🇫🇷 Marseille Présidentielle (2) : Sadi Carnot


Le président entra dans Marseille sous la pluie

Le 17 avril 1890, Sadi Carnot traverse une Marseille pavoisée, reçoit les acclamations de la Canebière et préside un banquet au palais de la Bourse. Quatre ans plus tard, son assassinat transforme cette visite en souvenir national et donne son nom à l’ancienne place Centrale.






🌿 Resumit en prouvençau

Lou 17 d’abriéu 1890, lou presidènt de la Republico arribè à Marsiho.

S’apelavo :

Sadi Carnot.

Èro lou felen de Lazare Carnot, « l’ourganisaire de la Vitòri » de la Revoulucioun.

Enginiaire de mestié, deputa, ministre, pièi presidènt, representavo uno Republico serio, ourdinado e trabalhadoro.

Pèr lou reçau, Marsiho avié auboura de drapèu sus la Canebiero, lou Port-Vièi e li gràndi carriero dóu cèntre.

Mai lou soulèu marsihés avié decida de resta escoundu.

Lou presidènt intrè dins la vilo :

souto la plueio.

Lou tèms empachè pas li Marsihés de veni vèire lou cortège presidenciau.

Lou lendeman, un grand banquet fuguè servi au palais de la Bourso.

Aquest edifici, inaugura souto Napouleoun III, venié lou palais dóu coumerce republician.

Sadi Carnot quitè pièi Marsiho pèr La Ciutat, Touloun e la Corso.

Quatre an après, lou 24 de jun 1894, fuguè pounchouna à Lioun pèr l’anarquisto Caserio.

Mouriguè dins la niue.

Marsiho dounè alor soun noum à l’anciano plaço Centralo.

Encuei, lou tramway traverso toujour la :

plaço Sadi-Carnot.

Lou presidènt noun èro marsihés.

Mai Marsiho a garda soun noum au mitan de la vilo.


👨‍🔧 Un ingénieur à l’Élysée

Sadi Carnot naît à Limoges le 11 août 1837.

Son nom complet est :

Marie François Sadi Carnot.

Son prénom inhabituel aurait été choisi en hommage au poète persan Saadi.

Il appartient surtout à une véritable dynastie républicaine.

Son grand-père, Lazare Carnot, fut membre du Comité de salut public, organisateur des armées révolutionnaires et directeur de la République.

Il restera dans l’histoire sous le surnom d’ :

« organisateur de la Victoire ».

Son père, Hippolyte Carnot, est également républicain.

Il devient ministre de l’Instruction publique en 1848 et défend une conception démocratique et sociale de l’enseignement.

Sadi Carnot grandit donc dans une famille où la République n’est pas seulement un régime politique.

Elle constitue presque un héritage familial.

Mais le jeune homme ne commence pas sa carrière comme tribun.

Il entre à l’École polytechnique en 1857, puis à l’École des ponts et chaussées.

Il devient ingénieur.

Cette formation marquera toute sa personnalité politique.

Sadi Carnot aime :

les dossiers,

les chiffres,

les infrastructures,

les chemins de fer,

les ponts

et les budgets équilibrés.

Il ne possède ni l’éloquence flamboyante de Gambetta ni l’autorité militaire de Mac-Mahon.

Sa force tient ailleurs :

dans le sérieux.


🏛️ Le candidat que personne ne détestait

Sadi Carnot entre en politique après la chute du Second Empire.

Élu député républicain de la Côte-d’Or en 1871, il siège parmi les républicains modérés.

Il devient successivement :

sous-secrétaire d’État aux Travaux publics,

ministre des Travaux publics,

ministre des Finances

et vice-président de la Chambre.

En novembre 1887, la présidence de Jules Grévy s’effondre dans le scandale des décorations.

Son gendre, Daniel Wilson, est accusé d’avoir utilisé son influence pour favoriser l’attribution de décorations en échange d’avantages.

Grévy doit démissionner.

Pour lui succéder, plusieurs grandes figures républicaines s’affrontent.

Jules Ferry possède l’expérience, l’autorité et les réseaux nécessaires.

Mais il suscite également des oppositions considérables.

Sadi Carnot apparaît comme un candidat plus discret, plus consensuel et moins compromettant.

Le 3 décembre 1887, il est élu président de la République.

Il devient le quatrième président de la Troisième République après :

Adolphe Thiers,

Patrice de Mac-Mahon

et

Jules Grévy.

La République choisit un homme dont la principale qualité politique semble être de ne menacer personne.


🇫🇷 La République doit se montrer

Sous la Troisième République, le président possède moins de pouvoir personnel que le chef de l’État actuel.

Il ne dirige pas directement le gouvernement.

Il ne fixe pas seul la politique nationale.

Après la crise du 16 mai 1877 et l’effacement progressif de Jules Grévy, la fonction présidentielle paraît même condamnée à la discrétion.

Sadi Carnot va pourtant lui donner une nouvelle visibilité.

Il voyage beaucoup.

Il visite les départements, inaugure des ports, des voies ferrées, des monuments, des écoles et des expositions.

Ces déplacements ne sont jamais entièrement touristiques.

La République n’est encore installée que depuis quelques années.

Elle possède des adversaires :

les monarchistes,

les bonapartistes,

les boulangistes,

les anarchistes

et une partie du monde catholique.

Pour durer, le régime doit devenir familier.

Les populations doivent voir son président, entendre les discours officiels, assister aux défilés et reconnaître les symboles républicains.

Les voyages de Carnot transforment donc la présidence en spectacle national.

Le président ne gouverne peut-être pas directement.

Mais il incarne :

la République en voyage.


🚂 Avril 1890 : le grand voyage méditerranéen

Au printemps 1890, Sadi Carnot entreprend une grande tournée dans le sud-est de la France.

Du 16 au 27 avril, il doit traverser :

le Var,

les Bouches-du-Rhône,

la Corse,

les Alpes-Maritimes

et les Hautes-Alpes.

Le voyage combine plusieurs objectifs.

Il faut manifester la présence de l’État, rencontrer les élus locaux, visiter les équipements militaires, honorer les activités économiques et rappeler que la Méditerranée constitue l’une des grandes ouvertures de la France.

Marseille représente naturellement une étape essentielle.

La ville est alors en pleine expansion.

Le développement des nouveaux bassins portuaires de la Joliette a profondément modifié son économie.

Les compagnies de navigation relient Marseille :

à l’Algérie,

à l’Égypte,

au Levant,

à l’océan Indien

et à l’Extrême-Orient.

Les marchandises, les voyageurs, les militaires et les migrants se croisent sur les quais.

Marseille n’est plus simplement le grand port de Provence.

Elle devient :

le port mondial de la République.


🎏 Marseille se couvre de drapeaux

L’arrivée du président constitue un événement considérable.

La ville est pavoisée.

Les façades, les balcons, les monuments et les principales artères se couvrent de drapeaux tricolores.

Des arcs décoratifs et des tribunes sont dressés sur le parcours officiel.

Les autorités veulent montrer une ville prospère, fidèle à la République et capable de recevoir dignement le chef de l’État.

Le maire, Félix Baret, les parlementaires, le préfet, les responsables militaires et les représentants du commerce marseillais participent aux réceptions.

Le cortège traverse le centre-ville.

La Canebière, le Vieux-Port et les quais deviennent une immense scène républicaine.

La presse illustrée représentera notamment :

l’arrivée du président sur le Vieux-Port,

la foule massée le long du parcours,

les navires pavoisés

et les principales perspectives de Marseille.

Quelques jours avant la visite, Le Journal illustré avait même publié une grande vue panoramique de la ville, comme si Marseille entière devenait le décor du voyage présidentiel.


🌧️ Marseille sous la pluie

Un détail rend pourtant cette entrée mémorable.

Il pleut.

La presse nationale parlera de :

« Marseille sous la pluie ».

La scène possède quelque chose d’involontairement comique.

La ville a préparé ses drapeaux, ses cortèges et ses décors sous l’image traditionnelle d’un Midi éclatant de soleil.

Le président découvre une Canebière mouillée, des parapluies ouverts et des décorations détrempées.

Mais la pluie ne disperse pas complètement la foule.

Les Marseillais veulent voir le président.

Carnot, fidèle à son tempérament, supporte les intempéries sans manifestation spectaculaire.

Il salue, écoute les discours et respecte le programme.

La pluie finit même par renforcer l’image du visiteur.

Sadi Carnot n’est pas un homme de théâtre.

Il ne cherche pas le mot brillant ou le geste héroïque.

Il avance méthodiquement dans Marseille comme il examinerait un chantier de travaux publics :

sans se laisser arrêter par le mauvais temps.


⚓ Le président au Vieux-Port

Le passage par le Vieux-Port possède une forte signification.

Depuis l’Antiquité, le Lacydon constitue le cœur symbolique de Marseille.

Mais en 1890, le vieux bassin ne suffit plus aux dimensions du commerce moderne.

Les activités les plus importantes se déplacent progressivement vers la Joliette et les nouveaux ports du nord.

Carnot découvre donc une ville partagée entre deux époques :

le port historique des pêcheurs et des petits navires,

et

le nouveau système industriel des docks, des paquebots et des compagnies maritimes.

Les navires sont pavoisés pour la visite.

Les mâts, les pavillons et les uniformes donnent au Vieux-Port une allure de fête nautique.

La présence présidentielle unit symboliquement :

la vieille cité grecque,

la puissance commerciale du XIXᵉ siècle

et la jeune République.

Marseille montre ses quais au président.

Le président montre Marseille à la France.


🏦 17 avril 1890 : le banquet de la Bourse

Le grand moment officiel de la visite se déroule le 17 avril 1890 au palais de la Bourse.

Le bâtiment avait été inauguré trente ans plus tôt, le 10 septembre 1860, en présence de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie.

Il constituait alors l’un des grands monuments économiques du Second Empire.

Sa façade monumentale, ses sculptures consacrées au commerce et à la navigation et son immense hall exprimaient la puissance de la bourgeoisie négociante marseillaise.

En 1890, le décor n’a pas changé.

Mais le régime, lui, a disparu.

Là où l’on avait reçu l’empereur, on reçoit désormais le président de la République.

Le palais de la Bourse devient ainsi le lieu d’une remarquable continuité marseillaise.

Les gouvernements passent.

Le commerce demeure.

Dans le grand hall, les autorités locales offrent un banquet à Sadi Carnot.

Autour du président se rassemblent :

les élus,

les hauts fonctionnaires,

les officiers,

les responsables de la Chambre de commerce,

les armateurs,

les négociants

et les représentants des grandes activités marseillaises.

Le banquet présidentiel devient une cérémonie politique.

On porte des toasts.

On célèbre la République.

On exalte le travail, le commerce maritime et la grandeur du port.

Marseille ne présente pas seulement au président ses monuments.

Elle lui présente :

ses élites.

Le palais de la Bourse conserve le souvenir du banquet offert à Sadi Carnot le 17 avril 1890.


🍽️ Le palais des banquets présidentiels

La visite de Sadi Carnot inaugure presque une tradition.

Le palais de la Bourse demeure pendant plusieurs décennies le seul grand espace marseillais capable d’accueillir un banquet officiel de très grande ampleur.

Après Carnot, son hall recevra notamment :

Émile Loubet en 1903,

Armand Fallières en 1906,

Raymond Poincaré en 1913,

Alexandre Millerand en 1922

et

Gaston Doumergue en 1927.

Le bâtiment devient donc une sorte de salle des fêtes officieuse de la présidence à Marseille.

Avant le stade Vélodrome, le parc Chanot ou le palais du Pharo, c’est au milieu des allégories du commerce que la République reçoit ses chefs d’État.

La présidence française possède un palais à Paris.

À Marseille, elle possède :

la Bourse.


🏭 La vitrine et la ville réelle

Le banquet donne toutefois une image incomplète de Marseille.

La ville de 1890 ne se réduit pas aux armateurs, aux négociants et aux façades monumentales.

La prospérité du port repose sur des milliers de travailleurs :

dockers,

portefaix,

marins,

ouvriers,

charretiers,

employés des compagnies

et journaliers.

Les nouveaux quartiers industriels concentrent une population souvent pauvre et précaire.

L’immigration italienne transforme profondément la ville.

Les conflits sociaux sont nombreux.

La République reçue au palais de la Bourse est celle des notables.

Dans les rues voisines vit une autre Marseille, plus populaire, plus instable et parfois beaucoup plus radicale.

La visite présidentielle cherche précisément à réunir ces mondes sous les mêmes drapeaux.

Le notable applaudit depuis sa tribune.

L’ouvrier regarde passer le cortège.

Le commerçant décore sa façade.

L’enfant agite un petit drapeau.

Pendant quelques heures, tous deviennent les figurants d’une même représentation nationale.

Mais une fois le président parti, les divisions sociales demeurent.


🏗️ La ville des grands travaux

Sadi Carnot, ancien ingénieur des ponts et chaussées, pouvait difficilement rester indifférent au Marseille qui l’entourait.

Depuis le Second Empire, la ville avait été transformée par des chantiers gigantesques.

La rue Impériale, devenue rue de la République, reliait le Vieux-Port aux nouveaux bassins de la Joliette.

La rue Colbert venait compléter cette nouvelle organisation urbaine.

Les collines du vieux Marseille avaient été éventrées, abaissées ou traversées.

Des quartiers entiers avaient disparu.

Des immeubles monumentaux étaient apparus.

À la rencontre de la rue de la République et de la rue Colbert se trouvait une vaste place à six branches.

Elle portait alors un nom presque géométrique :

la place Centrale.

Cette place devait organiser la circulation entre le vieux centre, le nouveau port et les grandes percées haussmanniennes.

Le projet ne fut jamais totalement achevé.

Mais son emplacement en faisait l’un des carrefours les plus spectaculaires du Marseille moderne.

Quelques années plus tard, elle allait recevoir le nom du président.


🚢 De Marseille à La Ciotat

Après les réceptions marseillaises, Sadi Carnot poursuit son voyage vers l’est.

À La Ciotat, il est salué par les prud’hommes pêcheurs et assiste au lancement du paquebot Polynésien.

La scène résume parfaitement le voyage.

D’un côté se trouve l’ancienne organisation maritime méditerranéenne, représentée par les pêcheurs et leurs prud’homies.

De l’autre apparaît la modernité industrielle des grands chantiers navals et des paquebots.

Le président se rend ensuite à Toulon, où l’attendent la flotte et les bâtiments de guerre.

Il embarque pour la Corse avant de poursuivre sa tournée dans les Alpes-Maritimes.

Marseille n’a donc constitué qu’une étape.

Mais elle fut l’une des plus importantes et des plus abondamment représentées par la presse illustrée.


🗡️ 24 juin 1894 : le voyage fatal

Quatre ans après son passage marseillais, Sadi Carnot entreprend un nouveau déplacement officiel.

Il se rend à Lyon pour visiter l’Exposition universelle, internationale et coloniale.

Le 24 juin 1894, après un banquet au palais du Commerce, le président monte dans une voiture découverte afin de rejoindre le théâtre.

Un jeune anarchiste italien, Sante Geronimo Caserio, parvient à s’approcher du véhicule.

Il frappe Carnot d’un coup de poignard.

La lame atteint le foie.

Le président est transporté à la préfecture.

Il meurt peu après minuit, dans la nuit du 24 au 25 juin.

La France découvre brutalement que les voyages présidentiels, conçus pour rapprocher le chef de l’État de la population, peuvent également l’exposer.

Le rituel qui avait permis aux Marseillais de voir Carnot passer à quelques mètres d’eux rendit possible son assassinat à Lyon.

La proximité présidentielle avait créé sa popularité.

Elle causa aussi sa mort.


⚰️ Le président martyr

L’assassinat provoque une émotion considérable.

Sadi Carnot devient le premier président de la République française assassiné pendant son mandat.

Sa personnalité, parfois jugée effacée de son vivant, acquiert immédiatement une dimension tragique.

Les funérailles nationales ont lieu à Paris le 1ᵉʳ juillet 1894.

Le président est inhumé au Panthéon auprès de son grand-père Lazare Carnot.

Dans toute la France, des communes donnent son nom à :

des rues,

des places,

des avenues,

des écoles

et des monuments.

La République fabrique ainsi un martyr.

L’homme discret devient une figure de l’unité nationale.

Marseille participe naturellement à cette commémoration.

La ville possède déjà son propre souvenir :

la visite d’avril 1890.


🏙️ De la place Centrale à la place Sadi-Carnot

L’ancienne place Centrale prend le nom de Sadi-Carnot.

Le choix est particulièrement heureux.

Cette place se trouve au cœur des grands travaux du XIXᵉ siècle.

Elle relie la rue de la République, la rue Colbert, la rue Méry et les voies conduisant vers les anciens quartiers portuaires.

Or Sadi Carnot avait précisément été :

ingénieur,

ministre des Travaux publics,

président de la commission des voies navigables

et défenseur des chemins de fer.

Donner son nom à un grand carrefour moderne possédait donc une cohérence presque parfaite.

Mais la place rappelait également sa venue.

Le président qui avait traversé le Marseille monumental de 1890 demeurait désormais inscrit dans son plan.

Il n’avait fait que passer dans la ville.

Son nom, lui, y restait.


🚊 Ce qu’il en reste aujourd’hui

La place Sadi-Carnot existe toujours dans le deuxième arrondissement de Marseille.

Elle demeure située au croisement de la rue de la République et de la rue Colbert.

Les lignes 2 et 3 du tramway la traversent.

Des milliers de voyageurs entendent quotidiennement le nom du président sans nécessairement savoir qui il était.

La place conserve également les traces des transformations urbaines du XIXᵉ siècle.

Son grand mur de soutènement rappelle l’ampleur des terrassements accomplis lors du percement des nouvelles artères.

Autour d’elle se trouvent encore plusieurs bâtiments associés à l’histoire maritime et commerciale de Marseille.

La place constitue donc à la fois :

un carrefour,

un souvenir présidentiel,

un vestige du Marseille haussmannien

et une porte vers le vieux centre.

Les Archives municipales de Marseille conservent de nombreuses vues anciennes de la place Sadi-Carnot, permettant de retrouver ses tramways, ses cafés, ses hôtels et son animation d’autrefois.


🎭 Un président sans éclat devenu omniprésent

Sadi Carnot ne fut probablement pas le plus puissant des présidents français.

Il ne laisse ni doctrine politique personnelle comparable au gaullisme ni grandes formules retenues par les manuels scolaires.

Il ne gouvernait pas comme le feront plus tard les présidents de la Cinquième République.

Il incarnait cependant quelque chose d’essentiel :

la normalisation de la République.

Avec lui, la République cesse progressivement d’apparaître comme une solution provisoire née de la chute d’un empire.

Elle possède :

un président,

des cérémonies,

des voyages,

des banquets,

des portraits officiels

et des foules venues l’acclamer.

Carnot ne transforme pas Marseille.

Mais sa visite montre comment la République apprend à occuper la ville.

Elle emprunte les monuments de l’Empire.

Elle pavoise les grandes avenues.

Elle reçoit les négociants au palais de la Bourse.

Elle descend la Canebière.

Elle traverse le Vieux-Port.

Puis elle laisse son nom à une place.


🇫🇷 De la Canebière à la place Sadi-Carnot

Le séjour marseillais de Sadi Carnot ne dura que quelques jours.

Il fut même perturbé par la pluie.

Mais il réunit tous les éléments des futures visites présidentielles :

une ville pavoisée,

un cortège,

des troupes,

des discours,

une foule,

un banquet

et une importante couverture médiatique.

Le président arriva comme un visiteur.

Il repartit vers La Ciotat, Toulon et la Corse.

Quatre années plus tard, son assassinat transforma le souvenir de son passage.

Marseille ne possédait pas son tombeau.

Elle ne possédait pas sa maison natale.

Elle possédait mieux pour un ancien ingénieur :

un carrefour.

Depuis plus d’un siècle, le nom de Sadi Carnot relie ainsi le port, la rue de la République et la rue Colbert.

Le président est passé.

La place est restée.


📚 Sources

Présidence de la République — Sadi Carnot — biographie officielle, carrière politique, élection, voyages présidentiels et assassinat.

Le palais de la Bourse — Notre histoire — inauguration du bâtiment et liste des banquets présidentiels, dont celui offert à Sadi Carnot le 17 avril 1890.

Archives municipales de Marseille — Collection de cartes postales anciennes — vues anciennes de la place Sadi-Carnot, de la rue Colbert et du centre-ville.

Archives municipales — La place Sadi-Carnot vers 1890 — vue ancienne de la place et de son animation.

La place Sadi-Carnot et la rue Colbert — histoire urbaine de la place Centrale et des grandes percées du XIXᵉ siècle.

Le Journal illustré de 1890 — Panorama de Marseille — reproduction de la grande vue publiée à l’occasion de la visite présidentielle.

Musées de Marseille — L’église Saint-Martin et le percement de la rue Colbert — conséquences patrimoniales des transformations urbaines conduisant vers la place Sadi-Carnot.


🔎 Pour aller plus loin

🇫🇷 Marseille Présidentielle (1) : Adolphe Thiers — Le seul chef d’État né à Marseille

🏛️ Le palais de la Bourse de Marseille

⚓ La rue de la République et le Marseille du XIXᵉ siècle

🇫🇷 Tous les épisodes de Marseille Présidentielle


🇫🇷 À suivre dans Marseille Présidentielle

Marseille Présidentielle (3) : Émile Loubet

Le président provençal revient par Marseille

La visite du 13 avril 1903, le nouveau banquet du palais de la Bourse et l’accueil réservé par Marseille à cet ancien maire de Montélimar devenu président de la République.


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Que reste-t-il aujourd’hui du passage de Sadi Carnot à Marseille ?

Le souvenir du cortège sur la Canebière ?

Le banquet du palais de la Bourse ?

Les gravures représentant Marseille sous la pluie ?

Ou simplement le nom prononcé chaque jour dans le tramway ?

Sadi Carnot ne fut pas le président le plus puissant de l’histoire française.

Mais il fut l’un de ceux qui contribuèrent le plus à rendre la République visible dans les départements.

Son assassinat transforma ensuite le fonctionnaire méthodique en martyr national.

À Marseille, sa mémoire ne repose pas dans un monument isolé.

Elle demeure au centre de la circulation quotidienne.

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