Aubagne, entre la peur et la mémoire de Pagnol : après les tirs au collège Lakanal
Le drame du 12 octobre bouleverse une ville marquée par l’Huveaune, le Garlaban et l’art des santons.
Saint du jour — Antonin de Marseille
Antonin de Marseille est présenté par la tradition locale comme un évêque marseillais, mort vers 580. Son nom figure dans un missel marseillais du XVIᵉ siècle, qui associe sa célébration à celle de saint Cannat. Les documents anciens attestent donc d’un culte, mais les détails de sa vie et son titre d’évêque restent incertains.
En bref, en provençal
Au coulègi Joseph-Lakanal d’Aubagno, un escoulan de quatorge an a tira em’un fusié de casso. Lou proumié e uno ensignanto soun esta blessa. Lou CPE a pouscu desarma lou jouine avans l’arribado de la police. Li escolan e si famiho, encaro sous lou cop, an pouscu reçaupre d’ajudo. L’enquisto es duberto e lou motiéu d’aquéli tiro es encaro incouneigu.
Le collège Lakanal frappé par les tirs
Lundi 12 octobre au matin, un élève de 14 ans est entré au collège Joseph-Lakanal avec un fusil de chasse dissimulé dans un étui de guitare. Des tirs ont blessé le principal et une enseignante. Selon la mairie, leur pronostic vital n’était pas engagé. Le conseiller principal d’éducation a réussi à maîtriser et désarmer l’adolescent avant l’arrivée des policiers, évitant peut-être un bilan plus lourd.
Les élèves ont été évacués et une cellule de soutien psychologique a été mise en place pour eux, leurs familles et les personnels. Les premiers comptes rendus n’étaient pas tous concordants sur d’éventuelles blessures légères parmi les élèves ; ils décrivent en revanche une communauté scolaire profondément choquée. Le collège devait rester fermé mardi, le temps d’accompagner les équipes et de préparer la suite.
Le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour tentative d’assassinat. L’adolescent et ses deux parents ont été placés en garde à vue. Les enquêteurs cherchent notamment à comprendre comment le jeune a pu accéder à l’arme. À ce stade, le mobile n’est pas établi : des témoignages évoquent différentes pistes, mais elles doivent encore être vérifiées. Les autorités ont également indiqué que les tirs n’étaient pas liés aux mouvements de protestation dans les lycées de la région.
Aubagne, une ville dans la vallée de l’Huveaune
Aubagne se trouve dans la vallée de l’Huveaune, entre Marseille, le massif du Garlaban et les premières hauteurs de la Sainte-Baume. La première attestation connue de son nom date de 1005 : le cartulaire de l’abbaye marseillaise de Saint-Victor mentionne alors Albanea. Le nom évolue ensuite, passant notamment par les formes Albaigne et Aulbaigne. En provençal, la ville se nomme Aubanha. L’origine du nom demeure discutée : la blancheur des collines calcaires ou les peupliers blancs qui bordaient autrefois l’Huveaune ont été proposés comme explications.
Au Moyen Âge, le village se développe autour de sa colline et de lieux de culte comme Saint-Michel, Saint-Pierre et Saint-Mitre, liés à l’abbaye de Saint-Victor. Au XIVᵉ siècle, les habitants construisent des remparts pour se protéger des troubles qui traversent la Provence. À partir du siècle suivant, la ville s’étend vers la plaine de l’Huveaune. Les terres agricoles, les canaux d’irrigation et l’argile du sous-sol façonnent peu à peu son économie. Les poteries, les tuileries, puis les santons et la céramique deviennent des marqueurs durables de son identité.
L’Huveaune a nourri les cultures de la vallée, mais elle a aussi causé des crues. Son ancien cours traversait une partie du centre-ville ; il a été détourné au XIXᵉ siècle. Le cours Foch, aujourd’hui lieu de promenade et de rassemblement, a été aménagé sur son ancien lit. La rivière poursuit ensuite son chemin vers La Penne-sur-Huveaune et Marseille, jusqu’à la Méditerranée.
Pagnol, Thérèse Neveu et les visages d’Aubagne
Le nom d’Aubagne est indissociable de Marcel Pagnol, né dans la ville en 1895. L’écrivain, dramaturge et cinéaste a donné au Garlaban et aux collines environnantes une place immense dans l’imaginaire provençal. Enfant, il y passait ses vacances ; plus tard, il y tourna plusieurs films. La Maison natale et les parcours autour des collines permettent de retrouver cette géographie familière de ses récits.
Une autre figure essentielle est Thérèse Neveu, santonnière née à Aubagne en 1866. Elle contribua à transformer le santon : ses personnages ne représentaient plus seulement la Nativité, mais aussi les habitants, les métiers et les figures populaires de Provence. Frédéric Mistral admirait son travail et l’appelait « ma bello santouniero ». Avec les céramistes et les santonniers qui poursuivent aujourd’hui cette tradition, elle rappelle que l’argile est aussi une mémoire vivante du pays.
Que voir à Aubagne ?
On peut commencer par le centre ancien, ses ruelles et ses places, puis découvrir l’église Saint-Sauveur, dont l’origine remonte au Moyen Âge et qui conserve notamment un orgue du XVIIIᵉ siècle. La porte Gachiou et les vestiges des anciens remparts évoquent la ville fortifiée. Le cours Foch, l’horloge et les anciennes halles racontent, eux, les transformations du centre au fil des siècles.
Pour entrer dans l’univers de Pagnol, la Maison natale et le Petit Monde de Marcel Pagnol offrent deux visites complémentaires. Les amateurs d’artisanat peuvent pousser la porte d’Argilla, consacrée au santon et à la céramique, ou découvrir les collections du musée du santon Maryse Di Landro. Le musée de la Légion étrangère rappelle enfin qu’Aubagne est aujourd’hui le port d’attache de cette institution. Les horaires et conditions de visite sont à vérifier auprès des établissements avant de s’y rendre.
Au-dessus de la ville, le Garlaban offre des sentiers de randonnée et des vues ouvertes sur la vallée et la Méditerranée. Pour beaucoup, ce paysage est aussi celui des souvenirs d’enfance de Pagnol. Aubagne se découvre ainsi à plusieurs échelles : dans les pierres de son centre, dans les ateliers d’argile et sur les chemins qui montent vers les collines.
Une pensée pour la communauté scolaire
Aujourd’hui, l’actualité d’Aubagne est d’abord celle d’un collège et de familles frappés par la peur. Je pense aux deux membres du personnel blessés, aux élèves qui ont vécu ces événements, à leurs proches et à tous ceux qui les accompagnent. Merci aux équipes éducatives, au CPE, aux secours et aux forces de sécurité qui ont agi dans l’urgence. Laissons l’enquête établir les faits et gardons une place pour le soutien et la solidarité.
Pour aller plus loin
Les Pennes-sur-Huveaune ou le vestige… — pour prolonger la promenade dans la vallée de l’Huveaune, entre Aubagne et Marseille.
Quand la charité fit sa dernière halte à Marseille — un autre récit entre Marseille et Aubagne, avec un détour par Marcel Pagnol.
Sources
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