⛪ Marseille Papale (2) : Urbain V
L’abbé de Saint-Victor devenu pape
Moine bénédictin, professeur de droit, diplomate puis abbé de Saint-Victor, Guillaume de Grimoard devient pape en 1362 sous le nom d’Urbain V. Il fortifie son ancienne abbaye, consacre son maître-autel, séjourne à Marseille avant de ramener la papauté à Rome et demande finalement que son corps repose auprès des moines de la cité phocéenne.
🌿 Resumit en prouvençau
Guillaume de Grimoard nasquè vers 1310, au castèu de Grisac, dins lou Gavaudan.
Jouine, intrè dins l’ordre di beneditin.
Faguè sa proufessioun dins l’abadié de Sant-Vitour de Marsiho.
Estudiè lou dre canoun e venguè un grand proufessour.
Fuguè manda en Itàli pèr negocia au noum dóu papo.
Lou 2 d’avoust 1361, venguè abat de Sant-Vitour.
Un an après, lou 28 de setèmbre 1362, li cardinau l’elegiguèron papo, meme se participavo pas au counclave.
Prenguè lou noum d’Urban V.
Lou nouvèu papo arribè à Marsiho lou 27 d’óutobre 1362, en revenènt d’Itàli.
Pièi partiguè pèr Avignoun, mounte fuguè courouna lou 6 de nouvèmbre.
Mai Urban V oublidè jamai Sant-Vitour.
En 1363, ordounè de fourtifica e d’agrandi l’abadié.
Faguè basti lou nouvèu còr, vousta lou transept e leva la tour que porto encaro soun noum.
En 1365, Marsiho preparè uno recepcioun espetaclouso.
Li reliqui de sant Vitour, sant Cassian, sant Làzer e sant Louïs traversèron la vilo souto de grand baldaquin.
Li mestié pendeguèron si bandiero.
Degun devié travaia.
À la mita d’óutobre, lou papo arribè dins la vilo.
Lou 15 d’óutobre 1365, consacrè lou nouvèu grand autar de Sant-Vitour.
En 1367, decidè de ramena lou sèti dóu papo à Roumo.
Arribè à Marsiho au mes de mai.
Restè dins soun anciano abadié avans de s’embarca, lou 19 de mai, sus uno galèro veniciano.
Intrè à Roumo lou 16 d’óutobre 1367.
Èro lou proumié papo, despuei sièissanto an, à reveni dins sa vilo episcoupalo.
Mai l’Itàli èro encaro en guerro.
En 1370, Urban V decidè de tourna à Avignoun.
Desbarquè mai à Marsiho lou 16 de setèmbre.
Tres mes après, lou 19 de desèmbre, mouriguè à Avignoun.
Avié demanda de repausa à Sant-Vitour.
En 1372, si rèsto fuguèron pourta à Marsiho e plaça dins un grand toumbèu gotic.
Li pelerin venguèron pèr milié.
Lou toumbèu dispareiguè à l’epoco de la Revoulucioun.
Mai l’enfèu es encaro vesible dins l’abadié.
Urban V voulguè rendre Roumo à la papauta.
Marsiho, elo, i dounè :
uno abadié, uno memòri e un toumbèu.
🏰 Le pape qui a changé le paysage de Marseille
Innocent IV n’était resté que quelques jours à Marseille.
Urbain V entretient avec la ville une relation beaucoup plus profonde.
Il y fut :
moine,
abbé,
bâtisseur,
pèlerin,
voyageur,
protecteur
et finalement défunt royalement enseveli.
Aucun autre pape n’a laissé une marque aussi importante sur le paysage médiéval de Marseille.
Lorsque nous regardons aujourd’hui la silhouette fortifiée de Saint-Victor depuis le Vieux-Port, nous contemplons en grande partie :
l’abbaye voulue par Urbain V.
🌄 Un enfant du Gévaudan
Guillaume de Grimoard naît vers 1310 au château de Grizac, dans le Gévaudan, aujourd’hui en Lozère.
Sa famille appartient à la petite noblesse locale.
Le jeune Guillaume grandit dans un territoire montagneux situé entre le Massif central, le Languedoc et la vallée du Rhône.
Une tradition ancienne fait d’Elzéar de Sabran son parrain.
Elzéar appartient à une grande famille provençale et mène une existence réputée exemplaire.
Devenu pape, Guillaume proclamera sa sainteté en 1369.
Le futur Urbain V est tonsuré dès l’enfance.
Il s’oriente rapidement vers les études et la vie religieuse.
Son chemin va bientôt le conduire vers une abbaye dont il ne se détachera jamais :
Saint-Victor de Marseille.
🕯️ Un jeune bénédictin
Vers 1327, Guillaume entre au prieuré bénédictin de Chirac.
Le monastère dépend de la puissante congrégation de Saint-Victor.
Il rejoint ensuite Marseille pour y accomplir sa profession monastique.
Le jeune homme découvre alors une abbaye à l’histoire prestigieuse.
Saint-Victor s’élève sur la rive sud du port, au-dessus d’anciennes carrières et d’une nécropole paléochrétienne.
Le sanctuaire conserve la mémoire :
du martyr Victor,
de Jean Cassien,
des premiers chrétiens de Marseille
et de plusieurs siècles de vie monastique.
Guillaume de Grimoard devient officiellement fils de cette maison.
Même lorsqu’il voyage en France ou en Italie, même lorsqu’il dirige d’autres monastères, même lorsqu’il devient souverain pontife, il continue de se considérer comme :
un moine de Saint-Victor.
📚 Le moine devient professeur
Guillaume possède un goût exceptionnel pour l’étude.
Il fréquente les universités de :
Montpellier,
Toulouse,
Avignon
et Paris.
Il se spécialise dans le droit canon.
Cette matière réglemente les institutions de l’Église, les tribunaux ecclésiastiques, les élections, les bénéfices, les mariages et les rapports entre les pouvoirs religieux.
Guillaume obtient son doctorat en 1342.
Il enseigne ensuite dans plusieurs universités.
Sa réputation de juriste dépasse rapidement le monde monastique.
Les papes installés à Avignon remarquent cet homme :
instruit,
méthodique,
austère
et capable de comprendre les affaires politiques les plus complexes.
Le moine de Marseille devient diplomate.
🇮🇹 Le négociateur des papes
L’Italie du XIVᵉ siècle est divisée entre une multitude de puissances.
Les villes, les familles princières, les royaumes et les mercenaires s’affrontent continuellement.
Les papes d’Avignon possèdent toujours d’importants territoires dans la péninsule.
Mais leur autorité y est contestée.
Guillaume de Grimoard reçoit plusieurs missions diplomatiques.
Il doit négocier avec les redoutables Visconti de Milan, défendre les intérêts pontificaux et tenter de rétablir la paix.
Ces missions sont dangereuses.
Les négociations peuvent dégénérer.
Les messagers du pape ne bénéficient pas toujours d’un accueil chaleureux.
Une légende raconte même que Bernabò Visconti aurait forcé Guillaume à avaler une lettre pontificale.
L’anecdote est difficile à vérifier.
Elle traduit néanmoins la violence des rapports politiques italiens.
Guillaume ne se décourage pas.
Il devient l’un des hommes de confiance de la papauté avignonnaise.
🏛️ Abbé de Saint-Germain d’Auxerre
En 1352, Guillaume devient abbé de Saint-Germain d’Auxerre.
Là encore, il cherche à restaurer la discipline monastique, les bâtiments et les finances de la communauté.
La région est frappée par la guerre de Cent Ans.
Les armées anglaises et françaises se disputent les territoires.
Les monastères doivent payer des rançons, loger des soldats et défendre leurs possessions.
Guillaume apprend à gouverner dans une époque de crise.
Il n’est pas seulement un intellectuel.
Il sait :
administrer,
négocier,
réformer,
financer des travaux
et protéger une communauté.
Toutes ces expériences lui seront bientôt utiles à Marseille.
🔑 2 août 1361 : abbé de Saint-Victor
Le 2 août 1361, Guillaume de Grimoard est élu abbé de Saint-Victor.
Il revient ainsi à la maison dans laquelle il avait prononcé ses vœux.
L’abbaye demeure prestigieuse.
Mais elle doit affronter une époque particulièrement difficile.
La Provence a subi les épidémies de peste.
La guerre de Cent Ans a libéré des milliers de mercenaires.
Lorsque les souverains concluent une trêve, ces soldats ne rentrent pas tranquillement chez eux.
Ils forment des bandes appelées :
les Grandes Compagnies.
Ces routiers vivent du pillage, des rançons et de la violence.
Ils attaquent :
les villages,
les monastères,
les voyageurs,
les domaines agricoles
et parfois les villes.
Saint-Victor, située à l’extérieur des anciennes murailles urbaines, se trouve particulièrement exposée.
Guillaume comprend que l’abbaye doit pouvoir se défendre.
Il n’aura pourtant pas immédiatement le temps de conduire lui-même les travaux.
Un an après son élection abbatiale, il repart en mission.
👑 Un pape élu en son absence
Le pape Innocent VI meurt le 12 septembre 1362.
Les cardinaux se réunissent à Avignon pour lui choisir un successeur.
Guillaume de Grimoard se trouve alors en Italie pour une mission diplomatique.
Il n’est pas cardinal.
Il ne participe donc pas au conclave.
Les électeurs peinent à s’accorder sur l’un des leurs.
Ils choisissent finalement un homme extérieur au Sacré Collège.
Le 28 septembre 1362, Guillaume est élu pape.
L’élection doit rester secrète pendant que des messagers partent le prévenir.
Les cardinaux craignent que les puissances italiennes ne le retiennent si elles apprennent trop tôt la nouvelle.
Guillaume reçoit finalement le message.
L’abbé de Saint-Victor vient de devenir :
le 200ᵉ pape de l’Église catholique.
Il prend le nom d’Urbain V.
⚓ 27 octobre 1362 : le pape élu débarque à Marseille
Guillaume quitte rapidement l’Italie.
Il traverse la Méditerranée et débarque à Marseille le 27 octobre 1362.
Il n’a pas encore reçu la couronne pontificale.
Mais il est déjà le pape élu.
Cette arrivée constitue le premier passage marseillais de son pontificat.
Nous ignorons l’ampleur exacte de la réception.
La nouvelle de son élection doit cependant provoquer une joie considérable à Saint-Victor.
L’abbé parti en mission revient revêtu de la plus haute dignité de l’Église.
Il gagne ensuite Avignon.
Le 6 novembre 1362, Guillaume de Grimoard est solennellement couronné.
L’abbé de Marseille devient le sixième pape résidant à Avignon.
Il ne s’agit nullement d’un antipape.
Urbain V est alors reconnu comme le pape légitime de l’Église universelle.
🕊️ Un pape resté moine
Urbain V conserve une grande partie de ses habitudes bénédictines.
Il mène une vie plus austère que celle de nombreux membres de la cour pontificale.
Il apprécie peu le luxe excessif.
Il souhaite réformer le clergé, lutter contre les abus et améliorer la formation des prêtres.
Son gouvernement demeure cependant celui d’un souverain médiéval.
La papauté possède :
une administration,
des territoires,
une diplomatie,
des tribunaux,
des revenus
et des armées.
Urbain V doit donc concilier la simplicité du moine avec les responsabilités d’un prince.
Il ne réussit pas toujours à satisfaire tout le monde.
Un pape qui vit comme un bénédictin peut facilement contrarier des cardinaux habitués à une cour beaucoup plus confortable.
🧱 Janvier 1363 : Saint-Victor devient une forteresse
Quelques mois après son élection, Urbain V se préoccupe de son ancienne abbaye.
En janvier 1363, il ordonne le renforcement de Saint-Victor.
Le maître maçon Rastin dirige le chantier.
Les travaux concernent à la fois :
la défense,
l’église,
le chœur,
le transept
et les bâtiments monastiques.
L’abbaye doit résister aux Grandes Compagnies et participer à la protection de l’entrée du port.
Les murs sont renforcés.
Le transept est voûté.
Un nouveau chevet est construit.
Une imposante tour s’élève au-dessus du croisillon nord.
Elle prendra le nom de :
tour d’Urbain V.
🏰 L’abbaye devient la clef du port
La transformation est spectaculaire.
Saint-Victor prend l’apparence d’une forteresse.
Ses murs massifs, ses créneaux, ses tours et ses contreforts dominent la rive sud.
L’architecture religieuse se confond avec l’architecture militaire.
Le monastère protège ses moines.
Il surveille également l’entrée du port.
Un siècle plus tard, le roi René considérera encore Saint-Victor comme :
la clef du port et de la ville.
L’aspect actuel de l’abbaye doit énormément aux travaux commandés par Urbain V.
L’ancien abbé devenu pape ne se contente donc pas d’envoyer quelques reliques ou quelques pièces de monnaie.
Il modifie durablement :
la silhouette de Marseille.
💰 Le pape aide aussi le Vieux-Port
Urbain V ne limite pas sa générosité à Saint-Victor.
Le port doit être régulièrement curé.
Les dépôts de vase et les matériaux transportés par les eaux peuvent gêner la circulation des navires.
Les travaux coûtent cher.
Le pape prête de l’argent à la ville pour permettre leur réalisation.
Ce soutien répond naturellement à un intérêt stratégique.
Un port entretenu facilite :
le commerce,
la défense,
l’arrivée des voyageurs
et les déplacements de la cour pontificale.
Mais il montre également que l’ancien abbé continue de s’intéresser directement aux affaires marseillaises.
Le pape de Rome réside à Avignon.
Son regard, lui, demeure souvent tourné vers Marseille.
🗳️ La ville prépare une réception extraordinaire
En 1365, Urbain V annonce son intention de revenir à Saint-Victor.
La municipalité marseillaise ne souhaite pas improviser.
Dès le 14 mai, le conseil organise les cérémonies.
Une commission choisit l’itinéraire de la procession.
Des hommes honorables sont désignés pour porter les reliques.
Des étoffes sont achetées pour fabriquer les dais.
Les confréries et les métiers doivent participer.
Les murailles seront ornées de bannières.
Le jour de l’entrée pontificale sera chômé.
Marseille ne reçoit plus simplement un ancien abbé.
Elle reçoit :
son ancien abbé devenu pape.
🕯️ Les saints de Marseille sortent à sa rencontre
La cérémonie prévue associe la papauté à toute la mémoire religieuse de la ville.
Urbain V offre une nouvelle châsse destinée à la tête de saint Victor.
Le reliquaire doit être porté sous un dais.
D’autres reliques suivent dans la procession :
celles de saint Cassien,
de saint Lazare
et de saint Louis.
Les confréries défilent.
Les métiers présentent leurs bannières.
Les autorités municipales accompagnent les autorités religieuses.
La ville organise ainsi une immense mise en scène de son identité.
Marseille affirme qu’elle est :
la ville de Victor,
la ville de Cassien,
la ville de Lazare
et désormais
la ville d’un pape.
🎉 Octobre 1365 : une entrée triomphale
Urbain V arrive à Marseille vers le milieu du mois d’octobre 1365.
Son entrée est solennelle.
Il est accueilli près de l’église Saint-Lazare par l’évêque Guillaume Sudre.
Le cortège traverse ensuite plusieurs quartiers de la ville.
Il passe notamment par les environs :
des Trinitaires,
de la place de Lenche,
des Accoules
et du port.
Puis la procession gagne Saint-Victor.
La réception frappe les contemporains.
Pétrarque écrit que les Marseillais accueillent le pape :
« comme Dieu lui-même »
La formule est naturellement excessive.
Elle traduit néanmoins l’enthousiasme de la ville.
Marseille a parfois la réputation d’exagérer.
Pour recevoir un pape qui avait été son abbé, elle possédait cette fois une excellente excuse.
✝️ 15 octobre 1365 : le nouvel autel
Le 15 octobre 1365, Urbain V consacre le nouveau maître-autel de Saint-Victor.
La cérémonie marque l’achèvement d’une étape essentielle des travaux.
Le pape bénit ainsi l’église qu’il a contribué à transformer.
Le nouveau maître-autel se trouve dans le chœur gothique édifié sous son autorité.
Il a aujourd’hui disparu.
Mais la partie orientale de l’abbatiale conserve encore l’empreinte de cette campagne de construction.
L’événement dépasse une simple cérémonie liturgique.
Le pape consacre :
l’autel de ses anciens frères,
le cœur spirituel de l’abbaye
et le monument qu’il laissera à Marseille.
L’ancien moine revient bénir sa maison.
📚 Le protecteur des études
Urbain V ne s’intéresse pas seulement aux forteresses et aux monastères.
Il considère l’enseignement comme une mission essentielle de l’Église.
Il soutient les universités et les collèges.
Son pontificat est associé au développement ou à la reconnaissance d’établissements à :
Cracovie,
Pécs,
Pavie,
Montpellier,
Toulouse
et dans plusieurs villes du Midi.
Il finance des étudiants pauvres.
Il encourage l’étude :
du droit,
de la médecine,
de la théologie
et des arts.
Cette politique correspond parfaitement au parcours de Guillaume de Grimoard.
Avant de gouverner l’Église, il avait passé une grande partie de sa vie à étudier et à enseigner.
Le bâtisseur de Saint-Victor est également :
un bâtisseur d’écoles.
⚔️ Une Europe en désordre
Le pontificat d’Urbain V se déroule dans un monde troublé.
La guerre de Cent Ans ravage la France.
Les Grandes Compagnies pillent la vallée du Rhône et la Provence.
Les Visconti menacent les territoires pontificaux en Italie.
L’Empire byzantin recule face aux Ottomans.
Les royaumes chrétiens tentent d’organiser de nouvelles croisades.
Urbain V cherche à intervenir partout.
Il négocie avec :
les rois de France et d’Angleterre,
l’empereur Charles IV,
la reine Jeanne de Naples,
les princes italiens,
le roi de Chypre
et l’empereur byzantin.
Son ambition principale demeure cependant le retour du pape à Rome.
🇮🇹 Rendre Rome à la papauté
Depuis 1309, les papes résident en Avignon.
La ville offre :
la sécurité,
un palais puissant,
une administration efficace
et la proximité du royaume de France.
Mais l’absence pontificale affaiblit Rome.
Les États de l’Église sont menacés.
Les grandes familles romaines s’affrontent.
Les basiliques et les palais se dégradent.
Des voix prestigieuses réclament le retour.
Pétrarque supplie les papes de quitter Avignon.
Brigitte de Suède insiste à son tour.
Le cardinal Albornoz travaille à restaurer l’autorité pontificale en Italie.
Urbain V partage cette conviction.
L’évêque de Rome doit vivre :
à Rome.
😨 Les cardinaux préfèrent Avignon
Le projet ne réjouit pas tout le monde.
Une majorité de cardinaux est française.
Beaucoup apprécient la sécurité et le confort d’Avignon.
Ils possèdent dans la région :
des maisons,
des domaines,
des relations,
des familles
et d’excellentes caves.
L’Italie leur paraît dangereuse.
Rome est instable.
Les routes sont menacées.
Les palais pontificaux nécessitent d’importants travaux.
Les cardinaux tentent donc de convaincre Urbain V de rester en Provence.
Le pape résiste.
En 1367, il annonce son départ.
Pour gagner Rome, il doit une nouvelle fois passer par :
Marseille.
🛣️ D’Avignon au grand port
Urbain V quitte Avignon à la fin du mois d’avril 1367.
La cour pontificale traverse la Provence.
Le cortège passe par :
Noves,
Orgon,
Aix
puis Marseille.
Le pape arrive au grand port vers le 6 mai.
Les récits marseillais évoquent traditionnellement une vingtaine de jours entre son départ d’Avignon et son embarquement.
Son séjour dans la ville elle-même dure probablement près de deux semaines.
Il s’installe à Saint-Victor.
Un consistoire peut s’y tenir.
La papauté gouverne temporairement depuis l’abbaye.
Pendant quelques jours :
Saint-Victor devient presque un palais apostolique.
⚓ Une flotte attend dans le port
Le voyage vers l’Italie nécessite une véritable flotte.
Des navires arrivent de :
Venise,
Gênes,
Naples,
Pise,
Ancône
et Rhodes.
Les chevaliers de l’Hôpital participent à la protection du convoi.
Leur grand maître commande une célèbre galère noire.
Urbain V embarque sur une galère vénitienne envoyée par le doge.
Plusieurs cardinaux l’accompagnent.
Les quais marseillais doivent offrir un spectacle extraordinaire.
Des galères de différentes puissances méditerranéennes se rassemblent autour d’un pape décidé à reconquérir sa propre capitale.
Le port n’accueille plus seulement un voyageur.
Il devient le point de départ d’un événement majeur de l’histoire de l’Église.
🌊 19 mai 1367 : le départ pour Rome
Le 19 mai 1367, la flotte quitte Marseille.
Urbain V s’éloigne de Saint-Victor et prend la direction de l’Italie.
Le convoi longe les côtes.
Il fait notamment escale à Gênes, puis près de Pise.
La situation italienne demeure trop dangereuse pour que le pape gagne immédiatement Rome.
Il séjourne dans plusieurs villes et attend que les conditions militaires deviennent plus favorables.
Le voyage entrepris à Marseille ne s’achève que cinq mois plus tard.
Le 16 octobre 1367, Urbain V fait enfin son entrée solennelle dans Rome.
Il devient le premier pape depuis environ soixante ans à résider dans son propre diocèse.
Marseille avait rendu le pape à Rome.
🏛️ Un pape dans la Ville éternelle
À Rome, Urbain V entreprend d’importants travaux.
Il restaure :
les basiliques,
les églises,
les palais pontificaux
et plusieurs bâtiments abandonnés.
Il cherche également à rétablir l’ordre et l’autorité de l’Église.
En 1368, l’empereur Charles IV vient à sa rencontre.
Le pape et l’empereur entrent ensemble dans Rome.
L’image possède une grande force symbolique.
En 1369, l’empereur byzantin Jean V Paléologue vient à son tour.
Il cherche une aide occidentale contre l’avancée ottomane et professe la foi catholique en présence du pape.
Urbain V paraît alors avoir réussi.
Rome est redevenue le centre visible de la papauté.
Mais la victoire demeure fragile.
🌹 La rose d’or de la reine Jeanne
La reine Jeanne de Naples, qui est également comtesse de Provence, rencontre Urbain V à Rome.
Le pape lui remet la rose d’or.
Cette distinction pontificale est exceptionnellement accordée à une femme.
Certains membres de la cour s’en étonnent.
Une réplique célèbre est attribuée à Urbain V :
« On n’avait jamais vu non plus l’abbé de Marseille devenir pape ! »
La formule résume parfaitement son destin.
Guillaume de Grimoard ne vient pas d’une grande dynastie royale.
Il n’appartient même pas au collège des cardinaux lorsqu’il est élu.
Il est simplement :
un moine,
un juriste,
un diplomate
et l’abbé d’un monastère marseillais.
Cela suffit pourtant à le conduire jusqu’au trône de saint Pierre.
🌩️ Rome reste dangereuse
La situation italienne ne se stabilise pas.
Les villes se révoltent.
Les familles rivales poursuivent leurs conflits.
Les Visconti demeurent puissants.
Le cardinal Albornoz, principal artisan de la restauration des États pontificaux, meurt en 1367.
Urbain V perd ainsi l’un de ses soutiens les plus efficaces.
Les cardinaux français réclament toujours le retour à Avignon.
Le pape espère également intervenir plus facilement dans la guerre entre la France et l’Angleterre.
Après trois années passées en Italie, il finit par céder.
Sa décision provoque de vives protestations.
Brigitte de Suède le supplie de ne pas repartir.
Mais Urbain V prend une nouvelle fois la mer.
⚓ 16 septembre 1370 : retour à Marseille
Le 16 septembre 1370, la flotte pontificale entre dans le port de Marseille.
Trois ans plus tôt, Urbain V était parti de cette même ville pour restaurer la papauté à Rome.
Il revient désormais vers Avignon.
Le voyage possède une dimension presque mélancolique.
Son grand projet romain n’a pas complètement échoué.
Il a montré qu’un pape pouvait retourner dans la Ville éternelle.
Il a restauré des monuments et réaffirmé la présence pontificale.
Mais il n’a pas réussi à y établir durablement sa cour.
Urbain V retrouve Saint-Victor et Marseille pour la dernière fois.
Il gagne ensuite Avignon, où il arrive le 27 septembre.
🕊️ La mort du pape
La santé d’Urbain V se dégrade rapidement.
Il meurt à Avignon le 19 décembre 1370.
Il est âgé d’environ soixante ans.
Son corps est d’abord inhumé dans la cathédrale Notre-Dame-des-Doms.
Mais le pape avait exprimé un autre souhait.
Il voulait que sa dépouille repose dans l’abbaye où il avait prononcé ses vœux.
Il ne choisit pas :
Rome,
Avignon,
Gênes,
Montpellier
ou le château de son enfance.
Il choisit :
Saint-Victor de Marseille.
⚰️ 1372 : le pape revient dans son abbaye
Le transfert n’est pas immédiat.
Il faut préparer un tombeau digne d’un souverain pontife.
Le successeur d’Urbain V, Grégoire XI, commande un monument gothique au maître tailleur de pierre Jean Joglari.
Le 31 mai 1372, le cercueil quitte Avignon.
Il prend la route de Marseille.
Le 5 juin, une grande cérémonie est organisée à Saint-Victor.
Le frère du défunt, le cardinal Anglic de Grimoard, préside les funérailles.
Des évêques, des abbés, des religieux et les autorités de la ville accompagnent la dépouille.
Guillaume de Grimoard retrouve définitivement sa communauté.
Le pape redevient moine parmi les moines.
🪦 Un tombeau de sept mètres
Le monument élevé dans le chœur de Saint-Victor est spectaculaire.
Il mesure environ :
sept mètres de hauteur
et près de quatre mètres de largeur.
Un gisant représente Urbain V revêtu des ornements pontificaux.
Le tombeau s’élève dans un grand enfeu aménagé sur le côté du chœur.
La monumentalité peut sembler en contradiction avec la simplicité bénédictine du défunt.
Mais il ne s’agit pas seulement d’honorer un homme.
Le tombeau affirme le prestige de :
Saint-Victor,
Marseille,
la famille Grimoard
et la papauté avignonnaise.
La ville possède désormais ce qu’aucune autre grande cité française ne peut revendiquer :
le tombeau d’un pape régnant.
✨ Des centaines de miracles signalés
Les pèlerins affluent rapidement.
Urbain V possède une réputation de sainteté.
Entre 1376 et 1378, les enquêteurs recueillent environ 380 récits de guérisons, de grâces ou de miracles présumés attribués à son intercession.
La procédure de canonisation commence.
Mais l’Église entre bientôt dans une crise terrible.
Après la mort de Grégoire XI, deux papes rivaux sont élus.
Le Grand Schisme d’Occident divise la chrétienté.
La cause d’Urbain V est interrompue.
Le pape de Marseille devra attendre plusieurs siècles avant d’obtenir une reconnaissance officielle.
🔨 Le tombeau déplacé
En 1751, l’abbaye de Saint-Victor est sécularisée.
Elle devient une collégiale de chanoines.
Le chœur doit être réaménagé.
Le tombeau d’Urbain V gêne l’installation des nouvelles stalles.
Les chanoines font alors ouvrir le monument et déplacer le cercueil.
Ils envisagent de construire un nouveau tombeau.
Le projet ne sera jamais mené à son terme.
Quelques décennies plus tard survient la Révolution française.
Saint-Victor est bouleversée.
Les bâtiments sont abandonnés ou transformés.
Le mobilier disparaît.
La trace certaine du cercueil d’Urbain V se perd.
❓ Où se trouve son corps ?
La tradition religieuse continue d’affirmer qu’Urbain V repose à Saint-Victor.
Mais l’emplacement exact de ses ossements n’est plus connu avec certitude.
Ils ont pu être :
déplacés,
cachés,
dispersés
ou replacés dans une sépulture non identifiée.
Le grand tombeau gothique a disparu.
Aucune de ses sculptures originales n’a été retrouvée.
Il subsiste cependant l’enfeu, c’est-à-dire la niche monumentale qui abritait autrefois le tombeau.
Depuis 1980, un moulage du gisant conservé sur le cénotaphe d’Avignon y rappelle la présence du pape.
Saint-Victor conserve donc :
l’emplacement du tombeau, sinon la certitude de la dépouille.
🙏 1870 : Urbain V devient bienheureux
La cause d’Urbain V est finalement reprise au XIXᵉ siècle.
Le 10 mars 1870, le pape Pie IX le proclame bienheureux.
Il est le seul des papes d’Avignon à avoir reçu cette reconnaissance.
Sa fête liturgique est célébrée le 19 décembre, jour anniversaire de sa mort.
Le diocèse de Marseille conserve son office propre.
Le moine devenu pape appartient donc toujours à la mémoire religieuse locale.
Il n’est pas seulement un personnage historique lié à l’architecture de Saint-Victor.
Pour les catholiques, il est également :
le bienheureux Urbain V.
🗺️ Ce qu’il en reste aujourd’hui
L’empreinte d’Urbain V demeure particulièrement visible à Marseille.
🏰 1. La tour d’Urbain V
La tour domine encore la partie nord de l’abbatiale.
Elle appartenait au système défensif voulu par le pape.
Sa partie supérieure a été transformée au fil des siècles.
Mais sa masse rappelle la fonction militaire de Saint-Victor.
L’abbaye devait protéger les religieux tout en surveillant l’entrée du port.
⛪ 2. Le chevet gothique
Le chœur et le chevet de Saint-Victor témoignent de la grande campagne de travaux entreprise à partir de 1363.
Les voûtes, les contreforts et l’abside carrée tranchent avec les parties romanes plus anciennes.
L’architecture permet ainsi de lire plusieurs siècles d’histoire dans un même édifice.
Urbain V n’a pas entièrement construit Saint-Victor.
Mais il lui a donné une part essentielle de son visage actuel.
🪦 3. L’enfeu du pape
La niche ayant abrité le tombeau gothique est toujours visible.
Le moulage du gisant rappelle le monument disparu.
C’est aujourd’hui la trace la plus directe de la sépulture d’Urbain V à Marseille.
Le visiteur se trouve devant :
un tombeau sans certitude de corps,
un gisant qui est une copie,
et pourtant
un lieu de mémoire parfaitement authentique.
⚓ 4. Le Vieux-Port
Urbain V s’intéressa au curage du port.
Il y débarqua en 1362.
Il y revint en 1365.
Il y rassembla sa flotte en 1367.
Il y aborda une dernière fois en 1370.
Le Vieux-Port relie donc toutes les étapes marseillaises de son pontificat.
Pour Innocent IV, Marseille avait été un embarcadère.
Pour Urbain V, elle fut :
un port d’arrivée, de départ et de retour.
🛣️ 5. La rue Urbain-V
Une rue de Marseille porte le nom du pape.
Elle se trouve dans le secteur de la Belle-de-Mai.
Le nom paraît modeste face à l’importance du personnage.
Mais il maintient sa présence dans la géographie quotidienne de la ville.
Des Marseillais empruntent ainsi une rue dédiée à un homme qui transforma Saint-Victor et tenta de replacer la papauté à Rome.
🌍 Un héritage bien plus vaste
L’œuvre d’Urbain V dépasse Marseille.
Il soutient les universités.
Il réforme plusieurs monastères.
Il restaure les édifices romains.
Il tente de rapprocher les Églises d’Orient et d’Occident.
Il reçoit :
un empereur germanique,
un empereur byzantin,
des rois,
des reines,
des ambassadeurs
et des religieux venus de toute l’Europe.
Mais aucun lieu ne résume mieux sa personnalité que Saint-Victor.
L’abbaye réunit :
le moine,
le juriste,
le bâtisseur,
le pape,
le voyageur
et le bienheureux.
⚜️ Le plus marseillais des papes
Urbain V n’est pas né à Marseille.
Il n’y passe pas la majorité de sa vie.
Il ne parle probablement pas de la ville comme un Marseillais de naissance.
Mais il y prononce ses vœux.
Il en dirige la grande abbaye.
Il protège son port.
Il transforme son paysage.
Il y séjourne à plusieurs reprises.
Il part de Marseille pour rendre Rome à la papauté.
Il demande enfin que son corps soit ramené auprès de ses anciens frères.
Aucun autre pape ne possède une relation aussi complète avec la cité.
Innocent IV passa par Marseille.
Urbain V appartint à Marseille.
Il voulut rendre Rome à la papauté.
Marseille lui donna :
une abbaye,
un port,
et un tombeau.
📚 Sources
Diocèse de Marseille — Des papes à Marseille ! — synthèse du lien entre Urbain V et Saint-Victor, travaux de fortification, séjours marseillais, retour de Rome, transfert de la dépouille et disparition du tombeau.
Saint-Siège — Urbain V — fiche officielle du 200ᵉ pape : nom civil, lieu de naissance et dates du pontificat.
Provence historique — L’abbaye de Saint-Victor au temps d’Urbain V — étude universitaire consacrée à la jeunesse de Guillaume de Grimoard, son élection comme abbé et les mesures prises en faveur de Saint-Victor.
Ausonius Éditions — L’assemblée marseillaise au XIVᵉ siècle — délibérations municipales préparant l’entrée solennelle de 1365, procession des reliques, dais, confréries et participation des métiers.
Presses universitaires de Provence — Pourquoi Marseille ne fut-elle jamais capitale ? — rôle portuaire de Marseille et séjours pontificaux d’Urbain V à Saint-Victor en 1365 et 1367.
Office de tourisme de Marseille — L’abbaye Saint-Victor — histoire architecturale du monument, fortifications et place de l’abbaye dans la défense du port.
Marseille Tourisme — Saint-Victor, cryptes et tombeau d’Urbain V — description des travaux, entrée pontificale de 1365, transfert du cercueil en 1372 et dimensions du tombeau gothique.
Université Notre-Dame — Bienheureux Urbain V — formation bénédictine, activité universitaire, retour à Rome et béatification par Pie IX.
Catholic Encyclopedia — Urbain V — départ d’Avignon, embarquement à Marseille le 19 mai 1367, voyage maritime et entrée à Rome le 16 octobre.
Association des amis du bienheureux pape Urbain V — Sa vie — retour par Marseille le 16 septembre 1370 et arrivée à Avignon le 27 septembre.
🔎 Pour aller plus loin
⛵ Marseille Papale (1) : Innocent IV
🏰 L’abbaye Saint-Victor de Marseille
🕯️ La Chandeleur et les navettes de Saint-Victor
👑 Marseille Royale (1) : le roi René
⛵ À suivre dans Marseille Papale
Marseille Papale (3) : Grégoire XI
Douze jours à Marseille avant le retour définitif à Rome
Dernier pape français reconnu de la période avignonnaise, Grégoire XI séjourne douze jours à Marseille en 1376. La ville le couvre d’honneurs et de poissons avant son embarquement vers l’Italie. Son retour replace définitivement le siège pontifical à Rome, mais sa mort ouvre presque aussitôt le Grand Schisme d’Occident.
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Son élection alors qu’il n’était même pas cardinal ?
La transformation de Saint-Victor en forteresse ?
L’entrée solennelle de 1365 ?
La flotte rassemblée dans le Vieux-Port en 1367 ?
Son retour manqué à Rome ?
Ou le mystère entourant aujourd’hui sa dépouille ?
Avez-vous déjà vu la tour d’Urbain V, son enfeu ou le moulage de son gisant à Saint-Victor ?
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Le prochain pape quittera lui aussi Marseille pour Rome.
Mais son voyage changera définitivement l’histoire de l’Église.
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