas seulement la tour.

C’est aussi un homme âgĂ© qui revient rĂ©gulièrement vivre au bord du port.


🎨 Le « bon roi RenĂ© » Ă©tait-il vraiment si bon ?

La mémoire provençale a beaucoup embelli René.

Son goĂ»t des arts, ses Ĺ“uvres littĂ©raires, ses jardins et son mĂ©cĂ©nat ont favorisĂ© l’image d’un prince presque dĂ©bonnaire, davantage occupĂ© Ă  peindre des miniatures qu’Ă  gouverner.

La réalité est évidemment plus complexe.

René est un prince du XVe siècle.

Il lève des impôts.

Il mène des guerres.

Il administre ses territoires.

Il cherche Ă  placer ses proches dans les offices.

Les recherches sur son administration montrent d’ailleurs que les hommes liĂ©s Ă  l’HĂ´tel royal prennent une importance croissante dans la gestion locale, y compris Ă  Marseille.

Le « bon roi RenĂ© » est donc aussi un homme d’État.

Mais la mémoire populaire provençale a retenu autre chose :

un prince qui, après ses dĂ©faites italiennes, s’est identifiĂ© de plus en plus fortement Ă  la Provence.


❤️ Aix et RenĂ© : le lien le plus intime

Si Marseille possède sa tour, Aix possède la mort du roi.

René meurt à Aix le 10 juillet 1480, à soixante et onze ans.

Un document contemporain de la Chambre des comptes Ă©voque les pleurs des Provençaux et « surtout de sa ville d’Aix ».

La formule est révélatrice.

Aix demeure sa ville politique et affective majeure.

Mais Marseille appartient à l'autre moitié de son identité provençale :

la Méditerranée,

les navires,

les départs,

les retours,

et finalement plusieurs longs séjours.

On pourrait presque résumer son rapport aux deux villes ainsi :

Aix fut sa capitale.
Marseille fut son horizon.


đź—ť️ Le roi RenĂ© et les libertĂ©s marseillaises

Le règne de René est également intéressant parce que Marseille conserve encore une forte personnalité municipale.

Elle n’est pas une ville royale au sens oĂą elle le deviendra après le rattachement dĂ©finitif de la Provence Ă  la France.

Les souverains angevins doivent composer avec :

les institutions locales,

les privilèges,

les élites marchandes,

et la puissance économique du port.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Marseille ne devint jamais capitale de la Provence, malgrĂ© son importance dĂ©mographique et maritime. Les Ă©tudes universitaires soulignent que les États de Provence siègent massivement Ă  Aix et très rarement Ă  Marseille.

René ne cherche donc pas à transformer Marseille en cour permanente.

Il lui demande autre chose :

ĂŞtre le grand port de sa Provence.


🏛️ Ce qu’il en reste aujourd’hui

Le plus extraordinaire est que le premier épisode de notre Marseille Royale peut encore se visiter.

La tour du roi René est toujours debout au fort Saint-Jean, désormais intégré au Mucem.

Le musĂ©e indique que cette tour du XVe siècle, construite sur ordre de RenĂ© pour surveiller l’accès au port, fait partie du parcours actuel et peut ĂŞtre visitĂ©e.

Le site conserve également des vestiges bien antérieurs aux fortifications de Louis XIV :

la chapelle des Hospitaliers,

les traces de la commanderie,

et tout un empilement d’architectures allant du Moyen Ă‚ge au XXᵉ siècle.

On peut donc aujourd’hui monter dans une construction directement liĂ©e au comte de Provence mort en 1480.

Ă€ Marseille, six siècles ne reprĂ©sentent parfois que quelques marches d’escalier.


🚶 Sur les traces du roi René à Marseille

Pour prolonger l’article par une petite promenade :

1. La tour du roi René

Fort Saint-Jean / Mucem

C’est Ă©videmment l’Ă©tape principale.

Monter jusqu’Ă  la tour permet surtout de comprendre immĂ©diatement pourquoi le site commandait l’entrĂ©e du port.

2. La commanderie de Saint-Jean

Autour de la tour subsistent les traces du monde des Hospitaliers, bien antérieur à René.

La tour royale s’est insĂ©rĂ©e dans un site religieux et militaire dĂ©jĂ  vieux de plusieurs siècles.

3. Le Vieux-Port

Regarder l’entrĂ©e depuis le quai permet d’imaginer la chaĂ®ne fermant autrefois le port, emportĂ©e en 1423.

4. Saint-Victor

RenĂ© acquit en 1449 auprès de l’abbaye un domaine situĂ© sur la rive mĂ©ridionale du port, oĂą il sĂ©journa lors de plusieurs passages.

5. Saint-Jérôme

Le roi disposait Ă©galement d’une bastide dans le terroir nord de Marseille. Les bâtiments royaux eux-mĂŞmes ont disparu, mais cette possession rappelle que le Marseille de RenĂ© ne s’arrĂŞtait pas aux murailles du port.


🏛️ Note culturelle : la tour a survĂ©cu au roi… et au fort

Le nom « fort Saint-Jean » pourrait laisser croire que tout l’ensemble appartient Ă  la mĂŞme Ă©poque.

En réalité, le site fonctionne comme un mille-feuille.

XIIᵉ-XIVᵉ siècles : commanderie des Hospitaliers.

XVe siècle : tour du roi René.

XVIIᵉ siècle : fortifications de Louis XIV et tour du Fanal.

XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles : fonctions militaires et carcérales.

1944 : explosion d’un dĂ©pĂ´t de munitions allemand qui endommage gravement le fort.

1964 : classement parmi les Monuments historiques.

2013 : intégration au Mucem et ouverture au public.

RenĂ© n’a donc pas construit le fort Saint-Jean.

Mais sa tour est devenue l’une des pièces les plus anciennes et les plus reconnaissables de l’ensemble.


📚 Sources

Ville de Marseille — Le fort Saint-Jean — commanderie des Hospitaliers et construction de la tour du roi RenĂ© entre 1447 et 1453.

Archives dĂ©partementales des Bouches-du-RhĂ´ne — Marseille, le sac des Aragonais de 1423 — attaque d’Alphonse V, chaĂ®ne du port et construction de la tour par Giovanni Pardo.

Presses universitaires de Provence — Pourquoi Marseille ne fut-elle jamais capitale ? — sĂ©jours, rĂ©sidences et politique Ă©conomique de RenĂ© Ă  Marseille.

BnF — RenĂ© Ier d’Anjou — titres, règne et biographie gĂ©nĂ©rale du roi RenĂ©.

Mucem — Fort Saint-Jean — visite actuelle de la tour du roi RenĂ© et organisation du monument.


🔎 Pour aller plus loin

Saint Victor de Marseille, le légionnaire du Christ aux portes de la Provence

Pourquoi le bienheureux Urbain V mérite sa canonisation

Aux origines du diocèse de Marseille : une Église d’abord silencieuse

Saint Louis d’Anjou : le prince franciscain de Provence


👑 À suivre dans Marseille Royale

Marseille Royale (2) : François Ier

François Ier Ă  Marseille : le roi, le rhinocĂ©ros et le château d’If

En 1516, un rhinocéros fait escale devant Marseille.

François Ier vient le voir.

Et quelques annĂ©es plus tard, une forteresse se dresse sur l’Ă®le d’If.

L’histoire est suffisamment Ă©trange pour mĂ©riter son propre Ă©pisode.


đź’¬ Commenter et s’abonner

Lorsque vous passez devant le fort Saint-Jean, aviez-vous déjà remarqué que la grosse tour carrée ne date pas de Louis XIV, mais du roi René et du XVe siècle ?

Elle raconte Ă  elle seule :

le sac de 1423,

la rivalité entre Angevins et Aragonais,

la reconstruction de Marseille,

et la volonté de protéger le grand port de Provence.

La sĂ©rie Marseille Royale suivra dĂ©sormais un souverain après l’autre, pour retrouver ce que chacun a rĂ©ellement laissĂ© dans la ville.

Partagez vos souvenirs et vos lieux liés au roi René dans les commentaires.

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👑 Marseille Royale (1) : le roi René

Le roi René à Marseille : la tour qui garde encore le Vieux-Port

Provence angevine, sac de 1423, reconstruction, fort Saint-Jean, relation entre Aix et Marseille


🌿 Resumit en prouvençau

Lou rei Reinié es resta dins la memòri coume lou bon prince de Prouvènço.

Ais èra la capitalo de soun coumtat,
mai Marsiho tenguè uno plaço importanto dins soun règne.

La vilo avié estat terriblamen saquejado en 1423
pèr la floto dĂłu rei d’Aragoun.
Lei counquistadour emportèron meme
la grando cadeno que barravo l’intrado dĂłu port.

Quouro Reinié venguè comte de Prouvènço,
vouguè renforça Marsiho.

Entre 1447 e 1453,
faguè basti à Sant-Jan uno grando tour carrado
pèr surveia l’intrado dĂłu port.

Es encaro aqui.

Mai Reinié se countentè pas de fortifica Marsiho :
éu i sejournè, i aguè de demoro
e favorizè lou coumerce e l’armamen dei nau.

Ais èra la capitalo.
Marsiho èra la porto sus la mar.
Lou rei Reinié avié besoun deis dos.


⚜️ Qui Ă©tait vraiment le « bon roi RenĂ© » ?

RenĂ© d’Anjou naĂ®t Ă  Angers le 16 janvier 1409.

Son accumulation de titres semble presque excessive pour un seul homme :

duc d’Anjou,
duc de Bar,
duc de Lorraine pendant une partie de sa vie,
comte de Provence de 1434 Ă  1480,
roi de Naples de 1438 Ă  1442,
roi titulaire de Sicile et de Jérusalem.

La Bibliothèque nationale de France rappelle qu’il fut Ă©galement Ă©crivain et mĂ©cène et que la postĂ©ritĂ© provençale lui donna le surnom de « bon roi RenĂ© ».

Il ne faut toutefois pas imaginer un monarque régnant paisiblement depuis un château provençal entouré de troubadours.

René connaît :

les guerres dynastiques,

la captivité,

les campagnes italiennes,

la perte de Naples,

les problèmes financiers,

et une succession familiale progressivement décimée.

Son règne provençal appartient à la dernière grande époque de la dynastie angevine avant le rattachement du comté à la Couronne de France.

Et Marseille occupe dans cette histoire une place plus importante qu’on ne le croit souvent.


đź’Ą 1423 : Marseille connaĂ®t l’un des pires dĂ©sastres de son histoire

Pour comprendre la tour du roi René, il faut commencer avant René.

Du 20 au 23 novembre 1423, Marseille est attaquĂ©e par la flotte du roi Alphonse V d’Aragon.

Les Archives dĂ©partementales des Bouches-du-RhĂ´ne qualifient l’Ă©vĂ©nement de l’une des pires catastrophes de l’histoire marseillaise.

Pendant quatre jours, les troupes aragonaises :

pillent,
incendient,
détruisent
et emportent une partie du butin.

L’origine de l’opĂ©ration se trouve dans la lutte pour le royaume de Naples.

Alphonse V d’Aragon et Louis III d’Anjou, frère aĂ®nĂ© de RenĂ© et comte de Provence, se disputent l’influence auprès de la reine Jeanne II de Naples.

Après avoir été chassée de Naples, la flotte aragonaise rentre vers la péninsule Ibérique.

Marseille, qui appartient au camp angevin, se trouve sur sa route.

Elle paie le prix de cette rivalité méditerranéenne.


⛓️ La chaĂ®ne de Marseille finit en Espagne

Le détail est devenu presque légendaire.

L’entrĂ©e du port de Marseille pouvait ĂŞtre fermĂ©e Ă  l’aide d’une grande chaĂ®ne.

Les Aragonais s’en emparent en 1423.

Six siècles plus tard, des fragments de cette chaĂ®ne sont toujours conservĂ©s Ă  Valence, en Espagne, dans la cathĂ©drale. Les Archives dĂ©partementales rappellent que les demandes marseillaises de restitution n’ont jamais complètement disparu.

Autrement dit, la guerre de 1423 possède encore aujourd’hui un objet-tĂ©moin.

Marseille a reconstruit ses maisons.

Les murailles ont disparu.

Les dynasties se sont éteintes.

Mais une partie de la chaĂ®ne est toujours de l’autre cĂ´tĂ© de la MĂ©diterranĂ©e.


👑 1434 : René devient comte de Provence

Louis III meurt en 1434.

René lui succède comme comte de Provence. La chronologie universitaire de la Provence médiévale place précisément son avènement cette année-là.

Mais RenĂ© regarde encore largement vers l’Italie.

Il tente de conserver Naples, oĂą il règne effectivement entre 1438 et 1442, avant d’ĂŞtre finalement vaincu par Alphonse V d’Aragon — le mĂŞme souverain dont les hommes avaient ravagĂ© Marseille vingt ans plus tĂ´t.

En octobre 1442, René revient vaincu à Marseille.

La ville voit donc débarquer un prince qui a perdu un royaume.

Mais cette défaite italienne va contribuer à le rapprocher davantage de ses possessions provençales.


🏛️ Aix est la capitale, Marseille la porte

Il faut bien distinguer les fonctions des deux villes.

Aix-en-Provence est la capitale administrative du comté.

La Chambre des comptes, les archives et une grande partie des institutions comtales y sont Ă©tablies. La fonction de capitale s’Ă©tait renforcĂ©e sous les premières dynasties angevines et Aix constituait le centre politique naturel de la Provence.

Marseille possède un autre avantage.

La mer.

Elle permet :

le commerce méditerranéen,

l’armement des navires,

les dĂ©parts vers l’Italie,

les relations avec le Levant,

et l’accès maritime au grand ensemble angevin.

RenĂ© n’a donc aucun intĂ©rĂŞt Ă  opposer les deux citĂ©s.

Aix gouverne.
Marseille ouvre la Provence sur la Méditerranée.


🏰 1447 : René fait construire sa tour

Le traumatisme de 1423 avait montré la vulnérabilité du port.

Sur la rive nord de son entrée se trouvait depuis le Moyen Âge la commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Une tour plus ancienne, dite tour Maubec, avait été détruite lors du sac.

Entre 1447 et 1453, RenĂ© fait Ă©lever Ă  sa place une imposante construction carrĂ©e destinĂ©e Ă  mieux surveiller et dĂ©fendre l’entrĂ©e du port. La Ville de Marseille l’identifie toujours sous le nom de :

Tour du roi René.

Les Archives dĂ©partementales donnent une chronologie lĂ©gèrement plus resserrĂ©e, 1447-1452, et prĂ©cisent le nom de l’ingĂ©nieur gĂ©nois chargĂ© des travaux :

Giovanni Pardo.

On peut donc retenir sans difficulté :

la tour est Ă©levĂ©e Ă  partir de 1447, sous RenĂ© d’Anjou, dans le vaste effort de renforcement des dĂ©fenses marseillaises consĂ©cutif au dĂ©sastre de 1423.


🪨 Une tour avant le fort Saint-Jean

Attention à une confusion fréquente.

Le fort Saint-Jean tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existe pas encore sous RenĂ©.

Le site est alors celui de l’ancienne commanderie des Hospitaliers, avec ses bâtiments religieux et militaires.

La véritable enceinte fortifiée monumentale du fort Saint-Jean appartient surtout au règne de Louis XIV, au XVIIᵉ siècle.

La tour du roi RenĂ© est donc plus ancienne que le fort qui l’entoure aujourd’hui.

C’est une survivante.

Quand Louis XIV réorganise le site deux siècles plus tard, la grosse tour carrée du XVe siècle est intégrée au nouveau système.

Elle traverse ensuite :

l’Ancien RĂ©gime,

la Révolution,

le XIXᵉ siècle,

les guerres mondiales,

puis la transformation du site en Mucem.


đź”­ Une sentinelle Ă  l’entrĂ©e du Vieux-Port

Sa fonction était très concrète.

Le Mucem rappelle que la tour pouvait assurer surveillance et dĂ©fense et qu’une batterie de canons dominait autrefois le port depuis ses hauteurs.

Aujourd’hui, le visiteur regarde :

le Vieux-Port,

Saint-Victor,

Notre-Dame de la Garde,

la Méditerranée,

le Mucem,

et les nouveaux quartiers portuaires.

Au XVe siècle, le regard était probablement moins contemplatif.

Il fallait repérer :

une voile suspecte,
une flotte ennemie,
un navire approchant de l’entrĂ©e.

La tour était un œil de pierre.


⚓ RenĂ© ne s’intĂ©resse pas seulement Ă  la guerre

Il serait toutefois dommage de réduire sa politique marseillaise à une fortification.

Les recherches universitaires montrent que René cherche également à favoriser le commerce et la renaissance économique de Marseille après les crises du début du siècle.

Il encourage notamment l’activitĂ© maritime et renoue avec la politique angevine d’armement de navires de guerre.

En 1449, Marseille accueille même le siège des affaires méditerranéennes de Jacques Cœur et de son neveu Jean de Villages.

Le roi comprend donc que la sécurité du port ne vaut que si le port fonctionne.

La tour protège une Ă©conomie autant qu’une ville.


🏡 Le roi René avait aussi ses maisons à Marseille

VoilĂ  un aspect beaucoup moins connu.

René ne se contente pas de passer par Marseille pour embarquer.

Les sources montrent qu’il y possède plusieurs rĂ©sidences.

Il acquiert notamment :

une bastide près de Saint-Jérôme, au nord du terroir marseillais ;

un jardin ou domaine sur la rive sud du port, achetĂ© en 1449 Ă  l’abbĂ© de Saint-Victor ;

et en 1474 un hĂ´tel sur la rive nord, près du quai, qui sera connu comme la « maison du roi ».

Cette implantation oblige Ă  nuancer l’image trop simple :

« RenĂ© vivait Ă  Aix et venait parfois Ă  Marseille. »

Aix demeure certes la capitale.

Mais René possède également à Marseille des lieux où résider durablement.


🛏️ Et il y sĂ©journe beaucoup Ă  la fin de sa vie

Les travaux universitaires sur les villes provençales donnent même des périodes précises.

René séjourne notamment à Marseille :

d’aoĂ»t 1475 Ă  avril 1476 ;
de novembre 1477 Ă  mars 1478 ;
puis encore en mars 1480.

Cela reprĂ©sente bien davantage qu’une succession de visites protocolaires.

Dans les dernières annĂ©es de son règne, Marseille constitue donc l’un des vrais lieux de rĂ©sidence du vieux souverain.

Le « roi RenĂ© Ă  Marseille » n’est pas seulement la tour.

C’est aussi un homme âgĂ© qui revient rĂ©gulièrement vivre au bord du port.


🎨 Le « bon roi RenĂ© » Ă©tait-il vraiment si bon ?

La mémoire provençale a beaucoup embelli René.

Son goĂ»t des arts, ses Ĺ“uvres littĂ©raires, ses jardins et son mĂ©cĂ©nat ont favorisĂ© l’image d’un prince presque dĂ©bonnaire, davantage occupĂ© Ă  peindre des miniatures qu’Ă  gouverner.

La réalité est évidemment plus complexe.

René est un prince du XVe siècle.

Il lève des impôts.

Il mène des guerres.

Il administre ses territoires.

Il cherche Ă  placer ses proches dans les offices.

Les recherches sur son administration montrent d’ailleurs que les hommes liĂ©s Ă  l’HĂ´tel royal prennent une importance croissante dans la gestion locale, y compris Ă  Marseille.

Le « bon roi RenĂ© » est donc aussi un homme d’État.

Mais la mémoire populaire provençale a retenu autre chose :

un prince qui, après ses dĂ©faites italiennes, s’est identifiĂ© de plus en plus fortement Ă  la Provence.


❤️ Aix et RenĂ© : le lien le plus intime

Si Marseille possède sa tour, Aix possède la mort du roi.

René meurt à Aix le 10 juillet 1480, à soixante et onze ans.

Un document contemporain de la Chambre des comptes Ă©voque les pleurs des Provençaux et « surtout de sa ville d’Aix ».

La formule est révélatrice.

Aix demeure sa ville politique et affective majeure.

Mais Marseille appartient à l'autre moitié de son identité provençale :

la Méditerranée,

les navires,

les départs,

les retours,

et finalement plusieurs longs séjours.

On pourrait presque résumer son rapport aux deux villes ainsi :

Aix fut sa capitale.
Marseille fut son horizon.


đź—ť️ Le roi RenĂ© et les libertĂ©s marseillaises

Le règne de René est également intéressant parce que Marseille conserve encore une forte personnalité municipale.

Elle n’est pas une ville royale au sens oĂą elle le deviendra après le rattachement dĂ©finitif de la Provence Ă  la France.

Les souverains angevins doivent composer avec :

les institutions locales,

les privilèges,

les élites marchandes,

et la puissance économique du port.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Marseille ne devint jamais capitale de la Provence, malgrĂ© son importance dĂ©mographique et maritime. Les Ă©tudes universitaires soulignent que les États de Provence siègent massivement Ă  Aix et très rarement Ă  Marseille.

René ne cherche donc pas à transformer Marseille en cour permanente.

Il lui demande autre chose :

ĂŞtre le grand port de sa Provence.


🏛️ Ce qu’il en reste aujourd’hui

Le plus extraordinaire est que le premier épisode de notre Marseille Royale peut encore se visiter.

La tour du roi René est toujours debout au fort Saint-Jean, désormais intégré au Mucem.

Le musĂ©e indique que cette tour du XVe siècle, construite sur ordre de RenĂ© pour surveiller l’accès au port, fait partie du parcours actuel et peut ĂŞtre visitĂ©e.

Le site conserve également des vestiges bien antérieurs aux fortifications de Louis XIV :

la chapelle des Hospitaliers,

les traces de la commanderie,

et tout un empilement d’architectures allant du Moyen Ă‚ge au XXᵉ siècle.

On peut donc aujourd’hui monter dans une construction directement liĂ©e au comte de Provence mort en 1480.

Ă€ Marseille, six siècles ne reprĂ©sentent parfois que quelques marches d’escalier.


🚶 Sur les traces du roi René à Marseille

Pour prolonger l’article par une petite promenade :

1. La tour du roi René

Fort Saint-Jean / Mucem

C’est Ă©videmment l’Ă©tape principale.

Monter jusqu’Ă  la tour permet surtout de comprendre immĂ©diatement pourquoi le site commandait l’entrĂ©e du port.

2. La commanderie de Saint-Jean

Autour de la tour subsistent les traces du monde des Hospitaliers, bien antérieur à René.

La tour royale s’est insĂ©rĂ©e dans un site religieux et militaire dĂ©jĂ  vieux de plusieurs siècles.

3. Le Vieux-Port

Regarder l’entrĂ©e depuis le quai permet d’imaginer la chaĂ®ne fermant autrefois le port, emportĂ©e en 1423.

4. Saint-Victor

RenĂ© acquit en 1449 auprès de l’abbaye un domaine situĂ© sur la rive mĂ©ridionale du port, oĂą il sĂ©journa lors de plusieurs passages.

5. Saint-Jérôme

Le roi disposait Ă©galement d’une bastide dans le terroir nord de Marseille. Les bâtiments royaux eux-mĂŞmes ont disparu, mais cette possession rappelle que le Marseille de RenĂ© ne s’arrĂŞtait pas aux murailles du port.


🏛️ Note culturelle : la tour a survĂ©cu au roi… et au fort

Le nom « fort Saint-Jean » pourrait laisser croire que tout l’ensemble appartient Ă  la mĂŞme Ă©poque.

En réalité, le site fonctionne comme un mille-feuille.

XIIᵉ-XIVᵉ siècles : commanderie des Hospitaliers.

XVe siècle : tour du roi René.

XVIIᵉ siècle : fortifications de Louis XIV et tour du Fanal.

XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles : fonctions militaires et carcérales.

1944 : explosion d’un dĂ©pĂ´t de munitions allemand qui endommage gravement le fort.

1964 : classement parmi les Monuments historiques.

2013 : intégration au Mucem et ouverture au public.

RenĂ© n’a donc pas construit le fort Saint-Jean.

Mais sa tour est devenue l’une des pièces les plus anciennes et les plus reconnaissables de l’ensemble.


📚 Sources

Ville de Marseille — Le fort Saint-Jean — commanderie des Hospitaliers et construction de la tour du roi RenĂ© entre 1447 et 1453.

Archives dĂ©partementales des Bouches-du-RhĂ´ne — Marseille, le sac des Aragonais de 1423 — attaque d’Alphonse V, chaĂ®ne du port et construction de la tour par Giovanni Pardo.

Presses universitaires de Provence — Pourquoi Marseille ne fut-elle jamais capitale ? — sĂ©jours, rĂ©sidences et politique Ă©conomique de RenĂ© Ă  Marseille.

BnF — RenĂ© Ier d’Anjou — titres, règne et biographie gĂ©nĂ©rale du roi RenĂ©.

Mucem — Fort Saint-Jean — visite actuelle de la tour du roi RenĂ© et organisation du monument.


🔎 Pour aller plus loin

Saint Victor de Marseille, le légionnaire du Christ aux portes de la Provence

Pourquoi le bienheureux Urbain V mérite sa canonisation

Aux origines du diocèse de Marseille : une Église d’abord silencieuse

Saint Louis d’Anjou : le prince franciscain de Provence


👑 À suivre dans Marseille Royale

Marseille Royale (2) : François Ier

François Ier Ă  Marseille : le roi, le rhinocĂ©ros et le château d’If

En 1516, un rhinocéros fait escale devant Marseille.

François Ier vient le voir.

Et quelques annĂ©es plus tard, une forteresse se dresse sur l’Ă®le d’If.

L’histoire est suffisamment Ă©trange pour mĂ©riter son propre Ă©pisode.


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Lorsque vous passez devant le fort Saint-Jean, aviez-vous déjà remarqué que la grosse tour carrée ne date pas de Louis XIV, mais du roi René et du XVe siècle ?

Elle raconte Ă  elle seule :

le sac de 1423,

la rivalité entre Angevins et Aragonais,

la reconstruction de Marseille,

et la volonté de protéger le grand port de Provence.

La sĂ©rie Marseille Royale suivra dĂ©sormais un souverain après l’autre, pour retrouver ce que chacun a rĂ©ellement laissĂ© dans la ville.

Partagez vos souvenirs et vos lieux liés au roi René dans les commentaires.

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