Quand la charité fit sa dernière halte à Marseille

 Frédéric Ozanam mourut rue Montgrand avant un humble office dans l’église Saint-Charles du centre-ville.

📅 Mercredi 9 septembre 2026





⛪ Saint du jour

Bienheureux Frédéric Ozanam, 1813-1853

Né à Milan le 23 avril 1813 et élevé à Lyon, Frédéric Ozanam fut avocat, historien et professeur de littérature étrangère à la Sorbonne.

En 1833, alors qu’il n’avait que vingt ans, il fonda avec plusieurs compagnons une Conférence de charité destinée à visiter personnellement les familles pauvres de Paris. Guidé notamment par sœur Rosalie Rendu, le groupe se plaça sous le patronage de saint Vincent de Paul. Il devint la Société de Saint-Vincent-de-Paul.

Ozanam ne fut ni prêtre ni religieux. Il était époux, père de famille, universitaire et chrétien engagé dans les débats sociaux de son temps. Il considérait que la charité ne pouvait être séparée de la justice et de la dignité humaine.

Malade, il mourut à Marseille le 8 septembre 1853, à seulement quarante ans. Jean-Paul II le béatifia à Notre-Dame de Paris le 22 août 1997.

Sa fête a été fixée au 9 septembre, car le 8 septembre est déjà consacré à la Nativité de la Vierge Marie.

Évangile associé : « N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. » (1 Jean 3, 18)

Prière : Bienheureux Frédéric Ozanam, apprenez-nous à rencontrer les pauvres comme des frères, à unir la charité et la justice et à servir sans rechercher les honneurs.


🌿 Resumit en prouvençau

Frederi Ozanam, laïc, espous e paire de famiho, consacrè sa vido à la fe, à l’ensignamen e au servici dei paure.

En 1833, emé quàuqui jouine coumpagnoun, fondè à Paris uno Couferènci de Carita que venguè pièi la Soucieta de Sant Vincènt de Pau.

Malaut, revenguè d’Itàli e mouriguè à Marsiho lou 8 de setèmbre 1853, dins un oustau meublat de la carriero Mountgrand.

Un pichot oufice fuguè celebra dins la glèiso Sant-Carle, entre Grignan e Breteuil, avans que soun cors partiguèsse pèr Paris.

Encuei, uno placo sus la carriero Mountgrand e un medalhoun dins la glèiso gardon sa memòri. E la paròqui Sant-Carle tèn encaro uno Couferènci de Sant-Vincènt-de-Pau.


📝 Article

À première vue, Marseille n’occupe que les dernières pages de la vie de Frédéric Ozanam. Il n’y naquit pas, n’y étudia pas et n’y fonda aucune œuvre. Pourtant, la ville fut le théâtre de ses derniers jours, de sa mort et d’un office funèbre dont les archives ont conservé les détails.

Cette mémoire tient dans deux lieux du centre-ville séparés par quelques centaines de mètres : une façade de la rue Montgrand et l’église Saint-Charles-Borromée, au croisement des rues Grignan et Breteuil.


Une plaque discrète rue Montgrand

Au 9, rue Montgrand, une plaque rappelle que Frédéric Ozanam mourut à cet emplacement le 8 septembre 1853.

Très affaibli par une maladie généralement identifiée comme une tuberculose rénale, il avait quitté la France en espérant que le climat italien améliorerait son état. Il séjourna notamment à Pise, où il composa le jour de ses quarante ans sa célèbre Prière de Pise.

La maladie continua pourtant de progresser. À la fin du mois d’août 1853, Ozanam revint en France par Marseille. Il fut installé dans un hôtel meublé de la rue Montgrand. Il y mourut quelques jours plus tard, entouré des siens.

Le bâtiment actuel n’est pas exactement celui qu’il connut. L’ancien hôtel fut remplacé vers 1870 et la numérotation de la rue a évolué. La plaque conserve donc la mémoire de l’emplacement, mais la chambre dans laquelle Ozanam rendit son dernier souffle n’existe plus.

C’est l’un de ces lieux marseillais devant lesquels on passe quotidiennement sans soupçonner qu’ils appartiennent à une histoire internationale.


Des funérailles presque sans témoins

Le corps d’Ozanam demeura environ cinquante-huit heures dans l’hôtel de la rue Montgrand. Il fut placé dans un cercueil de plomb afin de permettre son transport jusqu’à Paris.

Le dimanche 11 septembre 1853, la levée du corps eut probablement lieu vers six ou sept heures du matin. Un service très simple fut célébré dans l’église Saint-Charles.

Un reçu conservé par la famille et étudié par l’historien J.-M. Maurin mentionne :

  • une messe basse ;

  • un autel tendu de noir ;

  • une absoute chantée ;

  • seulement quarante chaises.

Les membres marseillais de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ne semblent pas avoir été prévenus à temps pour cette première cérémonie. Ils furent invités à participer à un second service funèbre le lundi 12 septembre à neuf heures.

Il est donc plus exact de parler de deux temps de prière à Saint-Charles, plutôt que d’une unique grande messe solennelle.

Après cette étape marseillaise, le cercueil fut transporté à Paris. Frédéric Ozanam repose aujourd’hui dans la crypte de l’église Saint-Joseph-des-Carmes, rue de Vaugirard.


Le jour où Marseille regardait vers la Bonne Mère

Une étonnante coïncidence peut expliquer la discrétion du premier convoi.

Ce même dimanche 11 septembre 1853, Marseille assistait à la pose solennelle de la première pierre de la future basilique Notre-Dame-de-la-Garde. La cérémonie, présidée par Mgr Eugène de Mazenod, attira les autorités et une foule considérable sur la colline.

Tandis que Marseille célébrait avec éclat le commencement de son monument le plus célèbre, un modeste cortège quittait la rue Montgrand avec la dépouille de l’un des principaux penseurs catholiques du XIXᵉ siècle.

D’un côté, une basilique commençait à sortir du rocher. De l’autre, Ozanam quittait silencieusement la ville.

L’historien J.-M. Maurin estime que les festivités de Notre-Dame-de-la-Garde ont probablement contribué à rendre ses funérailles presque invisibles.


Saint-Charles, mais sans la gare

L’église où fut célébré l’office d’Ozanam ne doit pas être confondue avec le quartier de la gare Saint-Charles.

Il s’agit de l’église Saint-Charles-Borromée, située rue Grignan, près du palais de justice. Elle était autrefois appelée Saint-Charles intra-muros afin de la distinguer de Saint-Charles extra-muros, du côté de la Belle-de-Mai.

Avant la Révolution, le secteur possédait l’église du couvent des Picpus. Celle-ci disparut pendant la période révolutionnaire. Lorsque le culte fut rétabli en 1801, presque toute la rive sud du Vieux-Port dépendait de Saint-Victor. Le territoire paroissial était devenu trop vaste et l’abbaye se trouvait à l’extrémité de la ville d’alors.

Faute de terrain disponible dans ce secteur déjà résidentiel, une première chapelle fut aménagée dans deux magasins situés à l’angle des rues Breteuil et Grignan. Elle fut placée sous le vocable de saint Jérôme, en hommage à l’évêque Jérôme Champion de Cicé.

La construction de l’église actuelle commença en 1826. Consacrée en novembre 1828 par Mgr Charles-Fortuné de Mazenod, elle fut placée sous le patronage de saint Charles Borromée, archevêque de Milan au XVIᵉ siècle. Les travaux se prolongèrent jusqu’en 1834.

En 1853, lorsque le corps d’Ozanam y fut conduit, l’église était donc encore relativement récente.


Une église discrète remplie de trésors

Sa façade néoclassique, très sobre, dissimule un intérieur beaucoup plus riche. L’église adopte un plan en croix grecque dominé par une coupole centrale.

Le regard est notamment attiré par le maître-autel réalisé en 1891 par le marbrier et sculpteur marseillais Jules Cantini. Ses colonnes de marbre rouge soutiennent un spectaculaire couronnement de bois doré.

Le chœur conserve également L’Adoration des Mages de Jean-Joseph Dassy ainsi que quatre grandes compositions d’Augustin Aubert représentant la Crucifixion, la Résurrection, l’Ascension et la Transfiguration.

Le grand orgue fut construit en 1859 par Aristide Cavaillé-Coll. Premier instrument de ce célèbre facteur installé à Marseille, il possède vingt-quatre jeux et une transmission mécanique assistée par une machine Barker. Classé monument historique en 1982, il fait l’objet d’une importante restauration engagée entre 2023 et 2026.

Près des fonts baptismaux se trouve la trace la plus directement liée à notre histoire : un médaillon de Frédéric Ozanam, sculpté par Albert Cartier-Ferréol et inauguré le 18 avril 1926.

C’est devant ces mêmes fonts que le jeune Marcel Pagnol reçut le baptême en avril 1898.


🔍 Deux curiosités bien cachées

Les trois cloches invisibles

À l’arrière de l’église, au-dessus d’une cour privée, se trouve un minuscule clocher que l’on ne peut pratiquement pas apercevoir depuis la rue.

Il renferme trois petites cloches toujours actionnées manuellement. Leur son peine aujourd’hui à dépasser le bruit de la circulation du centre-ville.

Le rayon de Noël

La paroisse signale un phénomène lumineux qui se produit autour de Noël, vers onze heures quinze.

Un rayon de soleil traverse alors le vitrail placé au-dessus de l’orgue et vient éclairer directement le tabernacle du maître-autel. Ce jeu de lumière semble avoir été recherché lors de l’aménagement de l’église.


De la rue résidentielle au centre administratif

Le Marseille traversé par Ozanam n’était pas encore exactement celui que nous connaissons.

La rue Montgrand, anciennement appelée rue Mazade, portait déjà le nom de Jean-Baptiste de Montgrand, maire de Marseille à plusieurs reprises sous la Restauration.

À quelques mètres de l’hôtel où mourut Ozanam se dressait l’hôtel Roux de Corse, construit vers 1745 pour une puissante famille d’armateurs. Devenu résidence préfectorale en 1806, il fut transformé en 1891 en premier lycée de jeunes filles de Marseille. Il constitue aujourd’hui la partie historique du lycée Montgrand.

Le palais de justice de la place Monthyon n’existait pas encore lors de la mort d’Ozanam. Il fut construit entre 1856 et 1862, sur d’anciens terrains de l’Arsenal des galères.

Cette proximité postérieure entre l’église, le palais de justice et la mémoire d’Ozanam possède pourtant une signification particulière. Toute sa pensée cherchait justement à rapprocher la charité et la justice. Il ne voulait pas seulement soulager momentanément la misère. Il estimait nécessaire de s’interroger sur les conditions sociales qui la produisaient.

Aujourd’hui encore, la messe du Saint-Esprit pour la rentrée judiciaire est traditionnellement célébrée à Saint-Charles en présence de magistrats en robe.


Une œuvre toujours vivante à Saint-Charles

La présence d’Ozanam dans cette église ne se limite pas à un médaillon commémoratif.

La paroisse Saint-Charles accueille toujours une Conférence de Saint-Vincent-de-Paul. Des bénévoles continuent d’y visiter, d’accompagner et d’aider des personnes en difficulté selon la méthode imaginée par Ozanam et ses compagnons en 1833.

La continuité est remarquable. Dans l’église où fut célébré son dernier office marseillais, son œuvre poursuit encore sa mission.

Ozanam refusait une charité lointaine et administrative. Il demandait aux membres des Conférences d’aller eux-mêmes à la rencontre des familles, d’entrer dans les logements et de prendre le temps d’écouter.

Le pauvre ne devait pas devenir un dossier. Il demeurait une personne à rencontrer.


👀 À voir dans le secteur

⛪ L’église Saint-Charles-Borromée

64, rue Grignan, au croisement de la rue Breteuil.

À observer : la façade néoclassique, la coupole, le maître-autel de Jules Cantini, les peintures du chœur, la chaire, les fonts baptismaux et le médaillon d’Ozanam.

🕯️ La dernière adresse de Frédéric Ozanam

9, rue Montgrand.

La plaque apposée sur la façade rappelle sa mort le 8 septembre 1853. Le bâtiment actuel est toutefois postérieur à son séjour.

🏫 L’hôtel Roux de Corse

13, rue Montgrand.

Intégré au lycée Montgrand, cet hôtel particulier du XVIIIᵉ siècle fut la résidence des premiers préfets avant de devenir le premier lycée de jeunes filles de Marseille. L’intérieur n’est pas librement accessible, mais la façade demeure visible depuis la rue.

🎨 Le musée Cantini

19, rue Grignan.

Installé dans un hôtel particulier construit en 1694, il conserve d’importantes collections d’art moderne. Jules Cantini acquit la demeure en 1888 avant de la léguer avec ses collections à la Ville de Marseille.

⚖️ Le palais de justice

Place Monthyon.

Construit entre 1856 et 1862 par Auguste Martin, il possède une imposante façade précédée d’un péristyle de six colonnes. Son fronton représente la Justice entourée de la Force, de la Prudence, de l’Innocence et du Crime.

⛲ La place Estrangin-Pastré

À quelques minutes de marche, sa fontaine monumentale de 1890 représente la Méditerranée et les différents continents. Elle rappelle la puissance commerciale du Marseille de la fin du XIXᵉ siècle.


👤 Personnalités liées à Saint-Charles et à la rue Grignan

📚 Frédéric Ozanam, 1813-1853

Principal fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, professeur à la Sorbonne, époux et père de famille, il mourut rue Montgrand. Son dernier office marseillais fut célébré à Saint-Charles.

🎬 Marcel Pagnol, 1895-1974

Né à Aubagne, le futur écrivain et cinéaste fut baptisé dans l’église Saint-Charles en avril 1898. Les fonts baptismaux réunissent ainsi la mémoire d’Ozanam et celle de Pagnol.

🏛️ Jules Cantini, 1826-1916

Sculpteur, marbrier, collectionneur et grand mécène marseillais, il réalisa les revêtements de marbre et le maître-autel de Saint-Charles. Son nom demeure également attaché au musée de la rue Grignan et à la fontaine de la place Castellane.

✝️ Charles-Fortuné de Mazenod, 1749-1840

Premier évêque du diocèse de Marseille rétabli sous la Restauration et oncle du futur saint Eugène de Mazenod, il consacra l’église en 1828. Son prénom explique en partie le choix de saint Charles Borromée comme patron.

🎨 Albert Cartier-Ferréol

Sculpteur et ancien président des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul de Marseille, il réalisa le médaillon d’Ozanam installé dans l’église en 1926.


🏛️ Note culturelle : pourquoi Ozanam est-il fêté le 9 septembre ?

Frédéric Ozanam mourut le 8 septembre 1853. Pourtant, sa mémoire liturgique est célébrée le lendemain.

Le 8 septembre correspond en effet à l’une des grandes fêtes mariales du calendrier catholique : la Nativité de la Vierge Marie. Lorsque le Vatican fixa la fête du nouveau bienheureux après sa béatification, le 9 septembre fut donc retenu.

Cette date permet de respecter la tradition selon laquelle la fête d’un bienheureux ou d’un saint rappelle généralement sa naissance au ciel, tout en conservant la priorité de la célébration mariale.

Le calendrier a ainsi séparé les deux mémoires d’une seule journée, mais Marseille les réunit : Ozanam mourut le jour de la Nativité de Marie et son corps quitta la ville le jour où commençait la construction de Notre-Dame-de-la-Garde.


📚 Sources


📚 Pour aller plus loin

⛵ Marseille Papale (1) : Innocent IV

Le premier passage solidement documenté d’un pape régnant à Marseille, entre Saint-Victor, la commune médiévale et le Vieux-Port.

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À Faucon-du-Caire, une chapelle millénaire renaît

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💬 Connaissiez-vous la présence de Frédéric Ozanam rue Montgrand et dans l’église Saint-Charles ? Avez-vous déjà remarqué son médaillon près des fonts baptismaux ? Partagez vos souvenirs du quartier dans les commentaires.

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